La bataille de l’intelligence artificielle se joue aussi en Bourse
Nvidia, OpenAI, des levées de fonds à plusieurs dizaines de milliards de dollars : le récit dominant de l’intelligence artificielle reste américain. Mais à Hong Kong et à Shanghai, une autre dynamique s’accélère, portée par des introductions en Bourse spectaculaires dans les semi-conducteurs et la robotique.
Plus de 54 milliards de dollars ont déjà été levés en 2026 via des introductions en Bourse (IPO) et des cotations secondaires sur les places chinoises, selon les données de LSEG relayées par l’agence Associated Press. Ce montant représente environ 21 % des sommes levées dans le monde sur la période — une part significative pour un marché longtemps resté en retrait face aux bourses américaines.
CXMT, le pari chinois sur les puces mémoire
L’exemple le plus marquant de cette dynamique est celui de CXMT (ChangXin Memory Technologies), géant chinois des puces mémoire. Introduite en Bourse à Shanghai en juillet, l’entreprise a levé plus de 8,6 milliards de dollars.
Dès sa première séance de cotation, l’action a bondi de 466 %. Un score qui illustre l’appétit des investisseurs pour ce segment jugé stratégique par Pékin : les puces mémoire de CXMT équipent les serveurs, ordinateurs et infrastructures indispensables au développement de l’intelligence artificielle. Dans un contexte de restrictions américaines sur l’exportation de semi-conducteurs avancés vers la Chine, ce type d’acteur prend une importance particulière pour l’autonomie technologique du pays.
Unitree et les robots humanoïdes : euphorie, puis correction
Autre symbole de cette frénésie boursière : Unitree, spécialiste chinois des robots humanoïdes, a vu son action grimper d’environ 460 % lors de son introduction en Bourse.
L’euphorie a toutefois été de courte durée. Quelques semaines plus tard, le titre avait déjà perdu plus de 40 % par rapport à son pic du premier jour de cotation. Cette correction rappelle une réalité que les marchés technologiques connaissent bien : l’enthousiasme autour de l’IA s’accompagne aussi d’un risque réel de survalorisation, voire de bulle spéculative sur certains segments.
Une compétition qui dépasse les data centers
Les États-Unis conservent une avance nette sur les marchés technologiques mondiaux, portée par la capitalisation de géants comme Nvidia et par les investissements massifs dans l’IA générative. Mais la Chine construit méthodiquement son propre écosystème : ses entreprises, ses puces, ses technologies de rupture — et désormais ses propres marchés de capitaux pour les financer, réduisant sa dépendance aux investisseurs occidentaux.
La guerre technologique ne se limite donc plus à la puissance de calcul dans les data centers. Elle se joue désormais aussi sur les parquets boursiers de Shanghai et Hong Kong, où les introductions en Bourse deviennent un outil de souveraineté industrielle autant qu’un instrument financier.
Pour les économies émergentes, dont celles du Maghreb, cette bipolarisation des marchés de capitaux technologiques mérite d’être suivie de près : elle redessine les circuits de financement disponibles pour les futures filières industrielles liées à l’IA et aux semi-conducteurs.
