Le fonds souverain norvégien prêt à céder jusqu’à 100 milliards d’euros de dette d’État

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Norges Bank Investment Management, gestionnaire du plus grand fonds souverain au monde, a proposé au gouvernement norvégien de ramener la part des obligations souveraines de 70% à 50% de son portefeuille obligataire, un virage qui pourrait réduire de plusieurs dizaines de milliards de dollars son exposition à la dette américaine.

Le plus grand fonds souverain du monde revoit sa stratégie obligataire

Le gestionnaire du fonds souverain norvégien, Norges Bank Investment Management (NBIM), a transmis au ministère des Finances d’Oslo une proposition qui pourrait redessiner en profondeur la composition de son portefeuille obligataire. Dans une lettre datée du 1er septembre et rendue publique, l’institution recommande de ramener la part des emprunts d’État de 70% à 50% de son indice de référence obligataire.

Cette recommandation intervient alors que le Government Pension Fund Global, alimenté par les revenus pétroliers et gaziers du pays scandinave, pèse environ 2 300 milliards de dollars, dont un peu moins de 26% investis en obligations. Le fonds fête cette année ses trente ans d’existence et a traversé plusieurs cycles de crise, ce qui explique sa vigilance constante sur la gestion des risques.

Les bons du Trésor américain en première ligne

Concrètement, le basculement viserait en priorité les emprunts d’État américains. Selon les calculs communiqués par NBIM, la part des bons du Trésor passerait de 34,1% à 21,9% du portefeuille obligataire, ce qui pourrait se traduire par une cession de l’ordre de 75 à 80 milliards de dollars de dette américaine, étalée dans le temps.

La zone euro ne serait pas épargnée, avec une baisse annoncée de 16,8% à 14,1% des avoirs en dette souveraine européenne, soit une réduction estimée à environ 17 milliards de dollars. À l’inverse, la dette japonaise verrait sa part augmenter, passant de 4,6% à 7,4%, pour un montant comparable.

Miser sur les titres adossés à des créances hypothécaires

Les sommes ainsi libérées ne resteraient pas inemployées. NBIM propose de les réorienter vers des titres adossés à des créances hypothécaires (MBS) et d’autres instruments de dette liés aux agences gouvernementales. Le fonds justifie ce choix par le comportement historique de ces actifs, qui évoluent généralement à l’inverse des marchés actions en période de crise, offrant ainsi une diversification supplémentaire.

Le directeur général de NBIM, Nicolai Tangen, et la gouverneure de la banque centrale norvégienne, Ida Wolden Bache, cosignataires de la lettre, estiment qu’une exposition de 50% aux emprunts d’État reste largement suffisante pour couvrir les besoins de liquidité du fonds, y compris en période de turbulences. Conserver une part plus élevée reviendrait, selon eux, à accepter un coût d’opportunité sous forme de rendement attendu plus faible.

Un changement de méthode de pondération

Au-delà de la répartition géographique, NBIM souhaite aussi modifier la méthode de calcul de son indice obligataire. Le fonds propose de pondérer les emprunts d’État selon leur valeur de marché plutôt que selon le poids économique (PIB) des pays émetteurs, une méthode jugée plus cohérente face à l’endettement croissant de la plupart des économies développées.

Cette réflexion fait suite à une demande formulée en mars par le ministère des Finances norvégien, qui avait sollicité l’avis de NBIM sur les risques géopolitiques et de concentration pesant sur la stratégie d’investissement du fonds, dans le prolongement d’un rapport produit par son conseil d’experts.

Une décision qui doit encore être validée

La proposition n’est pas encore actée. Le gouvernement norvégien doit examiner ces recommandations dans le cadre d’un livre blanc consacré à la stratégie du fonds, qui sera ensuite soumis au Parlement. Le calendrier précis de mise en œuvre, s’il est validé, devrait être défini en concertation avec NBIM.

Un signal pour les marchés obligataires mondiaux

Ce projet de réallocation s’inscrit dans un climat plus large d’interrogations sur l’appétit des investisseurs internationaux pour la dette américaine, à l’heure où les rendements des bons du Trésor progressent et où plusieurs grands fonds de pension étrangers réévaluent leur exposition aux actifs souverains américains. Pour les marchés émergents et les économies du Maghreb, ce type d’arbitrage de la part des plus grands investisseurs institutionnels mondiaux constitue un indicateur à suivre : il traduit une recomposition progressive des flux de capitaux internationaux vers des classes d’actifs jugées plus diversifiantes, dans un environnement de taux d’intérêt toujours élevés.

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