L’onde de choc diplomatique et militaire au Moyen-Orient se traduit désormais en chiffres comptables sur le continent européen. Ce mardi, le ministère français des Finances et le gouvernement grec ont successivement revu à la baisse leurs perspectives de croissance pour l’année 2026. Ce coup de frein, bien que mesuré, illustre la vulnérabilité persistante des économies de la zone euro face aux instabilités géopolitiques mondiales.
Paris et Athènes : la croissance sous pression
À Paris, Bercy a ajusté sa copie : la prévision de croissance du Produit Intérieur Brut (PIB) pour 2026 passe de 1,0 % à 0,9 %. Parallèlement, la projection d’inflation subit une correction notable, grimpant de 1,3 % à 1,9 %. Pour le ministère, l’explication est limpide : le conflit au Moyen-Orient pèse lourdement sur les coûts des importations énergétiques.
La Grèce suit une trajectoire similaire. Le gouvernement hellénique a annoncé ramener ses perspectives de croissance de 2,4 % à environ 2,0 %. Ces ajustements synchronisés soulignent une réalité commune aux États membres : l’inflation importée fragilise la reprise post-pandémie.
Le détroit d’Ormuz : le verrou de l’économie mondiale
Le cœur de l’inquiétude se situe à des milliers de kilomètres des côtes européennes, dans les eaux stratégiques du détroit d’Ormuz. Point de passage vital pour un sixième de l’approvisionnement mondial en gaz naturel liquéfié (GNL), son blocage partiel ou total menace les chaînes logistiques.
Les marchés ont réagi avec une volatilité immédiate :
- Gaz naturel (Royaume-Uni) : +12 % en une seule séance ce lundi.
- Contrats à terme européens : Les prix ont doublé par rapport aux niveaux observés avant le début du conflit.
La résilience française par l’atome
Malgré ce climat morose, le ministre français des Finances, Roland Lescure, tente de rassurer. Il qualifie l’impact sur la croissance de « modeste », s’appuyant sur l’avantage structurel de la France : son parc nucléaire. Selon lui, cette dépendance à l’atome permet de limiter la contagion inflationniste.
Bercy maintient une hypothèse de travail prudente avec un baril de pétrole avoisinant les 100 dollars jusqu’à la fin du mois de mai. Le gouvernement réaffirme également son cap budgétaire, visant toujours un retour du déficit public sous la barre des 3 % du PIB d’ici 2029.
Le spectre de la stagflation en zone euro
Le diagnostic est plus sombre du côté des institutions internationales. Lors de la conférence Semafor à Washington, Kyriakos Pierrakakis, président de l’Eurogroupe, a évoqué le risque de « stagflation » — une combinaison délétère de croissance atone et d’inflation élevée. « Nous n’en sommes pas encore là », a-t-il tempéré, tout en liant l’avenir économique de l’Union à la réouverture sécurisée du détroit d’Ormuz.
| Institution | Prévision Croissance Grèce (2026) | Prévision Croissance France (2026) |
| Gouvernements | ~2,0 % | 0,9 % |
| Fonds Monétaire International (FMI) | 1,8 % | 0,9 % |
| Banque de Grèce | 1,9 % | – |
Vers un bouclier européen ?
Face à l’urgence, la Commission européenne prépare la riposte. Un document de politique économique est attendu pour le 22 avril. Bruxelles devrait recommander des mesures concrètes pour amortir le choc : réduction des taxes sur l’énergie et baisse des tarifs d’accès aux réseaux. Selon les calculs de la Commission, une perturbation prolongée pourrait amputer la croissance européenne de 0,4 point de pourcentage tout en dopant l’inflation d’un point supplémentaire.
