Le festival est considéré comme un élément du produit touristique culturel, un des facteurs qui incitent les gens à voyager. Pour le tourisme, ce produit de niche est un produit de consommation voué au plaisir et à l’épanouissement des touristes qu’ils soient spectateurs ou acteurs. Les événements ont lieu partout, à tout moment, et se diversifient. Si les manifestations festives ont toujours existé, leur conception a aujourd’hui évolué, entraînant un changement d’échelle : de la fête locale, on est passé à l’événement comme enjeu culturel et de développement touristique, laissant des traces dans l’espace. A l’heure actuelle ce tourisme évènementiel pourrait être la clé pour sortir les professionnels du tourisme de la morosité. Les grands évènements culturels notamment les festivals musicaux ou culturels peuvent booster les réservations. Dans ce contexte, le tourisme événementiel est un outil promotionnel à prendre en considération, dans un esprit de partenariat entre le secteur public et le secteur privé. S’ils associent leurs efforts, l’administration de tutelle, les organisateurs des festivals et les professionnels du secteur, pourraient promouvoir la Tunisie autrement. Une Tunisie e ouverte sur le monde, sur toutes les cultures, sur toutes les musiques.

Les grands événements à caractère touristique ont pris de nos jours une ampleur telle qu’ils ont nécessairement un impact sur l’économie locale, régionale, voire nationale. La connaissance de leur incidence réelle est devenue indispensable pour mieux conduire les politiques de développement et de tourisme. Chaque été, on organise des centaines de festivals dans nos villes touristiques. Mais on n’arrive pas à toucher les touristes qui sont de passage chez nous. Nous vivrons chaque été au rythmes des festivals de toutes sortes à Hammamet, à Carthage et à El Djem mais nous ne savons pas encore en faire un produit commercialisable et rentable. Nous ne savons pas encore faire la promotion et la communication et nous n’en maîtrisons pas encore les techniques de ventes de ces produits culturels et touristiques. Pourtant l’annonce du spectacle de Charles Aznavour il y a quelques années a fait bouger plusieurs TO européens. D’ailleurs plusieurs charters ont débarqué à Tunis plein de touristes pour cet événement. C’est dire qu’il faut créer des évènements pour remplir nos hôtels en cette période de crise. La Tunisie pourra bien compter sur le tourisme festif. La diversification de son produit touristique est aujourd’hui une option stratégique car elle permet d’élargir les chances de l’offre tunisienne de bien se positionner sur les marchés. Ce tourisme événementiel est très porteur. Nul ne peut ignorer les bienfaits des festivals internationaux sur la dynamique économique. A Tabarka, la moitié du chiffre d’affaires de sa ville était réalisée pendant l’été et particulièrement pendant les festivals du jazz, de world music et du rai. C’est dire que la Tunisie pourra bien miser sur cette clientèle à forte valeur ajoutée. Ainsi les ministères de la culture et du tourisme doivent collaborer avec les professionnels et cibler cette clientèle de festivals. Hammamet ou Carthage pourront devenir une copiée collée de Cannes. Phénomène majeur des vacances culturelles, les festivals se sont multipliés ces trente dernières années. Le tourisme n’est pas absent de leurs objectifs, ainsi qu’en atteste leur localisation en zones touristiques.

La notoriété d’un festival
Etant donné la richesse des pratiques culturelles, la création de festivals ne devrait pas se faire de manière artificielle, importée et plaquée sur une ville. Ce tourisme porteur ne cesse de drainer une clientèle à forte valeur ajoutée. Le client est devenu exigeant. Il cherche des prestations innovantes à la mode et des destinations originales. C’est le cas de la ville marocaine Marrakech où de grandes célébrités mondiales débarquent chaque année à bord de leur jet privé et passent quelques jours dans des palaces offrant le luxe et le confort. Sommes –nous capables de créer des événements qui pourront attirer plus de clients ? Quelles sont les conditions pour la réussite d’un festival touristique ?Pour faire réussir un festival, il est essentiel que la région jouisse d’attraits touristiques : climat ensoleillé, sites à visiter (monuments, musées, parcs d’attractions…), beauté des paysages, curiosités gastronomiques sont autant d’atouts susceptibles d’éveiller l’intérêt du visiteur et de créer une demande touristique. La présence d’infrastructures d’accueil et de transports est une condition nécessaire à l’émergence d’une clientèle touristique. Un festival ne peut se développer en termes de fréquentation si les festivaliers n’arrivent pas à se loger dans les environs ou si le site est difficile d’accès. A Hammamet, parvenir `à trouver un logement pendant le festival en juillet et en août relève d’une épreuve bien délicate. En effet, les capacités hôtelières de la ville atteignent très vite leur seuil de saturation. Il demeure toutefois incontestable que la ville où se déroulent le festival et ses environs doivent pouvoir absorber un flux massif de festivaliers dans un espace temps très limité. Le développement du festival est donc largement tributaires des capacités touristiques du lieu où il se déroule. Pour qu’un festival puisse favoriser l’essor du tourisme culturel, il doit aussi jouir d’une notoriété reconnue pour attirer un flux important de festivaliers. Or un festival (re-)connu est un festival qui a réussi son implantation dans le tissu local depuis plusieurs années. Réussir un festival relève d’une complexe alchimie. En effet de nombreux facteurs font et défont la réussite d’une telle manifestation.

