A partir de 2006 Tunisair a entamé la mise en place d’une stratégie, élaborée par un bureau d’étude international : Lufthansa Consulting. Une stratégie visant, entre autre, la conversion des heures de vols charter en heures de vols réguliers. Cette stratégie a conduit à une réduction continue de la part du charter dans l’activité et le chiffre d’affaires de Tunisair au profit de la part du trafic régulier.
Suite à la révolution de 2011 et devant l’incertitude sur la tournure des évènements, la majorité des tour-opérateurs ont annulé le plus gros de leurs engagements charter et ont protégé leurs réservations de séjours touristiques sur les vols réguliers de Tunisair en réservant des blocs sièges (BS) sur toute l’année.
En constatant une augmentation du trafic régulier suite à la récupération du volume charter par les vols réguliers, les instigateurs de la stratégie commerciale de Tunisair consistant à convertir les heures de vol charter en vols réguliers avaient crié victoire, malgré nos mises en garde, car il était prévisible que le trafic provenant des tour-opérateurs devait tôt ou tard disparaitre de chez Tunisair ou pour aller vers d’autres destinations que la Tunisie dans l’hypothèse du prolongement de la crise du tourisme tunisien ou pour retourner vers le charter dans le cas d’un redémarrage du tourisme vers la Tunisie mais avec d’autres compagnies que Tunisair qui se désengageait volontairement du marché du charter en appliquant des tarifs plus élevés que ceux des compagnies européennes.
Aujourd’hui nous sommes dans le premier cas de figure avec une crise persistante du tourisme tunisien ayant conduit les tour-opérateurs à annuler en masse leurs réservations en Blocs sièges BS sur les lignes régulières de Tunisair pour acheminer leur clientèle vers d’autres destinations.
Tunisair se retrouve de fait confrontée aux limites du véritable marché régulier, hors clientèle touristique, qu’elle se partage désormais avec Transavia et Nouvelair qui ont augmenté sensiblement leur offre sur la Tunisie à des prix low cost suicidaires, puis Air France et Syphax deux autres compagnies opérant sur notre destination avec des prix comparables à ceux pratiqués par Tunisair.
Au total rien qu’entre entre Paris et Tunis il y a quotidiennement un trafic régulier composé de 4 vols Tunisair, 4 vols Air France, 3 vols Transavia, 1 vol Nouvelair et un vol Syphax soit au total 13 vols avec une capacité moyenne par vol de 160 sièges ce qui donne près de 2.100 sièges par jour ce qui est énorme en termes de capacité aérienne régulière par rapport à la demande !
Cette situation ne profitera à personne et occasionne déjà des pertes insoutenables à toutes les compagnies aériennes opérant sur la Tunisie.
A mon sens, une révision rapide de la stratégie du transport aérien en Tunisie s’impose pour redonner du souffle aux compagnies opérant sur le trafic régulier et pour mettre aussi en place une politique de transport touristique charter agressive et adaptée aux besoins de notre pays qui souffre d’un manque de remplissage flagrant de sa capacité hôtelière.
Positionnement de la Tunisie sur le marché français
La situation sécuritaire en Tunisie perturbe et démobilise beaucoup de monde et nous avons tendance à baisser les bras pour ne plus rien faire ou presque mettant tout sur le dos de la Révolution et des attentats.
Pour information au départ du marché Français nous n’avons pas uniquement le handicap des attentats de Sousse pour vendre la Tunisie.
La concurrence des pays comme la Grèce (Crète) et l’Espagne (Fuerteventura) est bien réelle.
Pour exemple concernant les départs pour le week end du 25 et 26 juillet, la Crète est affichée avec des prix moins chers que la Tunisie.
Hôtel Ariadne Beach Resort, un 4* All inclusive en Crète est proposé à 529€ TTC départ le 25 juillet pour une semaine alors que la première offre sur la Tunisie à cette date est Hôtel Club Riadh 3* en All Inclusive à Nabeul à 545€.
Juste après Le club Riadh se positionne un autre 4* en Crète à 559€ TTC soit à peine 14€ plus cher que le 3* à Nabeul. Il s’agit de l’Hôtel Marilena 4* en all Inclusive la semaine départ le 25 juillet à 559€ TTC.
Même sans l’attentat de Sousse il est facile de comprendre que les clients préfèrent un 4* en Crète à un 3 étoiles à Nabeul pour un écart de prix de moins de 10€ (tous en All Inclusive).
Le départ des tour-opérateurs de la Tunisie a engendré le transfert de beaucoup de stock vers les destinations concurrentes ce qui aggrave la concurrence et rend la Tunisie une destination non seulement peu sure sur le plan sécuritaire mais aussi non compétitive non plus au niveau du positionnement qualité /prix.
J’ai toujours affirmé que le désengagement des TO était pour la Tunisie plus préjudiciable que les problèmes sécuritaires car les TO, contraints et forcés pour préserver leur business et leurs entreprises, partent avec leurs slots aériens qu’ils mettent sur des destinations concurrentes et partent donc avec le client qu’ils orientent vers là où ils ont des engagements aériens et hôteliers et ce quel que soit le prix du marché même en s’affichant à perte en dessous des prix de la Tunisie et ce tant qu’ils leur reste du stock à écouler ce qui est logique, de bonne guerre et qu’on ne peut pas leur reprocher.
Malheureusement personne ne veut entendre que la Tunisie doit avoir une politique de transport aérien dédiée au Tourisme avec une place de choix pour les TO et les charters. Dans un contexte de panique généralisée nous avons tendance en Tunisie à ne voir que l ’arbre des problèmes sécuritaires qui cache la forêt des chantiers que nous oublions depuis plus de dix ans de traiter au niveau de notre tourisme à commencer par les normes de qualité et la mise en place d’une politique claire et adéquate pour le transport aérien touristique car à ce niveau nous sommes loin du compte et ce n’est certainement pas l’Open Sky qui viendra résoudre nos problèmes sur ce chapitre bien au contraire !
Pour les départs du Dimanche 26 juillet la Tunisie n’est pas mieux placée et c’est l’ile espagnole de Fuerteventura qui propose du stock à 579€ en 4* en All Inclusive à peine 4€ plus cher que la Tunisie proposée à partir de 575€.
Pour redresser le tourisme nous n’avons pas d’autres choix que de nous remettre au travail dans le cadre de plusieurs ateliers composés de techniciens capables d’avoir une lecture la proche possible de la réalité afin de remettre en place notre destination dans les différents marchés. Les recommandations de la Banque Mondiale et l’Etude de Roland Berger qui datent de 2008 et basées sur des informations et chiffres de 2006 et 2007 ne peuvent en aucun cas continuer aujourd’hui à être citées comme base de travail pour réformer le tourisme tunisien.
Il faut que les professionnels tunisiens remettent eux-mêmes leurs mains dans le cambouis pour concevoir leur stratégie de sortie de crise et pour écrire l’avenir du tourisme tunisien.
Malheureusement au lieu de cela nous assistons actuellement à une cacophonie généralisée dans le secteur du tourisme avec des actions inexistantes quand elles ne sont pas tardives voir inadaptées.

Par Hakim TOUNSI

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