Les autorités douanières chinoises ont bloqué les expéditions de processeurs d’intelligence artificielle H200 de Nvidia, poussant les fournisseurs de composants spécialisés à interrompre leur production. Selon le Financial Times, cette décision soudaine constitue un revirement majeur dans les relations commerciales entre les deux plus grandes économies mondiales.
La mesure est intervenue après que les responsables des douanes de Shenzhen ont convoqué, le 7 janvier, plusieurs entreprises de logistique pour leur ordonner de ne plus accepter les demandes de dédouanement pour les puces H200. Les premières expéditions arrivaient déjà à Hong Kong lorsque le blocus est entré en vigueur, prenant Nvidia au dépourvu, selon des sources proches du dossier.
Les chaînes de production à l’arrêt
Face à cette interdiction, les fabricants de composants pour les H200 – notamment les producteurs de circuits imprimés – ont suspendu leurs activités afin d’éviter l’accumulation de stocks invendus. La spécialisation extrême de ces pièces limite fortement les possibilités de reconversion industrielle.
« Le circuit imprimé pour le H200 est une pièce dédiée, conçue spécifiquement pour cette puce et inutilisable pour d’autres produits », a expliqué Chu Wei-Chia, analyste chez SemiAnalysis, au Financial Times. « Si la production continue alors que les importations sont bloquées, les pertes sont inévitables. »
Nvidia anticipait plus d’un million de commandes de clients chinois, avec des fournisseurs mobilisés jour et nuit pour des livraisons prévues dès le mois de mars. L’entreprise avait exigé le paiement intégral à l’avance, sans possibilité d’annulation ni de remboursement, reflétant l’incertitude croissante quant aux intentions de Pékin.
Confusion réglementaire à Pékin
Le blocage survient dans un contexte de conflits de compétences entre les autorités chinoises. George Chun, associé chez Asia Group, souligne qu’« il est très compliqué de savoir qui régule réellement les industries de l’IA et des semi-conducteurs en Chine », évoquant des divergences entre la Commission nationale du développement et de la réforme, le ministère de l’Industrie et des Technologies de l’information et le Bureau national de l’information sur Internet.
Pékin avait déjà conseillé aux entreprises technologiques d’acheter ces puces « uniquement en cas de nécessité », une directive jugée si stricte qu’elle équivaut quasiment à une interdiction. Dans le cadre de sa stratégie d’indépendance technologique, la Chine pousse Alibaba, ByteDance et Tencent à privilégier des puces d’IA produites localement.
Basculement vers le marché noir et alternatives interdites
L’incertitude a conduit certains clients chinois à annuler leurs commandes de H200 pour se tourner vers des puces B200 et B300 plus avancées, dont l’exportation vers la Chine est interdite par la réglementation américaine. Ces composants circulent désormais via un marché noir florissant de semi-conducteurs américains.
Ce retournement contraste avec l’optimisme de fin décembre, lorsque l’administration Trump avait autorisé les ventes de H200 vers la Chine moyennant une surtaxe douanière de 25 %. L’action Nvidia a clôturé en baisse de 0,41 % à 186,23 $, les marchés américains étant fermés lundi pour le jour férié de Martin Luther King Jr.
Ni Nvidia ni l’Administration générale des douanes de Chine n’ont commenté officiellement ce blocage.
