La Méditerranée comme espace de reconvergence industrielle
Dans un contexte mondial marqué par les tensions géopolitiques et la recomposition des chaînes d’approvisionnement, la question d’un rapprochement économique entre l’Europe et le Maghreb revient avec une acuité nouvelle. C’est dans cet esprit qu’une cinquantaine de décideurs publics et privés, d’experts internationaux et de dirigeants de clusters se sont réunis mercredi 25 mars à Tunis pour le séminaire régional « Euromed Clusters policy seminar — Maghreb edition ».
L’événement, organisé par le Forum euro-méditerranéen des instituts de sciences économiques (Femise) et le Forum de recherche économique (ERF), s’inscrit dans un cycle plus large de rencontres : une prochaine édition est prévue en mai pour les pays du Mashreq, avant un colloque régional Euromed qui se tiendra plus tard en 2026.
Tunis, cap sur l’économie de la connaissance
La ministre de l’Industrie, Fatma Thabet Chiboub, représentée par sa cheffe de cabinet Afef Chachi Tayari, a posé d’emblée le cadre : pour la Tunisie, l’enjeu dépasse la simple coopération commerciale. Il s’agit de « passer d’une économie de coûts à une économie de la connaissance et de l’innovation durable ».
Le gouvernement tunisien a formalisé cette ambition dans une stratégie clusters à l’horizon 2035, structurée autour de trois axes : l’excellence technologique et la décarbonation, l’intégration profonde dans les chaînes de valeur mondiales, et ce que les autorités appellent la « souveraineté industrielle par le talent ». Ce dernier pilier s’appuie notamment sur les quelque 5 000 ingénieurs formés chaque année dans le pays, avec l’objectif de faire de chaque région un pôle de spécialisation intelligente.
La vision est ambitieuse : d’ici dix ans, les clusters tunisiens ne se positionneraient plus comme de simples sous-traitants, mais comme des « partenaires de coconception » pour les marchés européen et africain, selon les termes de la ministre. La transition verte figure au cœur de cette transformation, avec une mesure de l’innovation qui intégrerait désormais l’efficience énergétique et la réduction de l’empreinte carbone.
L’Europe voit dans le Maghreb un voisin stratégique
Du côté européen, le ton est également celui d’un intérêt renouvelé. Maryse Louis, directrice générale du Femise, a souligné la valeur du facteur de proximité dans un monde où les chaînes logistiques mondiales se restructurent : langue, culture, géographie — autant d’atouts que partagent les deux rives.
L’ambassadeur de l’Union européenne à Tunis, Giuseppe Perrone, a salué les progrès tunisiens, non seulement dans le développement de clusters, mais dans l’environnement des affaires en général, ainsi que dans les transitions digitale et écologique. Rappelant le nouveau Pacte pour la Méditerranée lancé l’an dernier, il a réaffirmé l’attachement de l’UE à son partenariat avec Tunis.
Des recommandations concrètes pour lever les blocages
Le séminaire ne s’est pas cantonné aux discours de tribune. Les échanges ont porté sur des obstacles bien réels : fragilités réglementaires, manque de mécanismes de coopération adaptés, difficultés d’intégration dans les chaînes de valeur régionales. Les participants ont cherché à formuler des recommandations opérationnelles en matière de politiques publiques et de gouvernance des clusters.
L’accent a également été mis sur une logique de coopération entre pays maghrébins eux-mêmes, plutôt que de simple compétition — un changement de paradigme qui suppose des échanges d’expériences, y compris sur les échecs. « La transformation industrielle ne se décrète pas, elle se cultive patiemment par la coopération », a conclu la ministre Thabet Chiboub, ajoutant que la Tunisie est prête à partager aussi bien ses succès que les leçons de ses revers pour bâtir collectivement une industrie régionale robuste et résiliente.
