PAYS DU GOLFE : La hausse des recettes pétrolières a diminué le besoin immédiat d’ajustement budgétaire

Les perspectives pour les pays du GCC se sont améliorées grâce à la reprise partielle des cours du pétrole. Le rebond des recettes provenant des exportations d’hydrocarbures rend en effet le besoin d’ajustement budgétaire moins urgent que lorsque les cours du pétrole s’étaient effondrés en 2015-2016. La demande intérieure bénéficie à l’heure actuelle de l’assouplissement de la consolidation fiscale, et tire la croissance des secteurs non-pétroliers. Celle-ci devrait accélérer en 2018, mais demeurera bien en deçà de la moyenne de 7,5 % pour la période 2003-2014.

L’accord OPEP + a permis de soutenir des prix du pétrole plus élevés : USD 73/b en mai 2018, soit 35 % au-dessus de la moyenne de 2017 (et +70 % par rapport à 2016). Or, l’Arabie Saoudite et la Russie seraient prêts à relever progressivement leurs plafonds de production au S2-18. Un prix du pétrole au-delà de USD 80/b pourrait notamment inciter des entreprises américaines à injecter des ressources supplémentaires dans l’exploitation du pétrole de schiste et faire à nouveau perdre la maîtrise des prix aux monarchies pétrolières.

Grace à la hausse des recettes, le déficit budgétaire des pays du Golfe devrait progressivement se réduire de 9 % du PIB en moyenne en 2017 à 5 % du PIB d’ici à 2020. Or, l’émission d’obligations souveraines sur les marchés internationaux reste très élevée : USD 37 mds en 2016, USD 37 mds en 2017 et USD 29 mds entre janvier et mai 2018.

Les investisseurs souhaitent toujours renforcer leur exposition au GCC, en raison des faibles ratio dette sur PIB et des importants coussins financiers (fonds souverains) qui donnent de la visibilité. Même les émetteurs « non-investment grade » avec des fondamentaux fragiles, comme le Bahreïn ont réussi leurs placements d’eurobonds souverains, mais les rendements de cette dette (7,1 % fin mai) sont très élevés au sein du groupe des pays émergents. Le risque est qu’à terme, le refinancement de cette dette doive s’effectuer à des conditions de marché internationales moins favorables.

L’amélioration générale des comptes courants est favorable au maintien des régimes de change fixe vis-àvis du dollar. Toutefois, Bahreïn fait encore face à d’importantes vulnérabilités et sa stabilité monétaire dépendra du maintien du soutien financier des alliés, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. À Oman, l’État est engagé dans des projets d’infrastructure et de soutien de l’emploi des nationaux, ce qui maintiendra des déséquilibres budgétaires et externes considérables. En cas de tensions sur la liquidité, Oman pourrait dans un premier temps mobiliser ses fonds souverains mais sa situation pourrait devenir fragile. Pour préparer l’après pétrole et diversifier son économie, l’Arabie saoudite a lancé un vaste programme de réformes (ouverture aux investisseurs étrangers, privatisations, introduction d’une TVA à 5 %) en vue d’améliorer l’environnement des affaires et de promouvoir une croissance plus créatrice d’emplois. Le succès n’est toutefois pas assuré. Le Qatar a résisté au blocus par d’autres États de la région à l’aide de nouvelles routes commerciales. La richesse financière du pays, ses fondamentaux solides (excédent courant élevé) créent des conditions propices pour une expansion soutenue. La crise politique régionale n’est pourtant pas finie et demeure un facteur d’incertitude.

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