L’économie mondiale est dans une phase d’expansion inobservée depuis 2012

LA CROISSANCE SURPREND DEPUIS UN AN
L’activité mondiale a surpris par sa vigueur depuis un an. En effet, après plusieurs années de quasistagnation, la production industrielle dans le monde développé se montre très dynamique et croît même plus vite que dans le monde émergent. Reflétant le redressement global de la demande, le commerce mondial enregistre aussi un fort rebond. Après les craintes de déflation de la période 2015-2016, les inquiétudes se sont reportées sur les craintes d’inflation après l’élection de D. Trump et son programme de stimulus budgétaire. Depuis, l’élan conjoncturel ne cesse de durer mais des questions surgissent quant à la solidité de la dynamique à l’oeuvre.

Les interrogations tournent autour de la nature du « cycle ». Est-ce un simple rattrapage après des années de croissance faible ? La reprise de la demande pourrait-elle conduire à des pressions inflationnistes ? Peut-on s’attendre à une accélération de la productivité ? La demande est-elle assez solide pour faire face à un environnement de taux plus élevés ?

Dans le débat actuel sur les perspectives de croissance à moyen ou long terme, le thème de l’investissement joue un rôle central. Ce dernier étant en effet l’élément permettant de pérenniser le processus d’accumulation de capital et de prolonger le cycle.

ET L’INVESTISSEMENT REPART
Bien que les conditions financières soient toujours très accommodantes, la croissance actuelle ne semble pas simplement portée par un boom de la consommation alimentée par la dette. Après plusieurs années d’atonie, l’investissement redevient dynamique.

La part de l’investissement dans le PIB n’a toujours pas retrouvé son niveau de 2008 dans les pays développés Or, depuis un peu plus d’un an, les taux d’utilisation des capacités de production se redressent et commencent à atteindre des hauts historiques en Europe (France, Allemagne, Royaume Uni) ou restent en dessous de leurs pics mais sont en hausse graduelle (États Unis, Japon). Cela est également vrai dans certains grands pays émergents, notamment en Europe centrale et orientale et en Turquie. Dans ces derniers, on voit, en effet, que les pressions inflationnistes se font déjà sentir dans un contexte où le marché du travail montre des signes de tension. Dans les pays développés, l’inflation reste faible, ce qui explique le rythme très progressif de sortie des politiques monétaires non conventionnelles. L’investissement dit « productif » repart donc dans la plupart des pays. On observe, en effet, que les dépenses en capital des entreprises se redressent aussi bien pour l’investissement en machines et équipement qu’en informatique ou construction non résidentielle. Ceci indique que la vigueur de la croissance de ces derniers trimestres pourrait avoir des vertus. A noter que si le niveau d’investissement privé non résidentiel en volume augmente de manière synchronisée pour les grands pays développés, cela n’est pas le cas pour le Royaume Uni on le niveau reste proche de celui de 2015. Les incertitudes liées au Brexit pèsent sur les perspectives des entrepreneurs.

La question qui vient ensuite est de savoir si cette croissance plus intensive en capital pourrait se traduire à plus ou moins courte échéance par une hausse du potentiel de croissance. Si ce n’est pas le cas, est-ce que l’on est simplement dans un cycle de rattrapage après des années de faible capex tout en restant dans une situation de « stagnation séculaire » ? Il est bien sûr difficile de trancher le débat sur la durée du cycle actuel. Dans tous les cas, nous pouvons noter que les gains de productivité du travail semblent légèrement se redresser La reprise de l’investissement et la hausse concomitante de la productivité du travail conduisent à penser que la croissance repose sur un certain nombre d’éléments solides : plus d’investissement, plus d’emploi, sans dérapage inflationniste. Nous ne voyons pas non plus une hausse trop rapide de l’endettement global.

LA QUESTION DE L’ENDETTEMENT
Les politiques monétaires accommodantes ont permis aux agents économiques de bénéficier d’un environnement de taux d’intérêt historiquement favorable., Les entreprises ont ainsi pu lever du capital pour financer leur activité et l’investissement. Dans un certain nombre de pays développés et émergents la dette des entreprises a eu tendance à augmenter ces dernières années. Cela n’est pas en soi inquiétant mais soulève la question de la vulnérabilité potentielle du secteur productif à un environnement de taux d’intérêt plus élevés. Si la croissance reste forte, la rentabilité du capital peut suffire à couvrir son coût. En revanche, le scénario défavorable serait celui d’une croissance économique faible avec une inflation et un coût de la dette plus élevés.

Pour le moment une « stagflation », déclenchée par exemple par un nouveau choc pétrolier, semble peu probable, mais l’augmentation de l’endettement invite à surveiller attentivement l’efficacité des investissements en cours. Une dynamique d’investissement qui ne s’accompagne pas de gains de productivité durables pourrait conduire à l’apparition de contraintes du côté de l’offre. Il en résulterait des pressions inflationnistes et une fin prématurée du cycle actuel de croissance.

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