Ce qui devient d’autant plus problématique lorsque tous ces facteurs ne sont pas maîtrisables par les organisateurs de festivals .Par ailleurs, le projet artistique d’un festival se doit d’être original. Etant donné la multiplication des festivals sur les dernières décennies, il est devenu vital pour les organisateurs d’avoir un positionnement original et ainsi de construire une identité forte. Un véritable phénomène de concurrence est ainsi apparu entre les diverses manifestations, notamment estivales. La programmation reste un bon levier de différenciation, tout comme la durée du festival (un festival de trois jours n’a pas le même impact qu’un festival d’une semaine). Mais pour pouvoir réaliser une manifestation de qualité, il faut disposer de moyens financiers et humains `a la hauteur de ses ambitions. Or le financement d’un festival est une question problématique. Le budget d’un festival repose sur trois composantes : les recettes propres (essentiellement issues de la billetterie), les subventions des collectivités publiques et le mécénat d’entreprises partenaires. Chaque manifestation étant unique, on ne peut pas conclure à une structure de budget idéale entre ces trois sources de financement. Bien évidemment, plus la part des ressources propres est importante, plus la situation financière du festival est saine. Mais force est de constater que le poids des subventions est souvent très important pour les festivals de moyenne ampleur et conditionne la pérennité de l événement. Cette dépendance de la subvention publique entraine un manque de visibilité à long terme pour les organisateurs.

Impacts socio-économiques importants
L’économie des festivals engendre des retombées économiques directes, reflétées par le budget de l’événement, et des retombées indirectes dans les secteurs suivants: hôtellerie, restauration, transport, nettoyage, sécurité, alimentation et commerce en général, santé et action sociale, Poste et télécoms, associations socioculturelles. À Avignon et à Lorient, le chiffre de l’économie induite par la présence du public festivalier serait de plus de 7 millions d’euros (sans le festival “off” à Avignon) ; à Edimbourg, de près de 9 millions d’euros ; à Salzbourg, de près de 15 millions d’euros ; à Wexford, de 850 000 euros. Les retombées sur la ville et la région sont nombreuses et vont bien au-delà des seules retombées économiques. Il convient ainsi de souligner les bénéfices en termes de communication et d’image, qui contribuent au développement touristique du lieu. L’organisation d’un festival, si sa programmation est cohérente avec les caractéristiques du lieu et repose sur un projet artistique de qualité, contribue, en effet, à la valorisation de l’image de la ville, et donc au développement de l’attractivité touristique du lieu. Cela suppose de proposer un projet original, innovant et différencié, permettant d’affirmer l’identité de la collectivité organisatrice.

Ce potentiel de communication n’a d’ailleurs pas échappé aux entreprises, qui y trouvent souvent, non seulement le support d’une promotion commerciale de leurs activités et produits, mais aussi un vecteur efficace de valorisation de leur image, tant en interne que vis-à-vis de leurs partenaires. En termes touristiques, l’impact des festivals est de deux types. D’une part, les festivals ont une incidence sur l’attractivité d’une ville, en intervenant dans les choix de destination touristique des vacanciers. D’autre part, ils contribuent à l’animation touristique du lieu .La population qu’ils attirent présente, en général, une forte propension aux consommations culturelles. Les festivals permettent également de renouveler l’attractivité du territoire d’une année sur l’autre. Ils peuvent être le support de produits touristiques (forfaits,voyages à thème…). La proximité et la diversité sont de bons atouts pour la Tunisie L’idée était d’éblouir les clients en leur faisant quitter Rome ou Paris le matin, assister le soir à un spectacle et rentrer dans la soirée pour être demain au bureau . Peu de destinations peuvent se targuer de présenter un tel atout.

Promotion et communication
La promotion, c’est la plus difficile. Elle doit être agressive pour se démarquer de la concurrence. Comme tout client touristique, le touriste culturel est à la recherche de la bonne promo du moment. Et accroc à internet pour dénicher les meilleurs prix. Ce touriste festif reste une niche et pour cela nous devrons accorder un grand intérêt à ce secteur qui pourra constituer une filière économique à par entière et élaborer une stratégie de marque. Cela passe par deux objectifs : se doter d’outils de promotion et de commercialisation et développer l’image d’une destination de festivals. Cela sous-entend une présence plus forte dans les grandes manifestations internationales. C’est à ce prix que la Tunisie pourrait gagner son challenge. Nos professionnels devront se montrer plus offensifs au plan commercial, comprendre le fonctionnement du marché des festivals et anticiper ses évolutions. Une promotion n’est pas uniquement l’affaire du seul ministère du Tourisme. Néanmoins, celui-ci peut apporter sa contribution, au niveau de la communication, du marketing, afin de médiatiser les manifestations, notamment à l’étranger, à travers les représentations générales de l’Office National du Tourisme tunisien. Mais nos festivals doivent avoir un budget de promotion pour drainer du monde, beaucoup de monde.

Kamel Bouaouina