Sayada, 14 000 habitants, est une petite ville de pêcheurs située au centre de la Tunisie, à quelques kilomètres de Monastir. Depuis 2011, la ville côtière s’est distinguée par la mise en place de projets d’open data et d’open government. Or, lundi, l’équipe municipale a remis sa démission. Lotfi Farhane, le maire sortant revient sur l’expérience menée dans sa ville et sur les raisons de cette démission collective.

L’équipe municipale a fait de Sayada un laboratoire de la démocratie participative en Tunisie. Que retenez-vous de cette expérience ?

Lotfi Farhane : Nous voulions au départ faire de la politique autrement, avec l’idée simple qu’un responsable est censé servir et non se servir. Nous étions des novices, mais nous avons commencé à publier les comptes détaillées de la maire et les procès verbaux de réunion avant de pousser l’expérience en mettant en place, pour chaque projet, un référendum d’initiative populaire. Ce qui a été fait n’est pas banal, c’était un vrai changement et on a eu des résultats. Un climat de confort s’est installé entre l’administration et les administrés et nous avons réussi à multiplier le budget de la municipalité.

Dans ce cas, pourquoi la délégation spéciale a-t-elle remis sa démission ?

Le pouvoir régional et central ne s’est jamais intéressé au projet et nous n’avons reçu d’eux aucun encouragement car notre projet agace. À cela s’ajoute la tentative de mise sous tutelle du syndicat (UGTT) et le retour des pratiques de l’ancien régime, comme à l’époque où le parti régentait les mairies. Les rapports deviennent plus verticaux alors que notre expérience a pour but d’instaurer des rapports horizontaux. Malheureusement, je ne pense pas que nos remplaçants continuerons le projet, car la transparence est une culture à laquelle il faut croire.

Depuis 2011 les conseils municipaux sont le fruit d’un consensus, mais des élections municipales sont prévues d’ici un an. Qu’en attendez-vous ?

Parler aujourd’hui d’élections municipales, c’est mettre la charrue avant les boeufs. La date ne cesse d’être repoussée et il y a des lois organiques à définir et une décentralisation à mettre en place avant le processus électoral. De plus, couvrir tout le territoire représente un coût financier et humain important et les partis doivent se mettre d’accord.

Salsabil Chellali

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