Royaume-Uni et Chine scellent un tournant économique à Pékin
Le Premier ministre britannique Keir Starmer et le président chinois Xi Jinping ont officialisé jeudi à Pékin une série d’accords destinés à redynamiser les relations économiques entre leurs deux pays. Cette rencontre, organisée au Grand Palais du Peuple et longue d’environ 80 minutes, marque la première visite d’un dirigeant britannique en Chine depuis huit ans.
À l’issue des discussions, Starmer a évoqué des « résultats concrets » et une relation bilatérale désormais placée dans une « position solide ». Xi Jinping a reconnu que les liens entre Londres et Pékin avaient connu des « vicissitudes », tout en affirmant la volonté de la Chine de construire un partenariat stable sur le long terme.
Un investissement pharmaceutique de 15 milliards de dollars
L’annonce phare du déplacement concerne AstraZeneca, qui s’est engagé à investir 15 milliards de dollars en Chine d’ici 2030. Ces fonds serviront à étendre les capacités de production de médicaments et de recherche pharmaceutique.
Le directeur général du groupe, Pascal Soriot, présent aux côtés de la délégation britannique, a qualifié cet engagement de plus grand investissement jamais réalisé par l’entreprise en Chine. AstraZeneca y est implanté depuis plus de 30 ans et y occupe déjà la place de premier laboratoire pharmaceutique étranger.
Whisky écossais : droits de douane divisés par deux
Autre mesure significative : la Chine a accepté de réduire de moitié les droits de douane sur le whisky britannique, qui passeront de 10 % à 5 %. Selon Downing Street, cette décision pourrait représenter 250 millions de livres sterling de gains supplémentaires pour les exportateurs britanniques sur cinq ans.
Pour Starmer, ce geste symbolise une « ouverture beaucoup plus large » du marché chinois aux entreprises du Royaume-Uni, dans un contexte où Londres cherche activement de nouveaux débouchés commerciaux.
Voyages facilités et coopération dans les services
Les citoyens britanniques pourront désormais se rendre en Chine sans visa pour des séjours de moins de 30 jours. Le Royaume-Uni rejoint ainsi une liste d’environ 50 pays, dont la France, l’Allemagne et l’Australie, bénéficiant déjà de cette exemption.
Les deux gouvernements ont également convenu de lancer une étude de faisabilité en vue d’un accord bilatéral sur les services, un secteur clé pour l’économie britannique, notamment dans la finance, le conseil et l’ingénierie.
Commerce, sécurité et lutte contre les trafics
Keir Starmer était accompagné d’une délégation de près de 60 chefs d’entreprise, issus notamment de HSBC, GSK et Jaguar Land Rover. Cette mission économique s’inscrit dans la stratégie du gouvernement travailliste visant à relancer la croissance britannique en renforçant les échanges avec la deuxième économie mondiale.
Sur le plan sécuritaire, Londres et Pékin ont annoncé une coopération contre le trafic de migrants. Les deux pays échangeront des renseignements sur les réseaux de traversées illégales en petites embarcations et travailleront avec des fabricants chinois pour empêcher que des moteurs ne tombent entre les mains de filières criminelles.
Pressions géopolitiques et questions de droits humains
Cette visite intervient dans un climat international sensible. Elle fait suite au déplacement du Premier ministre canadien Mark Carney à Pékin, qui avait déclenché de vives critiques du président américain Donald Trump, celui-ci menaçant le Canada de droits de douane de 100 % pour son rapprochement avec la Chine.
Au Royaume-Uni, l’initiative de Starmer a également suscité des réserves. La dirigeante conservatrice Kemi Badenoch a déclaré qu’elle aurait refusé de se rendre en Chine en raison de préoccupations liées à la sécurité nationale.
Interrogé sur les droits de l’homme, notamment l’emprisonnement du magnat des médias prodémocratie Jimmy Lai, Starmer a assuré avoir abordé ces sujets avec Xi Jinping dans le cadre d’une « discussion respectueuse ».
