L’apparente accalmie entre Washington et Pékin cache une réalité bien plus belliqueuse. Officiellement, les administrations de Donald Trump et de Xi Jinping préparent activement leur sommet de la mi-mai. Officieusement, la Chine a mis à profit la trêve conclue à Busan en octobre dernier pour se doter d’un arsenal de contre-mesures économiques sans précédent. Selon une analyse de Reuters publiée ce dimanche, Pékin a multiplié les verrous législatifs et technologiques pour protéger ses intérêts vitaux.
L’offensive réglementaire : les décrets 834 et 835
Le cœur de cette stratégie repose sur deux textes juridiques majeurs signés en avril par le Premier ministre Li Qiang. Le décret n° 834, axé sur la sécurité industrielle, donne à 15 agences gouvernementales des pouvoirs d’investigation étendus sur les entités étrangères. Le décret n° 835, quant à lui, s’attaque aux « juridictions extraterritoriales abusives ».
Ces règlements permettent aux autorités chinoises d’interroger des salariés, de saisir des actifs, voire d’empêcher des dirigeants de quitter le territoire s’ils sont soupçonnés de délocaliser des chaînes de production sous influence étrangère. La Chambre de commerce européenne en Chine s’est d’ailleurs alarmée d’un risque de perturbation des flux mondiaux à une échelle inédite.
Technologie et minéraux : la forteresse numérique chinoise
Pékin ne se contente pas de décrets. L’arsenal est aussi technologique. Plusieurs mesures de « dé-américanisation » ont été activées :
- Bannissement des puces d’IA étrangères dans les centres de données d’État.
- Interdiction des logiciels de cybersécurité américains et israéliens au sein des entreprises nationales.
- Restrictions sur les minéraux critiques et étude de limites aux exportations d’équipements pour panneaux solaires vers les États-Unis.
Depuis fin 2025, la Chine impose également aux fabricants de semi-conducteurs d’utiliser au moins 50 % d’équipements produits localement, évinçant progressivement les fournisseurs américains de son marché intérieur.
La riposte de Washington : vers le « MATCH Act »
Face à cette montée en puissance, les États-Unis accélèrent leur calendrier législatif. Le 22 avril, le Congrès a fait avancer une vingtaine de projets de loi, dont le pilier est le MATCH Act. Ce texte vise à forcer le Japon et les Pays-Bas à aligner leurs contrôles d’exportation de puces sur les standards américains dans un délai de 150 jours.
En cas de refus, Washington menace de mesures unilatérales pouvant bloquer totalement les ventes et la maintenance des machines de lithographie déjà installées en Chine. Le ministère chinois du Commerce a immédiatement dénoncé une initiative qui « compromet la stabilité de la chaîne industrielle mondiale ».
Une trêve sous perfusion jusqu’en 2026
Bien que la trêve actuelle court théoriquement jusqu’en novembre 2026, l’équilibre reste précaire. Le souvenir des tensions sur les terres rares, qui avaient provoqué des pénuries massives dans le secteur automobile américain l’an dernier, reste vif.
À l’approche du sommet de la mi-mai, le dialogue entre Xi Jinping et Donald Trump ressemble de moins en moins à une recherche de résolution durable et de plus en plus à une gestion de crise entre deux puissances qui renforcent leurs positions de force respectives. La « guerre froide économique » n’a pas cessé ; elle a simplement changé de forme.
