Le déficit du budget fédéral russe a atteint 5 730 milliards de roubles, l’équivalent de 75 milliards de dollars, soit 2,5 % du PIB sur les six premiers mois de 2026. Le ministère des Finances, qui a communiqué ces chiffres le 9 juillet, pointe une érosion continue des recettes tirées des hydrocarbures, alors même que les volumes exportés atteignent des niveaux record depuis le début de l’invasion de l’Ukraine.
Un manque à gagner pétrolier qui se creuse
Le déficit accumulé dépasse de 2 350 milliards de roubles celui enregistré sur la même période l’an dernier. En cause : un effondrement des recettes issues des hydrocarbures, principale ressource budgétaire du Kremlin, conjugué à une flambée des dépenses militaires. Les revenus pétroliers et gaziers se sont établis à 3 660 milliards de roubles au premier semestre, contre 4 700 milliards en 2025 et 5 700 milliards en 2024 sur la même période. Sur les cinq premiers mois de l’année seuls, ces recettes ont chuté de 30 % en glissement annuel, à 2 980 milliards de roubles.
Ce recul survient pourtant alors que la Russie exporte son brut à un rythme inédit depuis février 2022 : les expéditions maritimes ont atteint 4,13 millions de barils par jour fin juin, selon les données de suivi des pétroliers compilées par Bloomberg. Mais avec un baril d’Oural retombé autour de 42 dollars, la hausse des volumes ne compense plus la baisse des prix. Le bref sursaut de recettes lié aux pics pétroliers provoqués par le conflit iranien, plus tôt dans l’année, avait généré environ 1 184 milliards de roubles de gains exceptionnels entre mars et juin — soit près de 0,5 % du PIB, selon une estimation du think tank bruxellois Bruegel.
La flambée des dépenses militaires creuse le déficit
Les dépenses fédérales ont bondi de 16,1 % sur un an, à 24 350 milliards de roubles entre janvier et juin, un rythme que le ministère des Finances attribue en partie à des paiements anticipés sur des contrats publics. Cette progression est portée pour l’essentiel par l’effort de guerre : les dépenses de défense classifiées ont atteint 4 900 milliards de roubles au seul premier trimestre, en hausse de 43 % sur un an, et représentent désormais près de la moitié de l’ensemble des dépenses fédérales.
Si Moscou évoque un simple effet de calendrier budgétaire, les analystes estiment que la dégradation est plus structurelle. Le déficit du premier semestre dépasse déjà de 51 % l’objectif fixé par le gouvernement pour l’ensemble de l’année. Les projections tablent désormais sur des recettes pétrolières et gazières inférieures de 1 500 à 1 600 milliards de roubles aux prévisions initiales sur l’année complète.
Une pression supplémentaire sur une économie déjà fragilisée
Cette dégradation des comptes publics s’ajoute à des tensions économiques déjà présentes en Russie, où des taux d’intérêt élevés et des pénuries de main-d’œuvre pèsent sur la croissance. Les recettes totales n’ont progressé que de 5,8 % sur un an, à 18 600 milliards de roubles au premier semestre — une hausse très insuffisante pour suivre le rythme des dépenses de guerre.
Si les prix du pétrole se maintiennent à leurs niveaux actuels, le Kremlin devra arbitrer entre le maintien de son effort militaire et la préservation de la stabilité macroéconomique intérieure, deux impératifs de plus en plus difficiles à concilier.
