Banques tunisiennes 2025 : vers un modèle plus défensif et sélectif
En 2025, le secteur bancaire coté en Tunisie entre dans une nouvelle phase. Moins expansif sur le crédit, plus exigeant sur la liquidité et la solvabilité, il s’adapte à un environnement marqué par l’assouplissement progressif de la politique monétaire de la Banque Centrale de Tunisie et par un durcissement des contraintes prudentielles (Bâle III, IFRS à venir).
Les chiffres à fin décembre 2025 confirment cette transition vers un modèle plus défensif, centré sur la solidité bilancielle et la gestion du risque.
Dépôts bancaires : +7,5% à 106,7 milliards de dinars
La collecte constitue le principal moteur de l’exercice 2025.
Les encours de dépôts des banques cotées atteignent 106,7 milliards de dinars, en progression de +7,5% sur un an. Cette performance intervient pourtant dans un contexte de baisse du TMM et du taux minimum de rémunération de l’épargne (–50 points de base chacun en 2025).
Les dépôts à terme se distinguent avec une hausse de +12,2% à 31,9 milliards de dinars. Globalement, toutes les catégories de ressources progressent, traduisant une forte capacité de mobilisation de l’épargne domestique.
Banques publiques : une dynamique supérieure
Les banques publiques affichent une croissance des dépôts de +10,2% à 36,45 milliards de dinars, contre +6,1% pour les banques privées.
- BH Bank : +11,2% de dépôts à 10,02 Mds TND
- Banque Nationale Agricole (BNA) : +9,8% à 13,92 Mds TND
La BNA renforce notamment la part des dépôts à vue (30,8% contre 26,1% un an plus tôt), optimisant le coût des ressources.
Banques privées : Wifak en tête
Du côté privé, Wifak International Bank enregistre la plus forte croissance (+24,6% à 1,45 Md TND), soutenue par une expansion rapide de son réseau et des dépôts à vue en hausse de +53,3%.
Crédit bancaire : croissance limitée à +1,8%
À l’inverse, l’encours global des crédits ne progresse que de +1,8% à 86 milliards de dinars, après +0,8% en 2024.
Plusieurs facteurs expliquent cette atonie :
- Une demande privée affaiblie dans un climat d’investissement hésitant
- Un taux directeur maintenu au-dessus de 7% sur une grande partie de l’année
- La préparation aux exigences prudentielles (Bâle III, IFRS)
Ratio de transformation au plus bas historique
Le ratio crédits/dépôts tombe à 80,6% en 2025, contre 96,2% en 2024 et plus de 120% en 2019.
Ce niveau inédit reflète :
- Une prudence accrue face aux risques macroéconomiques
- Une réallocation vers les titres souverains
- Une priorité donnée à la liquidité et aux fonds propres
Produit Net Bancaire : +4,3% à 7 290 MDT
Le Produit Net Bancaire (PNB) agrégé atteint 7 290 MDT, en hausse modérée de +4,3%. Mais sa structure évolue profondément.
- Marge d’intérêt : –18,5%
Historiquement premier contributeur, la marge d’intérêt recule fortement (–583 MDT), pénalisée par :
- La faible croissance des crédits
- Le resserrement des marges d’intermédiation
Elle devient pour la première fois le second contributeur au PNB sur la dernière décennie.
- Commissions : +1,1%
La progression reste limitée, sous l’effet du contrôle réglementaire des tarifs et d’une digitalisation encore partielle.
- Activités de marché : +32,4%
Elles deviennent le premier moteur du PNB, avec une hausse de +806,5 MDT. Leur poids passe de 35,4% en 2024 à 45,4% en 2025.
Cette performance est liée :
- À l’augmentation des portefeuilles obligataires (+23,4%)
- À la forte participation aux émissions de dette intérieure de l’État
Coefficient d’exploitation : pression sur la productivité
Les charges générales d’exploitation progressent de +7,3%, plus vite que les revenus.
Le coefficient d’exploitation atteint 48%, son plus haut niveau depuis 2019, confirmant des défis structurels en matière de maîtrise des coûts.
Certaines banques tirent néanmoins leur épingle du jeu :
- Banque de Tunisie (BT) : meilleur ratio à 33,1%
- BNA : amélioration à 35,4%
Rentabilité 2025 : bénéfices attendus à 1,58 Md TND (+5,2%)
Malgré la pression sur la marge d’intérêt, la capacité bénéficiaire reste solide.
Les bénéfices agrégés devraient progresser de +5,2% en 2025 pour atteindre 1,58 milliard de dinars, soutenus par :
- Une baisse attendue du coût du risque (–6,8%)
- Une stabilisation des actifs pondérés
Dividendes et solvabilité : sélectivité accrue
En 2025, huit banques ont distribué 802 MDT au titre de 2024 (+8,7%), avec un payout moyen de 53,3%, tout en respectant les exigences prudentielles (seuil réglementaire de 10%).
La circulaire 2026-3 de la Banque Centrale renforce cependant l’encadrement de la distribution.
Par ailleurs, la loi n°41-2024 impose l’affectation d’au moins 8% des bénéfices à des microcrédits sans intérêts, ce qui pourrait peser à terme sur la rentabilité et les fonds propres.
Valorisation boursière 2025 : un secteur encore attractif
Après une hausse de +9,48% de l’indice des banques au 13 février 2026 :
- P/E moyen 2025E : 10,4x
- Rendement dividende estimé : 5,3% (payout normatif 55%)
Valeurs premium
- Attijari Bank Tunisie : ROE 23% – P/B 3x
- BIAT : ROE 20,2% – P/B 2,2x
Ces banques combinent rentabilité élevée, visibilité bénéficiaire et qualité d’actifs.
Potentiel de revalorisation
- Amen Bank
- BNA
Elles présentent un couple rendement/risque attractif dans une optique « value ».
Perspectives 2026 : solidité confirmée, croissance sous contrainte
Le secteur bancaire coté tunisien aborde 2026 avec :
- Une liquidité historiquement élevée
- Des ratios de solvabilité renforcés
- Une rentabilité préservée
Cependant, la dépendance accrue aux revenus de marché, la faible dynamique du crédit et la pression réglementaire appellent à une approche sélective, tant sur le plan opérationnel que boursier.
La visibilité restera étroitement liée à l’évolution du contexte macroéconomique et budgétaire tunisien.
