Une croissance amputée par le conflit au Moyen-Orient
La zone euro abordait 2026 avec des signaux de reprise : relance budgétaire en Allemagne, regain des exportations françaises, dynamisme de l’investissement en Italie et en Espagne. Mais le choc géopolitique lié au conflit au Moyen-Orient a brusquement redistribué les cartes. Ses retombées amputeront la croissance de la zone d’environ 0,5 point de pourcentage, la ramenant à un maigre 0,6 % sur l’année.
Derrière ce chiffre se cachent des vulnérabilités structurelles persistantes : prix de l’énergie durablement élevés, concurrence étrangère accrue — notamment chinoise —, et faible productivité. Ces facteurs pèsent sur les marges des entreprises, en recul de 8 points de pourcentage depuis leur pic de 2023, ce qui freine à son tour la demande de travail et la croissance des salaires nominaux.
Une inflation à 3 % qui complique la tâche de la BCE
Après avoir ramené l’inflation proche de sa cible à l’issue du choc de 2022-2023, la zone euro voit à nouveau les prix s’emballer sous l’effet de la hausse des coûts énergétiques. L’inflation devrait atteindre 3 % en 2026, avant de se modérer en l’absence d’effets de second tour significatifs. Le choc reste toutefois moins sévère que celui de 2022, en particulier sur le gaz, et la demande intérieure accumulée est aujourd’hui bien plus faible.
La BCE se retrouve dans une position délicate. Après avoir jugé sa politique « bien positionnée » pendant plusieurs mois, l’institution a relevé ses taux en juin face à la pression inflationniste. Mais les analystes anticipent un revirement de cap autour du tournant de l’année, à mesure que les données confirmeront la fragilité économique du bloc.
Marché du travail : entre détente cyclique et tensions structurelles
Le taux de chômage de la zone euro, proche de ses plus bas historiques à 6,3 %, pourrait remonter à 6,6 % en 2026. Ce ralentissement cyclique masque cependant des réalités très différentes selon les pays : le marché du travail reste plus dynamique en Italie et en Espagne qu’en Allemagne et en France, où les pressions sur les marges se font plus sentir.
Les tensions structurelles — pénuries de main-d’œuvre dans certains secteurs, pressions démographiques, dualité des contrats — demeurent profondes et ne seront pas résolues par le seul cycle conjoncturel.
Crédit et finances publiques : des marges réduites
Le durcissement des critères d’octroi de crédit, confirmé par l’enquête Bank Lending Survey d’avril de la BCE, devrait peser sur l’investissement privé. Simultanément, les taux à 10 ans du Bund ont atteint leur plus haut niveau depuis quinze ans, alourdissant le coût de financement des États.
Sur le front budgétaire, la réponse au choc énergétique devrait rester limitée, les marges étant contraintes dans l’ensemble de la zone. Mais 2027 concentre un agenda électoral chargé : France, Italie et Espagne se dirigent vers des scrutins majeurs, avec des risques de dérapage budgétaire qui ne sont pas à exclure, notamment en France, où la consolidation est déjà fragile.
Des risques encore orientés à la baisse
Le scénario central reste marqué par une asymétrie négative. Une aggravation du conflit au Moyen-Orient, des sorties défavorables des élections de 2027, ou une correction marquée des actifs risqués — notamment liée à une déception autour de l’IA — pourraient amplifier le ralentissement. À l’inverse, une résolution rapide du conflit ou une accélération des réformes structurelles européennes constitueraient des vents porteurs inattendus.
