Le vrai moteur du mois : l’hôtellerie-restauration
C’est la statistique qui explique à elle seule une bonne partie de la hausse mensuelle : les prix du groupe « Restaurants et hôtels » ont grimpé de 1,4% entre juin et juillet, portés par un bond de 7,2% des seuls services d’hébergement. Sur un an, la progression atteint 6,5% pour l’ensemble du secteur, contre 6,3% le mois précédent. Un signal cohérent avec la saison touristique, période durant laquelle la demande d’hébergement s’intensifie généralement en Tunisie.
Le tabac accentue lui aussi la pression, avec une hausse annuelle qui passe de 1% à 1,3%, tandis que la santé (+0,7% sur le mois, tirée par les produits pharmaceutiques à +1,2%) et les loisirs et la culture (+0,7% également) contribuent à leur tour à l’indice global.
L’alimentation, un frein plutôt qu’un moteur
À rebours de ce qu’on observe habituellement en Tunisie, où l’alimentaire est souvent le premier accusé, ce groupe joue ici un rôle modérateur. Sur le seul mois de juillet, ses prix reculent de 0,6%, tirés vers le bas par les légumes (-2,9%), la viande ovine (-1,8%), la volaille (-1,3%) et les œufs (-0,7%). Seuls les fruits résistent, avec une hausse mensuelle de 1,9%.
Sur un an, la tendance reste haussière mais elle ralentit : +6,6% en juillet contre +7,1% en juin. Cette évolution cache de fortes disparités entre produits. La viande ovine reste la plus chère à l’achat sur un an (+16,7%), devant les fruits frais (+13,8%), la viande bovine (+13,7%), la volaille (+12,5%) et les poissons frais (+11,6%). À l’inverse, les huiles alimentaires (-4,9%) et les œufs (-3,8%) se sont détendus.
Manufacturés et services : la hausse structurelle se poursuit
Au-delà de l’alimentaire, deux catégories continuent de peser lourdement sur le budget des ménages sur une base annuelle : les produits manufacturés (+4,7%), tirés par l’habillement et les chaussures (+9,1%) ainsi que par les produits d’entretien du foyer (+4,7%), et les services (+4,3%), portés essentiellement par l’hébergement déjà évoqué (+16,6% sur un an). Ce sont d’ailleurs ces deux groupes qui contribuent le plus à l’inflation globale, à hauteur de 1,8 point pour les manufacturés et 1,4 point pour les services.
Un signal encourageant côté inflation sous-jacente
Indicateur suivi de près car il neutralise les à-coups de l’alimentaire et de l’énergie, l’inflation sous-jacente poursuit sa décrue amorcée les mois précédents : elle passe de 4,9% en juin à 4,8% en juillet. Un mouvement modeste, mais qui confirme que la pression inflationniste de fond reste, pour l’instant, orientée à la baisse.
Le grand écart entre prix libres et prix encadrés
L’écart entre produits soumis à une réglementation des prix et produits laissés au marché reste considérable. Sur un an, les produits libres augmentent de 6,2%, contre seulement 1,1% pour les produits encadrés — un rapport de plus de cinq à un. L’écart est encore plus spectaculaire côté alimentaire, où les produits libres bondissent de 7,4% quand les produits encadrés ne progressent que de 0,2%. Ce sont ces deux catégories, « non alimentaire libre » (3 points) et « alimentaire libre » (1,9 point), qui pèsent le plus dans la formation de l’inflation globale par régime de prix.
À retenir
Le message des chiffres de juillet est clair : le répit alimentaire ne suffit pas, à lui seul, à faire refluer l’inflation tunisienne. Tant que les prix libres — et en particulier ceux de l’hébergement et des services — continueront de progresser à un rythme élevé, le taux global aura du mal à s’éloigner durablement du seuil des 5%.
