Choc énergétique : l’Union européenne redoute une crise de longue durée face aux tensions USA-Iran

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Alors que les bourses atteignent des sommets, l'Union européenne et la Réserve fédérale tirent la sonnette d'alarme. Entre blocage du détroit d'Ormuz et envolée des prix du brut, les experts craignent une onde de choc structurelle sur l'économie mondiale, comparable aux crises de 1973 et 2022.

Malgré l’euphorie apparente des places boursières, un décalage inquiétant se creuse entre la performance des indices et la réalité géopolitique. Derrière les records du S&P 500 et du Nasdaq, des voix de plus en plus nombreuses — banquiers centraux, décideurs politiques et analystes de premier plan — préviennent que l’impact du conflit entre les États-Unis et l’Iran est largement sous-estimé par les investisseurs.

Un optimisme boursier à l’épreuve de la volatilité

La semaine dernière, les marchés américains ont affiché une santé insolente : le Nasdaq Composite a enregistré treize séances consécutives de hausse, une performance inédite depuis 1992. Cet élan repose sur l’espoir fragile d’un cessez-le-feu.

Toutefois, la communication erratique de la Maison Blanche sème le doute. Le président Trump a soufflé le chaud et le froid, annonçant une prolongation de la trêve quelques heures seulement après avoir exclu toute concession. Cette instabilité diplomatique pousse les stratèges à s’interroger : le rebond actuel repose-t-il sur des fondamentaux solides ou sur un déni des risques réels ?

Le déni des marchés face à un déficit pétrolier record

Selon les analystes de JPMorgan, la situation énergétique est critique. Natasha Kaneva rapporte que les exportations iraniennes sont désormais proches de zéro. Plus alarmant encore, le déficit mondial d’approvisionnement pourrait atteindre 15 à 16 millions de barils par jour.

« Le marché tente d’ignorer la situation en pariant sur une résolution progressive, mais il risque de mal interpréter la profondeur structurelle du conflit », avertissent les experts de la banque d’affaires via CNBC.

Les banques centrales en état d’alerte maximale

La Réserve fédérale américaine (Fed) ne partage pas l’optimisme de Wall Street. John Williams, président de la Fed de New York, souligne des « risques substantiels » pour l’économie, citant des chocs d’approvisionnement qui pèsent déjà sur les bénéfices des entreprises.

De son côté, Austan Goolsbee (Fed de Chicago) prévient que la prolongation du conflit repousse sine die toute baisse des taux d’intérêt. Les chiffres sont éloquents : depuis le déclenchement des hostilités le 28 février, le prix du kérosène a doublé, entraînant mécaniquement une hausse des coûts du diesel et du transport, moteurs essentiels de l’inflation mondiale.

Un impact comparable aux chocs de 1973 et 2022

L’Europe, particulièrement vulnérable, anticipe une crise systémique. Dan Jørgensen, commissaire européen à l’énergie, n’hésite pas à comparer la situation actuelle à l’embargo de 1973 et à la crise énergétique de 2022. Le coût pour le Vieux Continent est estimé à environ 500 millions d’euros par jour.

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) va plus loin en qualifiant cet épisode de « plus grande crise de l’histoire ». En Asie, où transitent 80 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL) via Ormuz, des mesures de rationnement sont déjà en place.

Le verrou d’Ormuz : un blocage durable

Le détroit d’Ormuz, véritable poumon du commerce énergétique mondial, reste largement paralysé par un double verrou : le blocus naval américain des ports iraniens et la fermeture décrétée par Téhéran.

Même en cas de réouverture immédiate, les experts estiment qu’il faudrait plusieurs semaines pour rétablir les circuits logistiques. Les répercussions sur l’industrie manufacturière, le tourisme estival et la sécurité alimentaire mondiale semblent désormais inévitables pour les mois, sinon les années à venir.

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