Les perspectives économiques de la zone euro se sont brusquement assombries jeudi. Une double salve de mauvaises nouvelles — les données flash des PMI de S&P Global et les prévisions de printemps de la Commission européenne — est venue confirmer ce que beaucoup redoutaient : le bloc glisse vers la stagflation sous l’effet du choc énergétique provoqué par la guerre en Iran.
Un secteur privé en contraction accélérée
L’indice S&P Global Flash PMI composite de la zone euro est tombé à 47,5 en mai, contre 48,8 en avril. C’est le niveau le plus bas depuis 31 mois, et le deuxième mois consécutif en territoire de contraction — tout indice sous 50 signalant un recul de l’activité.
Le secteur des services est le plus durement frappé. L’activité commerciale s’est effondrée à 46,4, son plus bas niveau en 63 mois, sous l’effet de la flambée du coût de la vie qui pèse lourdement sur les secteurs tournés vers les consommateurs.
Du côté des prix, la pression ne faiblit pas. L’inflation des intrants s’est accélérée pour le septième mois consécutif, atteignant son plus haut niveau en trois ans et demi. Les prix de vente, eux, ont progressé à leur rythme le plus rapide depuis 38 mois.
Une contraction du PIB attendue au T2
« Les données de l’enquête flash PMI de mai montrent que l’économie de la zone euro subit des répercussions de plus en plus sévères de la guerre au Moyen-Orient », a déclaré Chris Williamson, économiste en chef chez S&P Global Market Intelligence.
Son diagnostic est sévère : ces chiffres laissent présager une contraction du PIB de 0,2% au deuxième trimestre, tandis que les indicateurs de prix de l’enquête anticipent déjà une inflation proche de 4% dans les mois à venir.
La Commission européenne officialise le choc stagflationniste
Les prévisions économiques de printemps 2026 de la Commission européenne, présentées jeudi par le commissaire Valdis Dombrovskis, ont formellement acté ce tournant. Il avait déjà évoqué un « choc stagflationniste » lors de la réunion des ministres des finances du G7 quelques jours plus tôt.
Les projections d’automne 2025 tablaient sur une croissance de 1,2% et une inflation proche de 2% pour 2026. Ces hypothèses ont volé en éclats depuis le déclenchement du conflit avec l’Iran, le 28 février, qui a propulsé le prix du brut au-dessus de 120 dollars le baril.
La BCE face à un dilemme inédit
Dans une interview accordée à Reuters jeudi, le membre du Conseil des gouverneurs de la BCE Olli Rehn a ouvert la porte à une hausse des taux pour préserver la crédibilité de la banque centrale. Il a toutefois nuancé son propos, soulignant qu’il existe « peu de preuves » que la forte inflation est en train de s’ancrer durablement : la croissance des salaires reste modérée et les anticipations d’inflation à long terme demeurent ancrées à 2%.
La décision du 11 juin dépendra des nouvelles projections de la BCE et de l’évolution du cessez-le-feu potentiel entre les États-Unis et l’Iran. Selon des sources citées par Reuters, le dossier en faveur d’une hausse en juin est pratiquement tranché, même si la banque devrait éviter de s’engager sur de nouvelles hausses au-delà.
Pierre Wunsch, autre membre du Conseil des gouverneurs, a été plus direct dans une interview accordée cette semaine à Bloomberg Television : « Si le conflit n’est pas résolu d’ici juin, je pense que la probabilité d’une hausse est assez élevée. »
Emploi : des suppressions de postes à un rythme inédit hors pandémie
Au plan monétaire, le taux de dépôt de la zone euro se situe à 2% depuis juin 2025. Les marchés financiers anticipent désormais une ou deux hausses supplémentaires dans les douze prochains mois. Le FMI, pour sa part, s’attend à ce que la BCE relève ses taux d’environ 50 points de base cette année avant d’amorcer un pivot en 2027.
Sur le front de l’emploi, les signaux sont également préoccupants. Les données PMI font état de suppressions de postes « de plus en plus généralisées », au rythme le plus rapide hors période pandémique depuis août 2013 — un indicateur avancé qui renforce les craintes d’un ralentissement durable de l’activité.
