Augmentation des salaires en Tunisie 2026-2028 : ce que prévoit le gouvernement pour le pouvoir d’achat

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Dans le cadre de la loi de finances 2026, la Tunisie a entériné un plan d'augmentation des salaires étalé sur trois ans. Face à une inflation persistante et à une masse salariale publique dépassant 20 milliards de dinars, l'État cherche un équilibre fragile entre justice sociale et stabilité budgétaire.

Un plan triennal pour soutenir le pouvoir d’achat

Le gouvernement tunisien a inscrit dans la loi de finances 2026 un programme d’augmentation des salaires s’étalant sur trois ans, de 2026 à 2028. L’objectif affiché est triple : amortir les effets de la hausse des prix, améliorer le pouvoir d’achat des ménages et préserver l’équilibre social dans un contexte économique sous tension.

Le président de la République, Kaïs Saïed, a réaffirmé lors d’une rencontre avec la cheffe du gouvernement et les ministres des Finances, de l’Économie et des Affaires sociales, l’engagement de l’État à honorer ses engagements. Une formulation solennelle, destinée à dissiper les doutes sur la mise en œuvre effective de cette mesure.

Une décision unilatérale qui a relancé le débat social

L’annonce de ces augmentations sans concertation préalable avec les partenaires sociaux a suscité des réactions. Le ministre des Affaires sociales, Issam Lahmar, a tranché le débat lors d’une séance conjointe de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) et du Conseil national des régions et des districts (CNRD).

Lahmar a rappelé que le Code du travail tunisien prévoit trois voies légales pour l’octroi d’augmentations salariales : un accord individuel contractuel, une disposition législative ou réglementaire (loi ou décret), ou une convention collective issue de négociations sociales. La décision gouvernementale s’appuie sur la deuxième option, ce qui la rend juridiquement valide, même en l’absence de dialogue syndical.

Masse salariale : une pression maîtrisée mais persistante

Les chiffres donnent la mesure de l’effort budgétaire. La masse salariale du secteur public représente aujourd’hui entre 13 et 14 % du PIB, soit plus de 20 milliards de dinars par an — contre 16,1 milliards en 2020. Pour 2026, les dépenses salariales sont fixées à 25,267 milliards de dinars, en hausse de 3,6 % par rapport aux 24,389 milliards de 2025.

Le ministère des Finances souligne cependant que cette masse salariale devrait se stabiliser à 13,4 % du PIB en 2026, contre 14,1 % initialement prévu pour 2025 et 13,9 % enregistrés en 2024. Un signal positif sur la trajectoire budgétaire, même si la pression reste réelle.

À titre de comparaison, la dernière hausse salariale significative remontait à 2022 et couvrait la période 2022-2025. Elle oscillait entre 195 et 300 dinars selon la catégorie, versée en trois tranches.

51 878 postes créés ou régularisés en 2026

Au-delà de la revalorisation salariale, l’État s’engage sur le terrain de l’emploi. L’enveloppe 2026 intègre la création et la régularisation d’environ 51 878 postes, dont 22 523 nouveaux postes pour cette seule année. Cette démarche vise notamment à mettre fin aux situations d’emploi précaire dans la fonction publique, une problématique sociale de longue date.

Le président Saïed a qualifié ces mesures d’effort consenti malgré un « lourd héritage résultant de choix érigés en crime » — une référence à la gestion économique des gouvernements précédents. Il a toutefois mis en garde contre les illusions, insistant sur la nécessité d’une action concrète dans tous les secteurs.

Des recettes fiscales en hausse pour financer l’effort

Pour couvrir ces engagements, l’État mise sur une mobilisation accrue des recettes fiscales, attendues entre 45 et 50 milliards de dinars en 2026, soit une progression de 7,3 % par rapport aux résultats escomptés pour 2025. Le renforcement des mécanismes de recouvrement et la lutte contre l’évasion fiscale sont présentés comme des leviers prioritaires.

Des lignes de financement complémentaires ont également été évoquées par le chef de l’État, sans être détaillées, dans le cadre du soutien aux équilibres financiers généraux.

687 000 fonctionnaires et 800 000 retraités concernés

Ces mesures touchent directement environ 687 000 employés du secteur public et plus de 800 000 retraités, auxquels s’ajoutent les salariés du privé, dont les revalorisations dépendent des négociations sectorielles.

L’État maintient par ailleurs ses politiques de subvention des produits de première nécessité, avec une enveloppe estimée à 4,079 milliards de dinars pour 2026, en hausse de 278 millions par rapport aux prévisions 2025. Le contrôle des prix figure également parmi les engagements affichés.

Entre stimulation de la demande et risques structurels

Les économistes sont partagés sur les effets à moyen terme. D’un côté, une hausse des salaires dans un contexte de croissance atone — estimée à seulement 2 à 3 % — pourrait stimuler la consommation intérieure et soutenir des secteurs fragilisés. De l’autre, les entreprises privées pourraient peiner à absorber des hausses de coûts salariaux, avec un risque de contraction de l’investissement.

Pour les analystes, la réussite de cette politique dépendra de sa capacité à s’accompagner de réformes structurelles profondes : renforcement de la production locale, maîtrise de l’inflation — qui a oscillé entre 7 % et 9 % ces dernières années —, et amélioration du climat des affaires.

2026, première année du plan de développement 2026-2030

Le gouvernement présente 2026 comme une année charnière. Elle marque le lancement du Plan de développement 2026-2030, censé poser les bases d’un nouveau modèle économique articulé autour de la souveraineté nationale et de la justice sociale. L’intégration de milliers de travailleurs précaires dans la fonction publique est perçue comme une avancée qualitative vers l’emploi décent.

La politique salariale tunisienne traduit une volonté politique claire. Sa durabilité dépendra néanmoins de la capacité de l’État à concilier les impératifs de redistribution sociale avec les contraintes d’une économie dont la croissance reste insuffisante pour absorber l’ensemble des engagements pris.

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