La monnaie unique européenne peine à se redresser face au dollar. L’EUR/USD évoluait autour de 1,1414 dollar le 10 juillet, contre environ 1,1540 un mois plus tôt, un niveau qui n’avait plus été observé depuis la mi-mars. La paire a entamé son repli après avoir frôlé 1,20 dollar fin janvier, sous l’effet conjugué d’une inflation américaine persistante et d’une Réserve fédérale peu pressée de desserrer sa politique monétaire.
Deux banques centrales hawkish, un écart de taux qui persiste
Fed et BCE affichent toutes deux une posture restrictive, mais les investisseurs jugent la première nettement mieux armée. La Réserve fédérale maintient son taux directeur dans une fourchette de 3,50 % à 3,75 % depuis décembre 2025. Le compte rendu de sa réunion de juin a révélé que plusieurs responsables auraient été disposés à soutenir un relèvement immédiat des taux.
À sa tête depuis le 22 mai, Kevin Warsh a réaffirmé l’attachement du comité à la stabilité des prix, alors que l’inflation globale américaine ressort à 4,2 % sur un an. Certains observateurs le décrivent comme l’un des présidents les plus orthodoxes de l’institution depuis Paul Volcker.
La BCE, de son côté, a relevé son taux de dépôt de 25 points de base à 2,25 % en juin, une première hausse dans le cycle actuel, justifiée par les tensions inflationnistes liées à l’énergie dans le sillage du conflit avec l’Iran. Mais avec un taux encore inférieur de plus de 125 points de base à celui de la Fed, le dollar conserve un avantage de portage qui continue d’attirer les capitaux.
Les positions spéculatives basculent contre l’euro
Le changement de sentiment se lit aussi dans le positionnement des investisseurs. Les rapports hebdomadaires de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) montrent un débouclage rapide des positions longues spéculatives sur l’euro tout au long de 2026, après un positionnement encore nettement acheteur en début d’année.
Plusieurs grandes banques ont révisé leurs prévisions à la baisse. ING, qui visait initialement un EUR/USD à 1,22 en fin d’année, table désormais sur un maintien de la pression liée aux différentiels de taux, avec un risque de repli jusqu’à 1,10 avant un éventuel rebond. J.P. Morgan a de son côté abaissé sa cible à une fourchette de 1,13 à 1,15 pour les trois prochains trimestres, contre 1,20 auparavant.
Trois rendez-vous à surveiller d’ici fin juillet
Trois échéances pourraient faire sortir la paire de son étroite fourchette de négociation. Le prochain indice des prix à la consommation américain, attendu le 14 juillet, permettra de vérifier si l’inflation se modère par rapport au niveau de 4,2 % enregistré en mai.
Le Conseil des gouverneurs de la BCE se réunira ensuite le 23 juillet ; les marchés lui attribuent une probabilité de 97 % de statu quo sur les taux. Enfin, la Fed tiendra sa réunion des 28 et 29 juillet, pour laquelle les contrats à terme intègrent environ une chance sur trois d’un relèvement des taux.
Pour l’euro, sortir de sa morosité actuelle supposerait un catalyseur capable de réduire l’écart de taux entre les deux rives de l’Atlantique. À ce stade, aucun signal de ce type ne se dessine à court terme.
