La Russie se tourne vers le yuan pour financer sa dette après le sommet Poutine-Xi

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Dans la foulée de la visite de Vladimir Poutine à Pékin, Moscou confirme son intention d'émettre une nouvelle série d'obligations d'État libellées en yuans. Un signal fort de la recomposition financière russo-chinoise à l'heure des sanctions.

Moscou consolide son axe financier avec Pékin

Le ministère russe des Finances a annoncé son intention d’émettre de nouveaux emprunts d’État libellés en yuans, quelques jours à peine après le sommet bilatéral qui a réuni Vladimir Poutine et Xi Jinping à Pékin les 19 et 20 mai. Les deux dirigeants ont signé une vingtaine d’accords portant sur le commerce, l’énergie nucléaire et les infrastructures — autant de jalons d’un partenariat stratégique qui se densifie à mesure que les sanctions occidentales se resserrent.

Cette nouvelle émission serait la deuxième du genre à la Bourse de Moscou. Elle confirme une tendance de fond : la Russie réoriente structurellement son financement souverain vers la devise chinoise, coupée qu’elle est des marchés de capitaux en dollars et en euros depuis les sanctions imposées en réponse à l’invasion de l’Ukraine.

Un premier test réussi en décembre 2025

Les premières obligations fédérales russes (OFZ) libellées en yuan ont été placées en décembre 2025, levant 20 milliards de yuans — environ 3 milliards de dollars — répartis en deux tranches. La première, à échéance 3,2 ans, portait un coupon de 6 % ; la seconde, à 7,5 ans, offrait 7 %. Le ministre des Finances Anton Siluanov avait salué le succès de l’opération, évoquant une demande supérieure aux anticipations.

Dans la continuité, un haut responsable du ministère indiquait en janvier 2026 la volonté d’allonger la courbe des maturités, avec des instruments à 5 et 10 ans envisagés « si le marché le permet ». En avril, ces réflexions avaient pris une tournure plus concrète : remplacer les emprunts souverains libellés en euros arrivant à échéance devenait une priorité.

Le yuan s’impose comme monnaie de référence

L’essor de ces instruments obligataires s’inscrit dans une transformation plus large des flux financiers entre Moscou et Pékin. Dès 2023, le yuan avait supplanté le dollar comme devise étrangère la plus échangée à la Bourse de Moscou. Aujourd’hui, la quasi-totalité des règlements commerciaux bilatéraux s’effectue en yuans ou en roubles.

Les chiffres du commerce illustrent l’ampleur du pivot : les échanges sino-russes ont atteint 227,9 milliards de dollars en 2025. Au premier trimestre 2026, ils s’élevaient déjà à 61,2 milliards de dollars, en progression de 14,7 % sur un an. À la veille du sommet, le rouble avait même touché son plus haut niveau face au yuan depuis février 2023, porté par la hausse des prix du pétrole et l’anticipation de nouveaux accords.

Un marché encore contraint par les sanctions

Malgré ces volumes, les obligations russes en yuans restent largement inaccessibles aux investisseurs étrangers — y compris chinois — en raison des sanctions qui frappent la Bourse de Moscou. Ces instruments ciblent avant tout les banques et entreprises russes détenant des liquidités en yuan issues des exportations énergétiques. Gazprombank, Sberbank et VTB Capital Trading organisent les placements.

Le budget fédéral 2026 a plafonné les émissions obligataires en devises étrangères à environ un milliard de dollars. Mais les objectifs d’emprunt intérieur global ont été sensiblement relevés pour couvrir des dépenses de guerre en constante progression — ce qui indique que ces émissions en yuan, bien que symboliquement importantes, ne représentent qu’une fraction du financement de guerre de Moscou.

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