Le Maroc, nouveau champion industriel d’Afrique

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Il a fallu deux décennies de politique industrielle méthodique pour que le Maroc franchisse ce cap historique. Selon l'Indice d'industrialisation de l'Afrique 2025, publié par la Banque africaine de développement lors de son assemblée générale de Brazzaville, le royaume chérifien a dépassé l'Afrique du Sud — leader incontesté depuis 2010 — et s'inscrit désormais en tête du classement continental avec un score de 0,8415 sur 1. Une ascension industrielle qui repose sur une stratégie cohérente, portée notamment par l'automobile et les zones économiques spéciales, et qui redessine durablement la carte de la compétitivité africaine.

Il a fallu deux décennies de politique industrielle méthodique pour que le Maroc franchisse ce cap historique. Selon l’Indice d’industrialisation de l’Afrique 2025, publié par la Banque africaine de développement (BAD) à Brazzaville, le royaume chérifien devance pour la première fois l’Afrique du Sud et s’installe en tête du classement continental avec un score de 0,8415 sur 1. Une ascension qui redessine la carte de la compétitivité manufacturière africaine.

Un basculement historique, quinze ans après

Depuis la première édition de l’Indice d’industrialisation de l’Afrique (IIA) en 2010, un seul pays trônait au sommet : l’Afrique du Sud. Cette hégémonie, longtemps perçue comme un état de fait, vient de prendre fin. L’édition 2025 du rapport, co-publié par la BAD, la Commission de l’Union africaine et l’ONUDI, consacre officiellement le Maroc comme la première économie industrielle du continent.

La différence de score est infime — 0,8415 contre 0,8396 — mais le symbole est immense. Ce n’est pas un dépassement par défaut : c’est la conjonction d’une trajectoire marocaine ascendante et d’un déclin afrikaner que les auteurs du rapport qualifient de « progressif ».

L’Afrique du Sud : une superpuissance qui s’essouffle

La « Nation arc-en-ciel » paie aujourd’hui un triple tribut : une infrastructure électrique défaillante (les célèbres loadsheddings), une instabilité politique et fiscale chronique, et une compétitivité du travail en érosion. Si le secteur électrique montre des signes d’amélioration en 2025, les dégâts structurels sont déjà inscrits dans les indicateurs. L’Afrique du Sud reste le seul pays subsaharien capable de rivaliser avec les économies nord-africaines — mais cette distinction, autrefois confortable, est désormais sous pression.

Le modèle marocain : la cohérence comme avantage compétitif

Le succès marocain ne s’explique pas par un coup de baguette magique. Il est le produit d’une vision industrielle soutenue sur deux décennies, articulée autour de quelques piliers stratégiques. L’automobile en est le fer de lance : depuis l’implantation de Renault à Tanger en février 2012, le secteur a structuré une chaîne de valeur locale dense, attirant équipementiers et sous-traitants dans son sillage. Aujourd’hui, le Maroc produit plus de 700 000 véhicules par an.

À cela s’ajoute le développement des zones économiques spéciales — dont Tanger Med, cité en exemple dans le rapport — qui ont transformé le nord du pays en hub logistique et manufacturier de premier plan. L’infrastructure portuaire, routière et ferroviaire a suivi, consolidant la compétitivité de l’ensemble du dispositif.

Le rapport BAD résume le tout en une formule : « Le Maroc récolte les fruits de ses progrès constants et soutenus. » En termes techniques, le royaume se situe à « 0,1585 point de la valeur maximale de 1 », positionnant clairement le cap des prochains défis industriels.

