Samsung Electronics aurait décroché un nouveau contrat de fabrication de puces d’intelligence artificielle, cette fois pour le compte d’Anthropic, société américaine à l’origine de l’assistant IA Claude. Selon plusieurs relais de presse sud-coréens, l’accord porterait sur le procédé de gravure le plus avancé du groupe, en 2 nanomètres. Ni Samsung ni Anthropic n’ont confirmé officiellement l’opération, mais l’information s’inscrit dans une dynamique déjà largement documentée depuis début juillet par la presse économique internationale.
Un marché des puces IA en pleine recomposition
La demande en puces d’intelligence artificielle explose, portée par les investissements massifs des grands groupes technologiques dans leurs infrastructures de calcul. Nvidia domine largement ce marché, mais les principaux acteurs de l’IA générative — Google, Amazon, Meta, OpenAI et désormais Anthropic — cherchent à développer des puces maison afin de réduire leur dépendance à un fournisseur unique et de mieux maîtriser leurs coûts d’exploitation, l’inférence des modèles représentant une charge financière croissante à mesure que les usages se multiplient.
Dans ce contexte, la capacité de fonderie devient un actif stratégique disputé entre un nombre restreint d’acteurs capables de graver à l’échelle du nanomètre. TSMC reste le leader incontesté du secteur, mais Samsung investit depuis plusieurs années pour combler son retard, avec des résultats commerciaux qui semblent porter leurs fruits ces derniers mois.
Samsung engrange les contrats et redresse sa fonderie
L’accord rapporté avec Anthropic s’ajouterait à une série de contrats remportés récemment par Samsung Foundry, notamment avec Tesla pour ses puces AI5 et AI6, avec Nvidia, ainsi qu’avec Groq. Des discussions seraient également en cours avec Meta pour la fabrication de sa troisième génération d’accélérateurs IA. Cette accumulation de contrats traduirait un retournement pour une division longtemps déficitaire : les taux d’utilisation des lignes de procédés avancés atteindraient désormais leur maximum, et les rendements du procédé 2 nm dépasseraient 60 %, un niveau jugé suffisant pour rassurer des clients exigeants.
Pour les investisseurs suivant le secteur des semi-conducteurs, la confirmation d’un tel contrat constituerait un signal positif pour les perspectives de revenus de la division fonderie de Samsung, et renforcerait la concurrence face à la position quasi monopolistique de TSMC sur la gravure la plus avancée destinée à l’IA.
Pour Anthropic, un enjeu de coûts et d’indépendance
Pour Anthropic, disposer d’une puce IA propriétaire répond à un objectif de maîtrise des coûts d’inférence, poste de dépense appelé à croître avec l’adoption de ses modèles. L’entreprise a précisé qu’elle continuerait de s’appuyer sur Nvidia, Google et Amazon pour ses besoins de calcul, ce qui suggère une stratégie de diversification des fournisseurs plutôt qu’une rupture avec ses partenaires actuels. Samsung, aux côtés de SK Hynix et Micron, comptait déjà parmi les partenaires stratégiques d’infrastructure annoncés par Anthropic lors de son récent tour de financement Série H, ce qui inscrit ce contrat de fonderie dans une relation plus large englobant mémoire, stockage et logique.
Des inconnues qui pèsent encore sur l’évaluation financière
En l’absence de confirmation officielle, ni le montant du contrat, ni son calendrier précis, ni les volumes de production envisagés ne sont connus. Les analystes du secteur évoquent un délai de 18 à 24 mois avant les premiers échantillons de puces, et jusqu’à 36 mois avant d’atteindre la pleine capacité de production, ce qui reporte tout impact significatif sur le chiffre d’affaires de Samsung Foundry à un horizon de moyen terme. Le site de fabrication — Corée du Sud ou usine de Taylor, au Texas — reste également à préciser, une donnée qui influencera la répartition géographique de la valeur créée par ce contrat.
Ce qu’il faut retenir pour les investisseurs et décideurs
Au-delà du cas Anthropic-Samsung, cette opération confirme une tendance structurelle : la montée en puissance des puces IA sur mesure comme axe d’investissement prioritaire des géants technologiques, et l’émergence d’une concurrence plus disputée dans la fonderie de pointe, jusqu’ici dominée par un acteur quasi unique. Pour les investisseurs et dirigeants suivant la chaîne de valeur des semi-conducteurs, la confirmation officielle de cet accord — et de ses conditions financières — constituera la prochaine étape déterminante à surveiller.



