Banque Zitouna 2025 : bénéfice en recul de 26 %, entre coût du risque et ambitions de transformation

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Malgré une collecte record de dépôts dépassant les 7 milliards de dinars, Banque Zitouna publie des résultats 2025 marqués par une contraction sévère de sa rentabilité. Le bénéfice net recule de 26,4 % à 54,5 MDT, sous la pression d'un coût du risque en hausse de près de 50 %. Le leader tunisien de la finance islamique entre dans une phase de maturité qui exige désormais une gestion plus fine de son modèle d'exploitation.

Un bénéfice net amputé par l’explosion des provisions

Les chiffres 2025 de Banque Zitouna racontent une histoire à double vitesse. D’un côté, le produit net bancaire islamique (PNB) progresse de 12,7 % pour atteindre 450,8 millions de dinars tunisiens (MDT), l’une des meilleures performances de croissance du secteur. De l’autre, le bénéfice net s’effondre de 74,1 MDT à 54,5 MDT, soit une chute de 26,4 % en un seul exercice.

L’explication tient en un chiffre : les dotations aux provisions ont bondi à 111,4 MDT, contre 74,8 MDT l’exercice précédent, soit une hausse de 48,9 %. Ce niveau record de provisionnement traduit une dégradation perceptible de la qualité du portefeuille de financements, notamment sur les opérations de Mourabaha. La marge de profit nette reste solide à 5,4 %, témoignant d’une gestion efficiente des marges commerciales, mais elle ne suffit plus à absorber l’accélération du coût du risque.

Le rendement des capitaux propres (ROE) illustre l’ampleur du recul : de 11,2 % en 2024, il tombe à 7,7 % en 2025 — repassant sous la moyenne du secteur pour la première fois depuis cinq ans. Le rendement des actifs (ROA) suit la même trajectoire baissière, signalant que l’expansion rapide du bilan ne se traduit plus mécaniquement en rentabilité.

Efficience opérationnelle : une trajectoire enviable qui arrive à son point d’inflexion

Sur le plan de la maîtrise des coûts, le bilan des dix dernières années est incontestable. Le coefficient d’exploitation de la banque est passé d’environ 80 % en 2018 à 55,0 % en 2025, une amélioration continue qui témoigne d’une réelle discipline opérationnelle. Mais cette trajectoire descendante atteint aujourd’hui un palier, et la structure de charges redevient un enjeu stratégique.

La masse salariale illustre bien la tension en cours : à 155,9 MDT, les frais de personnel représentent 35 % du PNB et progressent de 13,6 % sur un an. Ce ratio s’éloigne sensiblement des standards des acteurs les plus efficients du marché, où les institutions comparables parviennent à contenir cette charge en dessous de 25 %. Avec un réseau étendu et des effectifs en croissance, la banque doit désormais faire de la productivité par collaborateur une priorité de gestion.

La qualité des actifs constitue l’autre point de vigilance. Après un taux de créances classées de 7,9 % enregistré en 2024, la dynamique des provisions de 2025 laisse entrevoir une persistance des tensions sur le portefeuille. La revue des critères d’octroi et l’accélération des processus de recouvrement s’imposent comme des impératifs opérationnels.

Un modèle de collecte au sommet de sa forme

Au milieu de ces vents contraires, la force de collecte de Banque Zitouna constitue un actif stratégique de premier plan. Les dépôts de la clientèle franchissent pour la première fois le cap des 7 milliards de dinars, en hausse de 10,8 %. Cette performance reflète la confiance durable d’une clientèle attachée aux principes de la finance islamique, mais aussi la capillarité d’un réseau d’agences qui continue de progresser.

La structure de ce passif est particulièrement favorable : les dépôts à vue et d’épargne représentent 80 % des ressources totales, offrant à la banque un accès massif à des fonds gratuits ou à faible coût. Ce mix protège naturellement la marge de profit nette contre la volatilité des taux du marché monétaire, un avantage concurrentiel significatif dans un environnement de taux élevés.

Autre signal fort : le ratio de financement (Loan to Deposit Ratio) s’établit à 99,6 %, témoignant d’une autonomie totale vis-à-vis du refinancement interbancaire et de la Banque Centrale de Tunisie. Chaque dinar accordé en financement est couvert par un dinar collecté auprès des déposants — un équilibre structurel sain que peu d’acteurs du secteur peuvent revendiquer.

Trois chantiers pour redresser la rentabilité en 2026

La priorité stratégique bascule : l’heure n’est plus à la croissance volumétrique, mais à la protection et à l’amélioration de la rentabilité. Trois axes se dégagent.

1. Assainissement du risque

Avec un coût du risque atteignant 192 points de base, le portefeuille de financements révèle une fragilité qui ne peut plus être différée. L’enjeu est double : renforcer la sélectivité dans l’octroi en ciblant les secteurs résilients, et accélérer les processus de recouvrement pour stabiliser — voire réduire — les dotations aux provisions.

2. Diversification des revenus

Avec des commissions nettes ne représentant que 16 % du PNB, la banque reste excessivement dépendante de sa marge d’intermédiation. Développer des services à valeur ajoutée — gestion des flux, monétique avancée, Trade Finance islamique — permettrait d’augmenter la part des revenus sans risque de crédit et de rendre le PNB moins sensible à la sinistralité du portefeuille.

3. Activation de la liquidité dormante

Banque Zitouna détient 1,3 milliard de dinars d’avoirs auprès d’autres institutions financières, une réserve de liquidité largement sous-optimisée. Le déploiement de ces excédents via des instruments conformes à la Charia — placements interbancaires islamiques, sukuks — constituerait un levier immédiat pour améliorer le ROE sans accroître l’exposition au risque de crédit.

Banque Zitouna aborde 2026 à un carrefour. Son modèle de collecte est une réussite structurelle ; son leadership sur la finance islamique, incontestable. Mais la dégradation de la qualité des actifs et l’inflation des charges imposent désormais un virage opérationnel net. La capacité à conjuguer dominance commerciale et discipline de rentabilité déterminera si l’institution confirme son rang ou cède une partie de son avantage compétitif à des acteurs plus agiles.

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