Un record d’importations pour sécuriser l’après-hiver
L’Europe est en passe d’inscrire un nouveau record mensuel d’importations de gaz naturel liquéfié. Selon les projections de Kpler, les arrivages de GNL devraient atteindre 14,20 millions de tonnes en février. Ce volume dépasse les 13,67 millions de tonnes importées en janvier et marque une progression de 22 % sur un an, d’après une analyse du chroniqueur de Reuters, Clyde Russell.
Cette dynamique reflète la profonde recomposition de l’approvisionnement énergétique européen depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022. Les États-Unis se sont imposés comme le premier fournisseur, représentant 57 % des volumes de février, soit environ 8,05 millions de tonnes. Une dépendance accrue qui illustre la stratégie européenne visant à sécuriser des sources alternatives, malgré des coûts structurellement plus élevés que le gaz par pipeline.
Le GNL russe encore présent, malgré un compte à rebours engagé
Paradoxalement, le GNL russe continue d’arriver sur le continent. Les livraisons sont estimées à 1,6 million de tonnes en février, légèrement en retrait par rapport aux 1,68 million de tonnes de janvier. Ces flux prennent une dimension stratégique alors que l’Union européenne a finalisé, en janvier, un accord interdisant toute importation de GNL russe à compter du 1er janvier 2027. Cette mesure s’inscrit dans un plan plus large visant à éliminer totalement le gaz russe, y compris par gazoduc, d’ici fin 2027.
Des stocks européens au plus bas depuis la crise énergétique
Cette frénésie d’importations s’explique par l’état critique des réserves. À la mi-février, les stocks de gaz de l’Union européenne ne représentaient plus qu’environ 34 % de leur capacité, bien en deçà des moyennes historiques comprises entre 50 % et 58 % pour cette période, selon la plateforme AGSI de Gas Infrastructure Europe.
La situation est particulièrement tendue en Allemagne, où les niveaux de stockage sont tombés autour de 21 %, un plus bas inédit à la mi-février depuis 2018. Une vague de froid plus longue qu’à l’accoutumée en Europe du Nord et centrale, depuis janvier, a accéléré les prélèvements, tandis que la demande a progressé de près de 7 % sur un an depuis le début de 2026.
Si ce rythme se maintient, les stocks pourraient glisser vers 30 % — voire moins — d’ici la fin mars. Une telle trajectoire imposerait l’injection d’environ 60 milliards de mètres cubes de gaz durant l’été afin de reconstituer les réserves autour de 83 %, un niveau atteint l’hiver dernier selon les estimations de Reuters.
La Chine en retrait, un atout inattendu pour l’Europe
Un autre facteur clé explique l’afflux massif de cargaisons vers l’Europe : la faiblesse persistante de la demande chinoise. Kpler évalue les importations de GNL de la Chine à seulement 3,38 millions de tonnes en février, leur plus bas niveau mensuel depuis avril 2018. Ce chiffre est en nette baisse par rapport aux 4,47 millions de tonnes enregistrées un an plus tôt.
Sur l’ensemble de 2025, les importations chinoises de GNL ont reculé de 14 %, à 67 millions de tonnes. Ce repli s’explique par le ralentissement de l’activité industrielle, l’essor rapide des capacités renouvelables et l’augmentation des flux de gaz par pipeline en provenance de Russie.
Prix sous pression et dépendance accrue au GNL
Les analystes anticipent seulement une reprise modérée des achats chinois en 2026, avec des volumes compris entre 70,5 et 75,5 millions de tonnes, toujours inférieurs aux niveaux de 2024. Dans ce contexte, le GNL peine à rivaliser avec le gaz domestique et le gaz acheminé par pipeline, plus compétitifs.
Cette atonie asiatique a pesé sur les prix spot du GNL, rendant les cargaisons plus accessibles pour les acheteurs européens. Une conjoncture favorable à court terme, mais qui souligne la dépendance croissante du continent à un marché mondial volatil. Selon l’Agence internationale de l’énergie, l’Europe devrait importer un volume record de 185 milliards de mètres cubes de GNL sur l’ensemble de l’année 2026, contre 175 milliards de m³ en 2025.



