Loi de Finances 2026 : le choix du social face au défi de l’investissement productif

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La Loi de Finances 2026 confirme l’orientation sociale des politiques budgétaires tunisiennes. Selon la CCITF, l’augmentation massive des dépenses sociales et fiscales se fait au détriment de l’investissement productif, suscitant des inquiétudes quant à la croissance, à la compétitivité et à l’attractivité économique du pays.

La Loi de Finances 2026 consacre clairement la primauté des considérations sociales dans les choix budgétaires de l’État tunisien. Cette orientation, si elle répond à des impératifs sociaux pressants, soulève néanmoins de fortes inquiétudes quant à la capacité de l’économie à générer durablement de la richesse et de l’emploi.

S’exprimant lors d’une matinée d’information organisée jeudi à Tunis par la Chambre de Commerce et d’Industrie Tuniso-Française (CCITF), son secrétaire général, Mohamed Louzir, a souligné l’ampleur des dépenses à caractère social et de subvention, qui dépassent 19 milliards de dinars. Ce montant représente l’équivalent de 5 472 dinars par an et par famille, sur la base d’un nombre de 3 472 188 familles recensées en 2025.

Selon Louzir, ces aides sociales importantes sont pénalisées par un système de gestion jugé complexe, peu efficace et à risque, rendant leur chiffrage, leur suivi et leur ciblage difficiles. Cette situation réduit l’impact réel de ces dépenses sur le pouvoir d’achat et la cohésion sociale, tout en alourdissant les charges publiques.

Le responsable de la CCITF a également attiré l’attention sur le poids croissant de la masse salariale de la fonction publique. Depuis 2010, les effectifs ont augmenté de 35 %, tandis que le salaire brut annuel moyen a progressé de 191 %. Cette hausse, non accompagnée par des gains de productivité, constitue selon lui un problème structurel majeur appelant des solutions de fond.

Autre point de préoccupation central : la pression fiscale, parmi les plus élevées du continent africain. Celle-ci s’est établie à 33,5 % du PIB en 2022 et devrait dépasser 34 % à fin 2025, une tendance qui devrait se poursuivre en 2026. Dans ce contexte, l’impôt sur les sociétés a plus que doublé, passant de 2,8 milliards de dinars en 2022 à 6 milliards en 2025, soit une hausse de 113 % en trois ans. Une dynamique que la CCITF juge pénalisante pour l’investissement et la compétitivité des entreprises.

Mohamed Louzir a par ailleurs rappelé que la base fiscale demeure étroite, en raison de l’importance du secteur informel, qui représente plus de 40 % du PIB. Cette situation accentue la pression sur les entreprises formelles et limite l’efficacité des politiques fiscales.

Sur le plan financier, le secrétaire général de la CCITF a mis en garde contre le poids de la dette et l’assèchement du marché local du crédit. Les difficultés d’accès au financement extérieur ont conduit l’État à recourir davantage au financement intérieur, au détriment de l’investissement public et privé. La part de l’État dans le total des crédits est ainsi passée de 17 % en 2020 à 33,4 % en 2025, en parallèle du recours à l’emprunt direct auprès de la Banque Centrale de Tunisie pour financer le déficit.

Enfin, Louzir a indiqué les principales mesures que la CCITF aurait souhaité voir intégrées dans la Loi de Finances 2026 : des signaux clairs de confiance aux investisseurs, une véritable restructuration des entreprises et des administrations publiques, une meilleure orientation des fonds de la BCT vers le secteur productif, l’accélération de la réforme fiscale, des incitations concrètes pour les secteurs porteurs comme les énergies renouvelables et l’intelligence artificielle, ainsi que le maintien d’un dialogue constructif avec les bailleurs de fonds internationaux.

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