Top 10 de l’industrialisation africaine — IIA 2025

Indice sur 19 critères : valeur ajoutée manufacturière, exportations, emploi, IDE, infrastructures, État de droit…

RANG PAYS SCORE IIA
1 🇲🇦  Maroc 0,8415
2 🇿🇦  Afrique du Sud 0,8396
3 🇪🇬  Égypte 0,7827
4 🇹🇳  Tunisie 0,7760
5 🇲🇺  Maurice 0,6731
6 🇩🇿  Algérie 0,6661
7 🇸🇿  Eswatini 0,6509
8 🇸🇳  Sénégal 0,6368
9 🇳🇦  Namibie 0,6295
10 🇨🇮  Côte d’Ivoire 0,6173

Source : BAD / CUA / ONUDI — Indice d’industrialisation de l’Afrique 2025

La Tunisie solide à la 4e place

Avec un score de 0,7760, la Tunisie consolide sa 4e position continentale, derrière l’Égypte (0,7827). Cette performance confirme la robustesse du tissu industriel tunisien — notamment dans le textile, le cuir, les composants électroniques et la mécanique — malgré un contexte macroéconomique sous tension. La Tunisie figure parmi les pays dont le score dépasse la moyenne continentale, dans le quintile supérieur de l’indice.

Cette position n’est pas un acquis. Les pressions concurrentielles s’intensifient, notamment du Sénégal et de la Côte d’Ivoire qui montent en puissance. Maintenir ce rang supposera des investissements ciblés dans la montée en gamme industrielle, la connectivité logistique et l’attractivité des IDE.

Continent en mouvement, mais encore à la marge mondiale

L’édition 2025 de l’IIA confirme des progrès réels à l’échelle continentale : 41 pays sur 54 ont amélioré leur score entre 2010 et 2024. Le score médian est passé de 0,5031 à 0,5353. Des économies comme la RDC (de 0,4976 à 0,5987), Djibouti, le Sénégal ou le Rwanda ont gravi cinq places ou plus.

Mais ces avancées restent encore insuffisantes au regard de l’enjeu global. L’Afrique représente moins de 2 % de la production manufacturière mondiale et seulement 1,4 % des exportations de produits manufacturés. La valeur ajoutée de l’industrie manufacturière est certes passée de 285 à 351 milliards de dollars entre 2020 et 2025, mais le décrochage par rapport aux autres régions du monde persiste.

ZES et ZLECAF : les deux leviers de l’accélération

Le rapport identifie deux catalyseurs prioritaires pour doper l’industrialisation africaine. D’abord, les zones économiques spéciales : leur nombre est passé d’une vingtaine en 1990 à environ 230 dans 42 pays. Des projets structurants comme Tanger Med au Maroc, le corridor de Lobito en Angola ou le futur port de Ndayane au Sénégal illustrent ce potentiel de transformation.

Ensuite, la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF). Puissant catalyseur en théorie, son impact reste conditionné à une réelle facilitation du commerce intra-africain. Le rapport est direct : « Les complications liées aux échanges commerciaux continuent d’entraver le développement des chaînes de valeur intra-africaines. » Tant que les barrières non tarifaires, les procédures douanières et les déficits d’infrastructure logistique ne seront pas levés, la ZLECAF restera en deçà de son potentiel.

Un baromètre inédit pour suivre les investissements en temps réel

Cette édition inaugure une nouveauté : la publication simultanée d’un Baromètre de l’investissement industriel en Afrique, élaboré par WITBA Invest (Abidjan) en partenariat avec le cabinet français Trendeo. Appuyé sur une base de données de 2 600 projets industriels (2016-2025), ce baromètre révèle que 2024 a été une année de recul — 340 projets pour 97 milliards de dollars, contre 502 projets et 179 milliards en 2023. Mais 2025 marque un rebond encourageant : 450 projets totalisant 159 milliards de dollars.

Ces chiffres alimenteront les prochaines éditions de l’IIA. Mais la route vers une vraie convergence industrielle mondiale reste longue — et le Maroc, en s’installant au sommet du podium africain, ne fait que tracer la direction.

CHIFFRES CLÉS

0,8415

Score IIA du Maroc (max : 1)

< 2 %

Part africaine dans la production manufacturière mondiale

351 Md$

Valeur ajoutée manufacturière africaine (2025)

230 ZES

Zones économiques spéciales dans 42 pays africains

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