Les tensions entre les États‑Unis et l’Europe ont franchi un nouveau cap après les menaces du président Donald Trump d’imposer des droits de douane massifs à huit pays européens en lien avec son projet d’« achat complet et total du Groenland ». Cette offensive économique et diplomatique a déclenché une onde de choc à Berlin, où l’Allemagne, quadruple championne du monde de football, envisage désormais un boycott de la Coupe du monde de la FIFA 2026, co‑organisée par les États‑Unis, le Mexique et le Canada.
Dans une interview accordée au quotidien allemand BILD, Jürgen Hardt, porte‑parole pour la politique étrangère du groupe parlementaire CDU/CSU et proche allié du chancelier Friedrich Merz, a expliqué que le retrait de l’Allemagne du tournoi pourrait devenir un levier de pression. « Se retirer du tournoi ne serait envisagé qu’en dernier recours afin de ramener Trump à la raison sur la question du Groenland », a‑t‑il déclaré, soulignant que le président américain a clairement montré « à quel point la Coupe du monde est importante pour lui ».
L’opinion publique allemande favorable à un boycott en cas d’annexion du Groenland
Un sondage réalisé les 15 et 16 janvier par l’institut INSA pour BILD révèle que 47 % des Allemands soutiendraient un boycott si les États‑Unis annexaient le Groenland. 35 % y sont opposés et 18 % restent indécis. L’enquête a été menée auprès de 1 002 participants, illustrant une opinion publique profondément divisée mais de plus en plus sensible aux enjeux de souveraineté et de coercition économique.
Escalade tarifaire : 10 % puis 25 % de droits de douane contre huit pays européens
Donald Trump a annoncé que le Danemark, la Norvège, la Suède, la France, l’Allemagne, le Royaume‑Uni, les Pays‑Bas et la Finlande seraient soumis à un tarif douanier de 10 % sur tous les produits à compter du 1er février, porté à 25 % le 1er juin, jusqu’à la conclusion d’un accord sur l’« achat » du Groenland.
Cette annonce est intervenue peu après le déploiement, à l’invitation du Danemark, de petites équipes de reconnaissance de l’OTAN au Groenland. La Bundeswehr allemande a retiré son contingent de 15 soldats après seulement 44 heures sur place, quittant le territoire arctique par vol civil vers Copenhague, un retrait précipité qui alimente les interrogations sur de possibles pressions économiques américaines.
La ministre allemande des Sports, Christiane Schenderlein (CDU), a toutefois temporisé, estimant que la décision d’un boycott relèverait in fine de la Fédération allemande de football et de la FIFA, sans soutenir officiellement la proposition de Jürgen Hardt.
Une Europe unie face à la pression américaine
Dans une déclaration commune, les huit pays visés ont affirmé qu’ils « se tiennent en pleine solidarité avec le Royaume du Danemark et le peuple du Groenland », avertissant que les menaces tarifaires « mettent en péril les relations transatlantiques et pourraient déclencher une spirale descendante dangereuse ».
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a insisté sur une réponse « unie, coordonnée et déterminée » de l’Union européenne pour défendre sa souveraineté, tandis que le président français Emmanuel Macron a qualifié ces menaces d’« inacceptables ».
Bruxelles prépare des options de représailles, dont un paquet de contre‑tarifs de 93 milliards d’euros susceptible d’entrer en vigueur début février si la suspension négociée l’été dernier n’est pas renouvelée. L’UE envisage également d’activer l’Instrument anti‑coercition, un mécanisme destiné à sanctionner la coercition économique en restreignant l’accès au marché européen.
Une Coupe du monde sous haute tension géopolitique
La Coupe du monde 2026 se déroulera du 11 juin au 19 juillet dans 16 villes des trois pays hôtes. L’augmentation des droits de douane à 25 % coïnciderait avec les premiers jours du tournoi, faisant du football un nouveau champ de bataille symbolique de la rivalité économique et géopolitique entre Washington et l’Europe.
Ce dossier illustre comment le sport, le commerce international et la géopolitique s’entremêlent désormais étroitement, transformant la Coupe du monde 2026 en enjeu stratégique majeur bien au‑delà des terrains.
