les Nouveaux challenges de Feriel Berraies Guigny

Feriel Berraies Guigny

La femme ne doit avoir aucun complexe et dépasser ses limites, c’est l’adage de Fériel Berraies Guigny. Le challenge nous l’avons « bu au biberon », nous avait expliqué l’activiste Fériel Berraies Guigny avec qui nous avons échangé ce mois de décembre, suite à la Couverture qu’elle a obtenu dans le Magazine la Sultane. Vous l’avez découverte lors de son prix de l’Action Féminine 2015 de l’Union des Femmes Africaines, puis quand elle fut Visage et Ambassadrice du FLACS 2015 ( Festival du livre et des Arts du Sud à Bruxelles) mais aussi en tant qu’ auteure des deux Essais Enfance et Violence de Guerre ( éditions l’Harmattan 2015)

Aujourd’hui elle est l’égérie quarantenaire d’une marque de mode éthique et s’ouvre à de nouveaux métiers dans l’ accompagnement thérapeutique.
Entretien avec Challenges.tn :

Parlez-nous de votre parcours?
J’ai été nourrie dans la diplomatie et le droit humanitaire international depuis toute jeune. Je pensais au début que j’allais faire comme mon papa alors diplomate. J’ai donc été vite initiée à ce monde, même si au départ ma formation était en sciences sociales, mais la diplomatie ça vous colle à la peau. Le destin en a décidé autrement. Mon parcours, c’est aussi des choix de vie pas toujours faciles, une vie dans une valise, des études à l’international, un second mariage qui fait que je décide de poser mes valises en Europe. Non tout ça n’a pas été inné, tout s’arrache et j’ai dû me battre souvent pour mes convictions. Il faut de la volonté, de la passion, l’intelligence du cœur, par rapport à son environnement aussi et surtout toujours garder ses valeurs et son humanité.

Être une femme issue de la diversité, quels sont les défis aux quotidiens en France?
Il est vrai qu’en Europe, ces jours cis il ne fait pas « bon » d’y vivre tous les jours. La diversité peut vous renfermer dans une prison…
Dans mon cœur je suis de toutes les couleurs et les religions, mais l’on vous renvoie encore et toujours à des étiquettes. Pour une femme libre comme moi, c’est insoutenable… Et mon quotidien, est un défi !
Il me faut continuellement me réinventer.

Êtes-vous une féministe?
Oui… par la force des choses puisqu’il faut arracher ses droits, encore et toujours et je n’ai eu de cesse de me battre pour moi et mes sœurs africaines mais aussi européennes ! Nos mamans, nos grands-mères se sont vraiment battues pour que nous ayons la reconnaissance de nos droits, et nous à présent le faisons plus que jamais, pour que nos petites filles aient les mêmes droits, dans un monde de plus en plus misogyne, ou la parité n’est qu’une rhétorique en Europe, est un terrible défi en Afrique.
Je m’indigne chaque jours et toujours !
Toutes mes actions sont orientées dans ce but, de NEW AFRICAN WOMAN/ FEMME AFRICAINE à UNITED FASHION FOR PEACE à FEMMES D’Actions ma rubrique radio pour NEOPLANETE à mes essais, mes défilés de mode éthique, mes bouquins, mes recherches, mes conférences, et même quand je pose où que je donne mon image, c’est aussi pour valoriser une femme créatrice engagée.

Quel regard portez-vous sur la parité, les quotas, l’égalité?
En Europe, je le dis souvent, les avancées sont là…mais elles restent timides.
Les mentalités ne se sont pas encore totalement libérées, et la misogynie va aller en se renforçant avec la montée des conservatismes et des populismes.
Nous aurons de plus en plus de mal à garder un boulot, à le trouver, à nous imposer, il faudra se battre sans relâche.
Sur le continent africain, c’est pire encore, car certains hommes gardent encore cet esprit archaïque, mais au fond cela les arrange. Alors qu’il y ait des lois ou pas, sachez-le, tant que les mentalités n’évoluent pas, et tant que l’on aura peur « de la femme » les choses ne changeront pas » !
Je pense que le plus grand frein est la conception socioculturelle de la femme et de l’homme.
En Afrique, la femme arrive souvent au dernier plan. Pour moi une société durable, doit être avant tout une société égalitaire.

Qu’en est-il de la violence à leur égard ?

En terrain de conflits, elles sont considérées comme des éléments faibles, utilisées comme armes de guerre, comme chairs à canon, ou comme monnaie d’échange… dans la vie de tous les jours elles sont aussi victimes de violence, il faut que la spirale infernale cesse, il faut donner aux femmes, la protection et le respect qui leur est dû, tant que l’on continuera à ignorer les lois censées les protéger et que les gouvernances restent silencieuses et que l’impunité prévaut, ce phénomène perdurera. Pas mal d’ONG me sollicitent dans leur campagne et je suis toujours là à répondre présente pour soutenir du mieux que je peux le FIDH le Crédif, Euromed Droits avec qui je devais participer à une campagne. La tâche est immense, tout reste à faire et une seule volonté ne suffira pas…

Comment parvenir à l’égalité des genres en Afrique selon vous?
Les femmes sont en train de s’organiser, elles sont résilientes, créatives,
Leur pouvoir réside avant tout dans la solidarité, la résilience, leur intelligence et capacité d’adaptation. Mais leur autonomisation ne viendra que si elles se prennent en charge par elles-mêmes, il ne faut attendre aucune aide des autres. Il faut se construire soi-même, chose que j’ai toujours faite, même si mes parents m’ont inculquée une bonne éducation. Il faut faire ses choix, se jeter dans l’eau et ne pas avoir peur de l’échec qui doit être vécu aussi comme une expérience qui vous amènera à vous surpasser.

Il y a pourtant tout un arsenal législatif CEDAW UA ONU qu’en est-il dans le terrain?
Des textes existent mais s’interprètent au gré des us et coutumes de chaque pays. Sur le terrain, ces législations sont obsolètes on ne les met pas en pratique, les états africains trainent des pieds. On peut se poser la question de leur création dans le but de donner « bonne conscience » à leurs signataires…

Pour une femme quelles sont les qualités requises pour le leadership ?
La femme ne doit avoir aucun complexe. Le challenge, coule dans nos veines c’est la société qui l’a décidé pour nous, on a tellement peu d’opportunités qu’il faut se surpasser. Il faut se dire que nous avons quelque chose en plus. Le fait d’être une femme, une mère, c’est déjà un challenge. Il faut viser l’excellence et ne pas se contenter de moins .C’est cette force, cette volonté qui est la base d’une femme leadeuse.

Challenges.tn
Photos crédits : TAO Zemzemi, stylisme TAKLA MAKAN, mua Laura Dauvillier
Courtesy of www.association.unitedfashionforpeace.com

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