Le constructeur automobile chinois Hongqi est en discussions avec Stellantis pour assembler ses véhicules dans l’usine espagnole du groupe à Figueruelas, dans la banlieue de Saragosse. Selon Reuters, qui cite cinq sources proches du dossier, ces négociations — jusqu’alors confidentielles — offriraient à Hongqi sa première base de production en Europe occidentale, sans avoir à financer la construction d’une nouvelle usine.
Historiquement associée à l’élite politique chinoise et au régime de Mao Zedong, la marque Hongqi est aujourd’hui une division premium du groupe public FAW. Bien que presque absente des routes européennes — seulement 771 véhicules vendus sur le continent jusqu’en octobre 2025 selon Carscoops —, elle ambitionne de lancer plus de 15 modèles électriques et hybrides dans 25 marchés européens d’ici 2028.
Leapmotor, pivot stratégique des négociations
Les discussions entre FAW et Stellantis se déroulent par l’intermédiaire de Leapmotor, le constructeur chinois de véhicules électriques dans lequel les deux groupes détiennent des participations. Stellantis commercialise déjà les modèles Leapmotor hors de Chine et a confirmé le lancement de la production du SUV compact Leapmotor B10 dans son usine de Figueruelas à partir d’octobre 2025.
L’origine de ce rapprochement remonte au Salon de l’Auto de Shanghai d’avril 2025, où le président de Leapmotor, Zhu Jiangming, avait annoncé un accord de codéveloppement entre Leapmotor et Hongqi pour un véhicule destiné aux marchés étrangers — construit sur la même plateforme que le B10. La production devait initialement démarrer à l’usine Leapmotor de Hangzhou au second semestre 2026 ; les discussions en cours pourraient partiellement transférer cette fabrication vers l’Espagne.
L’Espagne, nouveau hub automobile chinois en Europe
Hongqi n’est pas le seul constructeur chinois à lorgner sur la péninsule ibérique. Chery s’apprête à y lancer sa fabrication après plusieurs reports. Le groupe SAIC y projette une implantation pour sa marque MG, selon Bloomberg. Quant à Chongqing Changan Automobile, il envisagerait de s’installer dans la région d’Aragon — la même communauté autonome que Saragosse.
Cet afflux d’industriels chinois en Espagne n’est pas le fruit du hasard : il traduit une réponse collective aux barrières commerciales érigées par Bruxelles.
Droits de douane de l’UE : le vrai moteur de la délocalisation
Depuis octobre 2024, l’Union européenne a imposé des droits de douane supplémentaires sur les véhicules électriques fabriqués en Chine, oscillant entre 20 % et plus de 45 % selon les constructeurs — en plus du droit d’importation standard de 10 %. En janvier 2026, l’UE a introduit un mécanisme alternatif : un « engagement sur les prix » permettant à certains fabricants de s’engager sur des prix minimaux en lieu et place des droits intégraux.
Produire localement en Europe permet de contourner ces barrières tout en bénéficiant d’une image « made in Europe » auprès des consommateurs du continent.
Des alternatives explorées, aucun accord signé
Parallèlement aux discussions espagnoles, FAW aurait examiné Hong Kong comme base de transit ou de production, une option qui permettrait de réduire les droits à l’exportation par rapport à la Chine continentale, selon Reuters. Aucune décision n’a encore été arrêtée sur ce point.
Les négociations avec Stellantis se poursuivent et aucun accord définitif n’a été conclu à ce stade. Sollicités par Reuters, Stellantis, FAW et Leapmotor n’ont pas commenté ces informations.
