BCT : Le projet de jumelage entre la banque centrale de Tunisie et la banque de France


A l’occasion de la clôture du projet de jumelage entre la banque centrale de Tunisie et la banque de France ; qui a eu lieu le 5 mai 2017 à l’hôtel Sheraton, à Tunis, monsieur Chedly Ayari, gouverneur de la Banque centrale et président du séminaire, a entamé les travaux par une allocution dans laquelle il a commencé par saluer son excellence l’ambassadeur de l’Union Européenne Monsieur Patrice BERGAMINI, l’ambassadeur de France et les honorables invités. Il a ensuite mentionné les avantages de ce projet qui est en fait, la deuxième expérience de jumelage réalisée avec la banque de France et financée par l’Union Européenne, réalisé conjointement entre la Banque Centrale de Tunisie et la Banque de France, dans le cadre du programme d’appui à l’Accord d’Association avec l’Union européenne, dans le but de moderniser le cadre opérationnel de la politique monétaire de la banque.

Monsieur le gouverneur de la banque a présenté ses remerciements également au Fonds Monétaire International, à la Banque de France, à la Bundesbank et aux autres banques centrales européennes, et à leurs experts pour le précieux soutien qu’ils ont apporté en faveur du bon déroulement des différentes phases de ce projet. Ce qui devrait contribuer à rendre le cadre opérationnel de la politique monétaire plus transparent, plus compréhensible et surtout plus facile à mettre en œuvre.

Après avoir fait un bref rappel des répercussions négatives de la Révolution du 14 janvier 2011 sur les équilibres macroéconomiques et de la baisse de l’investissement en raison du manque de visibilité et d’une confiance non encore totalement rétablie, monsieur Ayari a remarqué que tout cela a engendré une contraction significative de la liquidité bancaire et a fait peser un risque permanent sur le financement de l’activité économique. Dans ce contexte extrêmement difficile, la conduite de la politique monétaire n’était pas une tâche facile, étant donné qu’elle faisait face à la fois à de nombreux défis, surtout que l’objectif de stabilité des prix n’était pas garanti, notamment avec une inflation qui a atteint un pic de 6,6% en juin 2013, soit son plus haut niveau depuis deux décennies, a-t-il ajouté.

La mise en œuvre de la politique monétaire :
Face à cette conjoncture difficile, la banque centrale a dû user de tous les instruments et outils mis à sa disposition. La première réaction a été de favoriser les conditions adéquates de financement de l’économie en usant de toutes les conventions de la politique monétaire notamment la baisse à trois reprises des taux de la réserve obligataire au cours de la première moitié de 2011 ainsi que les deux baisses du taux directeur, mais aussi le rallongement des maturités des appels d’offres à 1 et 3 mois, et l’allocation intégrale qui consiste à accommoder la totalité des besoins des banques.

Mais avec la résurgence des tensions inflationnistes, à partir de 2012, la Banque Centrale a commencé à durcir sa politique monétaire, étant soucieuse de son objectif prioritaire de stabilité des prix. Elle a en effet, réhabilité le calibrage de la liquidité sur la base d’une allocation qui neutralise les effets des facteurs autonomes de la liquidité ; puis elle a procédé au relèvement de son taux directeur à trois reprises entre août 2012 et juin 2014, chose qui n’était pas usuelle, par le passé.

Par ailleurs, l’Institut d’émission est devenu plus regardant à propos du risque de défaut. Il a de ce fait, institué une décote sur les créances privées acceptées en contrepartie des opérations de refinancement, et a exigé des banques d’apporter une quotité minimale de collatéraux sous forme de bons du Trésor pour garantir le refinancement obtenu.
Par la suite, et avec la détente des prix internationaux des produits de base, de l’énergie et par conséquent de l’inflation, en 2015 et 2016, la BCT a de nouveau desserré sa politique monétaire en baissant son taux directeur de 50 points de base en octobre 2015. Cette décision prise dans un contexte d’une inflation portée sur une trajectoire baissière, jusqu’à fin 2016, avait pour objectif de soutenir l’activité, fortement affectée par les effets des attentats terroristes perpétrés en 2015. Néanmoins, les premiers mois de 2017 ont été de nouveau marqués par la résurgence des tensions inflationnistes et ont surtout affiché une détérioration inquiétante des déficits commercial et courant. Cela s’est traduit par l’amplification du déséquilibre entre l’offre et la demande de devises sur le marché des changes, et naturellement par des pressions supplémentaires sur le taux de change du dinar, en dépit de la présence permanente de la Banque centrale sur ce marché pour réguler la liquidité en devises. D’ailleurs, les décisions prises par le Conseil d’Administration de la Banque Centrale de Tunisie lors de sa réunion du 25 avril 2017, s’inscrivent parfaitement dans cette logique, a signalé monsieur Ayari.

