Un accord industriel taillé pour l’électrique européen
Ford Motor Company et le constructeur chinois Geely Automobile ont officialisé jeudi la création d’une coentreprise destinée à réanimer l’usine Ford d’Almussafes, près de Valence. Ce site, qui tourne depuis plusieurs années très en deçà de ses capacités, doit devenir la pièce maîtresse d’une stratégie européenne partagée entre les deux groupes.
Selon le communiqué conjoint des deux constructeurs, Ford conservera 66 % du capital de la nouvelle entité, contre 34 % pour Geely. La coentreprise reprendra la propriété des installations de production et intégrera l’ensemble des salariés espagnols actuellement employés sur le site.
Trois nouveaux modèles à partir de 2028
Le plan industriel prévoit l’arrivée de trois véhicules supplémentaires dans la gamme produite à Valence à partir de fin 2028 : deux SUV électriques signés Geely et un crossover multi-énergie Ford construit sur la plateforme technique du constructeur chinois. L’annonce a été faite par Jim Baumbick, président de Ford Europe, lors d’une conférence de presse organisée en amont de l’événement officiel.
Ces nouveaux modèles viendront s’ajouter au Ford Kuga, seul véhicule actuellement assemblé sur le site, ainsi qu’au futur Bronco, dont le lancement en production en série est programmé pour février 2028. Ford table sur une capacité annuelle d’environ 183 000 unités pour ce dernier modèle.
À terme, l’objectif affiché est de porter la production totale de l’usine à environ 500 000 véhicules par an. Un tel volume dépasserait le record historique du site, établi à près de 449 000 unités en 2004, alors que la production était tombée sous la barre des 100 000 véhicules ces dernières années.
Un partenariat gagnant-gagnant, entre contournement douanier et sauvetage industriel
Pour Geely, s’implanter à l’intérieur de l’Union européenne permet de contourner les surtaxes douanières imposées par Bruxelles sur les véhicules électriques fabriqués en Chine, qui peuvent atteindre 18,8 %. Plusieurs sources ont indiqué depuis début 2026 que le constructeur chinois prévoyait de s’appuyer sur son architecture Global Intelligent New Energy pour produire, sur le site espagnol, des véhicules déclinés en plusieurs motorisations : hybride, hybride rechargeable et 100 % électrique.
Pour Ford, l’accord permet surtout de sécuriser l’avenir d’une usine dont la pérennité était mise en doute. Bloomberg avait révélé en février que des dirigeants du constructeur américain s’étaient rendus en Chine pour discuter d’un partage des capacités de production de Valence. En mai, le média professionnel espagnol La Tribuna de Automoción avait par ailleurs annoncé que Geely s’était engagé à racheter le hall d’assemblage Body 3, resté inactif jusque-là.
Un lancement encadré par les régulateurs européens
Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez s’est déplacé jeudi sur le site pour marquer l’événement, selon Europa Press. Sous réserve des autorisations réglementaires nécessaires, la coentreprise devrait démarrer ses activités au premier semestre 2027, les premiers véhicules issus du nouvel accord sortant des chaînes courant 2028.
Victor Yang, vice-président senior du groupe Geely Holding, a accompagné Jim Baumbick lors de la cérémonie d’annonce à Valence. Geely n’a pas encore précisé les caractéristiques de ses deux futurs SUV électriques, même si des informations antérieures évoquaient la compacte EX2, un crossover de 4,13 mètres construit sur l’architecture GEA.
