Russie : la manne pétrolière iranienne relance le Fonds souverain

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Après plusieurs mois de tensions budgétaires sévères, la Russie revient sur le marché des changes. Le ministère des Finances a annoncé l'acquisition de l'équivalent de 1,46 milliard de dollars en yuans entre le 8 mai et le 4 juin 2026, une décision rendue possible par la hausse spectaculaire des revenus pétroliers alimentée par le conflit entre Washington et Téhéran. Un retournement de fortune brutal — et peut-être éphémère.

Un retour sur le marché des changes après des mois de disette

Le ministère russe des Finances a annoncé la reprise de ses achats de devises étrangères et d’or pour le compte du Fonds national de richesse (FNR) à compter du 8 mai 2026. Cette décision met fin à plusieurs mois de suspension forcée, dictée par un effondrement des recettes pétrolières et gazières qui avait conduit Moscou à geler ses opérations de change fin mars 2026.

Le volume prévu est considérable : l’équivalent de 110,3 milliards de roubles — soit environ 1,46 milliard de dollars — sera injecté sur le marché des changes entre le 8 mai et le 4 juin. Les achats s’effectueront principalement en yuans chinois, la principale monnaie de réserve de la Russie depuis que les sanctions occidentales ont coupé Moscou de l’accès aux marchés du dollar et de l’euro.

De l’effondrement à la manne : le rôle du conflit irano-américain

Le retournement de situation est spectaculaire. Au premier trimestre 2026, les recettes pétrolières et gazières avaient chuté de 45 % par rapport à la même période de l’année précédente, creusant un déficit budgétaire de 4 580 milliards de roubles — un niveau dépassant déjà l’objectif annuel fixé par Moscou. La suspension des opérations de change semblait devoir durer au moins jusqu’au 1er juillet.

C’est le conflit entre Washington et Téhéran qui a tout changé. La perturbation des approvisionnements énergétiques mondiaux provoquée par les tensions militaires autour du détroit d’Ormuz a propulsé le prix du brut russe de quelque 46 dollars le baril en début d’année à près de 78 dollars en mars 2026 — un niveau largement supérieur au seuil budgétaire de 59 dollars retenu par Moscou dans ses projections. En un seul mois, les recettes d’exportation de pétrole ont presque doublé, atteignant 19 milliards de dollars.

Dès avril, le ministre des Finances Anton Silouanov signalait publiquement un retour imminent sur le marché des changes, déclarant lors d’une conférence à Moscou : « Je crois qu’il est désormais possible de rouvrir ce débat », après l’appréciation du rouble.

Yuans et gestion du rouble : une équation délicate

Les achats de devises répondent à un double objectif stratégique. D’abord, alimenter le fonds souverain pour reconstituer les réserves entamées par deux années de déficits. Ensuite, freiner l’appréciation du rouble, dont la montée érode mécaniquement la valeur en monnaie nationale des recettes d’exportation d’hydrocarbures.

La concentration des achats sur le yuan soulève néanmoins des préoccupations de liquidité. La gouverneure de la Banque centrale russe, Elvira Nabiullina, a prévenu avant la reprise des opérations qu’elle souhaitait que les banques commerciales russes maintiennent des réserves obligatoires en yuans, afin d’éviter d’éventuelles pénuries sur le marché intérieur. Les acquisitions massives planifiées par l’État sont susceptibles de mettre sous tension la liquidité disponible en yuans.

Des analystes du cabinet de conseil Tverdye Tsifry estimaient, de leur côté, que le volume total des achats pourrait atteindre entre 300 et 400 milliards de roubles entre mai et début juin, si les prix du pétrole se maintiennent proches des niveaux observés en avril.

Un répit budgétaire menacé par les négociations de paix

La durabilité de cette embellie reste cependant très incertaine. Mercredi, les marchés pétroliers ont subi un choc à la baisse après qu’Axios a révélé que Washington et Téhéran négociaient un mémorandum d’accord visant à mettre fin aux hostilités et à rouvrir le détroit d’Ormuz. Le Brent a immédiatement reculé de près de 8 %, tandis que le brut américain abandonnait environ 9 %.

Au 1er mai 2026, les actifs liquides du Fonds national de richesse russe s’élevaient à 48,4 milliards de dollars. Un chiffre qui pourrait se stabiliser — ou recommencer à s’éroder — selon l’issue des pourparlers en cours entre les deux puissances rivales. Pour Moscou, la paix au Moyen-Orient, si elle se concrétise, pourrait s’avérer plus coûteuse économiquement que la guerre.

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