Il a, par ailleurs, saisi cette occasion pour appeler l’ensemble de la communauté financière ainsi que les agents économiques à faire preuve de sagesse et de retenue, en cette phase difficile que traverse notre pays, ne serait-ce que pour défendre la valeur du dinar. Pour ce faire, il y a lieu de réhabiliter la valeur du travail, de miser sur une meilleure productivité et d’encourager la production nationale en favorisant la consommation de produits « made in Tunisia ».

Les grandes réformes de la banque centrale :
Le gouverneur de la banque centrale a rappelé par la suite, les principales réformes engagées concernant à la fois la banque centrale et le système bancaire dans son ensemble. Et dans le dessein de doter cet établissement bancaire d’un cadre législatif adapté aux meilleures pratiques internationales, il était nécessaire de commencer par la refonte des statuts de l’Institut d’émission. D’autres initiatives sont venues consacrer certains principes universels, tels que l’indépendance de la Banque centrale, la protection des organes de décision et du personnel de la Banque centrale contre le risque d’ingérence des autorités publiques dans les questions relevant du domaine de compétence de l’Institut d’émission, ou encore la répartition claire des rôles entre le Gouvernement et l’Institut d’émission dans la conduite des affaires économiques du pays. Ces nouveaux statuts ont également clarifié de manière plus précise le rôle que la Banque centrale doit jouer en matière de stabilité financière, ainsi que son rôle en tant que prêteur de dernier ressort, mécanisme qui va lui permettre de réserver un traitement spécifique pour toute banque solvable affrontant un problème de liquidité. Le mécanisme de prêteur de dernier ressort n’est qu’une composante essentielle du « filet de sécurité » dont les deux autres éléments, à savoir le mécanisme de résolution bancaire et le fonds de garantie des déposants, sont consacrés dans la nouvelle Loi bancaire, laquelle loi bancaire a consolidé le pouvoir de la Banque centrale en matière de surveillance prudentielle et a instauré un cadre réglementaire régissant les banques et les établissements financiers qui pratiquent la Finance Islamique.

Monsieur le gouverneur de la BCT estime nous disposons actullement d’un cadre moderne pour la conduite de la politique monétaire qui repose sur une batterie d’indicateurs (ce qu’on appelle communément boite à outils ou toolbox) développée, entre 2011 et 2013, lors du premier jumelage institutionnel avec la Banque de France. Grâce aux modèles de la Banque centrale développés « In-house », nous sommes à même de suivre et d’anticiper sur l’évolution de l’inflation, et d’agir suffisamment à l’avance, non seulement pour endiguer les pressions inflationnistes, mais surtout pour assurer un meilleur ancrage des anticipations.

Les défis posés pour la période à venir :
Avant de terminer, il a préféré évoquer les défis futurs qui attendent notre politique monétaire et auxquels il va falloir s’y attaquer suffisamment à l’avance, tant du côté de la Banque centrale que celui des banques, des établissements financiers, des intermediaries financiers, des universitaires, des autorités financières, et de l’ensemble de la communauté financière. En effet, les mutations profondes par lesquelles passent les marchés financiers internationaux et leur éventuel impact sur notre marché domestique, conjuguées à la plus grande volatilité des taux de change et des taux d’intérêt sur le plan national, exigent l’engagement de toutes les parties prenantes pour mener de grandes réformes à leur niveau, afin d’améliorer leurs systèmes d’information et de gestion des risques de marchés.
Il est inadmissible de nos jours, que les portefeuilles obligataires soient encore valorisés aux prix historiques, que les transactions interbancaires sur le marché monétaires soient limitées à des transactions au jour le jour et que les taux d’intérêt y afférents soient arrêtés par consensus en fin de journée, ou encore que la plupart des crédits et des dépôts soient indexés sur le TMM.

Monsieur Chedly Ayari a conclut en assurant que la Banque centrale ne ménagera aucun effort pour mettre fin à ces pratiques et pour orienter l’ensemble de la place vers les meilleures pratiques internationales.

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