Dividendes en Tunisie : une progression continue sur trois exercices
Entre 2022 et 2024, la politique de rémunération des actionnaires s’est nettement renforcée sur le marché tunisien. Les dividendes distribués par les sociétés cotées sont passés de 1 259 MD en 2022 à 1 580 MD en 2024, soit une progression cumulée de 25,4% (+321 MD).
Après une hausse de 10,8% en 2022 et de 10,6% en 2023, l’exercice 2024 marque une accélération à +13,4%, soit la croissance la plus élevée de la période.
Parallèlement, les bénéfices individuels agrégés ont atteint 2 749 MD en 2024, en hausse de 12,3%, confirmant une cohérence globale entre création de valeur et distribution.
Deux tiers des sociétés distribuent des dividendes
Malgré la réduction du nombre de sociétés cotées (82 en 2022 contre 74 en 2024), la proportion d’entreprises distributrices s’est améliorée :
- 2022 : 49 sociétés (60%)
- 2023 : 48 sociétés (62%)
- 2024 : 49 sociétés (66%)
Autrement dit, deux sociétés sur trois versent désormais un dividende.
Parmi les 25 sociétés non distributrices en 2024, 9 sont bénéficiaires. Certaines ont choisi de renforcer leurs fonds propres, à l’image de STB (bénéfice 2024 de 82,5 MD) ou de résorber des pertes antérieures, comme Carthage Cement (bénéfice 2024 de 70,3 MD).
Sociétés financières : locomotive des dividendes
Le secteur des sociétés financières concentre plus de 61% des montants distribués sur la période. En 2024, il représente 60,7% des dividendes globaux.
Le secteur des biens de consommation confirme sa montée en puissance, passant de 23% en 2022 à 25% en 2024, porté notamment par SFBT, qui représente à elle seule 14% du total du marché en 2024.
Top 5 : une concentration stable autour des grandes capitalisations
La structure du Top 5 des distributeurs reste inchangée sur trois ans. En 2024, les cinq premières capitalisations concentrent 56% des dividendes (879 MD contre 683 MD en 2022, soit +29%).
En tête :
- BIAT : 245 MD (15%)
- SFBT : 215 MD (14%)
- Attijari Bank : 210 MD (13%)
- Amen Bank : 115 MD (7%)
- BT : 95 MD (6%)
Quatre banques et un acteur majeur de l’agroalimentaire composent ce noyau dur, illustrant la prédominance du secteur bancaire dans la rémunération des actionnaires.
Payout ratio : un équilibre entre distribution et solidité financière
Le taux de distribution global (payout ratio) progresse régulièrement :
- 53,9% en 2022
- 56,9% en 2023
- 57,5% en 2024
La moyenne sur la période s’établit à 56,1%.
Ce niveau traduit une politique de distribution soutenue, mais encore compatible avec le renforcement des fonds propres, notamment dans les secteurs réglementés comme les banques et les assurances.
Délai de paiement : nette amélioration en 2024
Le délai moyen entre l’Assemblée Générale Ordinaire (AGO) et la date de mise en paiement passe de :
- 38,2 jours en 2023
à - 32,7 jours en 2024
Soit une réduction de 5,5 jours (-14,5%).
Les sociétés financières affichent les délais les plus courts (moyenne de 26 jours sur la période). En 2024, l’ensemble des délais respecte le seuil réglementaire de trois mois, signal d’une meilleure maîtrise opérationnelle.
Par ailleurs, 81% des dividendes sont versés entre mai et juillet, confirmant la saisonnalité classique du marché tunisien.
Dividend yield : un rendement attractif à 6,1%
Le rendement global atteint 6,1% en 2024, contre 5,9% en 2023 et 5,4% en 2022.
La hausse des dividendes (+13,4%) a été plus rapide que celle de la capitalisation boursière des sociétés bénéficiaires (+10%), d’où l’amélioration du yield.
Le secteur des services aux consommateurs affiche le rendement le plus élevé en 2024, à 8,4%, notamment grâce aux distributeurs automobiles ARTES, ENNAKL Automobiles et City Cars.
Ce qu’il faut retenir pour 2024
- 1 580 MD de dividendes distribués (+13,4%)
- 66% des sociétés cotées versent un dividende
- Payout global : 57,5%
- Dividend yield : 6,1%
- 56% des montants concentrés dans le Top 5
- Délai moyen de paiement réduit à 32,7 jours
La période 2022–2024 confirme une maturité croissante du marché tunisien en matière de rémunération actionnariale, portée par des résultats solides et une discipline financière renforcée.
