L’Union européenne hausse le ton face au Royaume-Uni sur un dossier hautement sensible : les droits de douane appliqués aux voitures fabriquées en Chine. Selon des informations du Financial Times publiées vendredi, Bruxelles a averti le Premier ministre britannique Andy Burnham que des tarifs britanniques trop bas risquaient de transformer le Royaume-Uni en porte d’entrée détournée pour les véhicules chinois vers le marché européen.
L’enjeu dépasse la seule question automobile. Il touche directement à la politique « Fabriqué en Europe » que prépare la Commission, censée réserver un traitement préférentiel aux produits issus des chaînes de valeur européennes. Le Royaume-Uni, sorti de l’UE depuis le Brexit, redoute d’en être exclu — un scénario qui fragiliserait une industrie automobile britannique encore largement imbriquée dans les circuits d’approvisionnement continentaux.
L’union douanière, solution de facilité pour Bruxelles
Deux sources proches du dossier, citées par le FT, indiquent que des responsables européens ont suggéré à Londres une issue radicale : rejoindre l’union douanière du bloc. « Une union douanière résoudrait la plupart des problèmes liés au « fabriqué en Europe » », a confié un responsable européen au quotidien britannique, ajoutant que cette option effacerait aussi les écarts tarifaires actuels — écarts qui nourrissent la crainte d’un contournement chinois via le sol britannique.
La proposition n’est pas anodine. Elle replace sur la table un débat que le gouvernement britannique croyait clos depuis la rupture de 2020. Burnham a d’ailleurs plaidé cette semaine pour que son pays soit reconnu comme un « partenaire de confiance » dans le futur dispositif européen, tout en mettant en garde contre les dommages qu’infligerait une mise à l’écart à la filière automobile nationale.
Un bouclier commercial européen qui se referme sur Pékin
Cette offensive diplomatique s’inscrit dans une stratégie plus large de durcissement commercial vis-à-vis de la Chine. Bruxelles a déjà instauré des surtaxes conséquentes sur les véhicules électriques chinois, et la présidente de la Commission Ursula von der Leyen a réaffirmé, dans son discours sur l’état de l’Union ce mois-ci, sa volonté de mobiliser « tous les outils disponibles » pour résorber un déficit commercial qu’elle juge « insoutenable » face à Pékin.
Signe supplémentaire de cette pression : l’UE a lancé ce mois-ci une surveillance des importations de dioxyde de titane en provenance du Royaume-Uni, un geste largement lu comme un avertissement à Londres. Le message est clair, selon le FT : à défaut d’un alignement sur les défenses commerciales européennes face à la Chine, le bloc pourrait activer des mesures ciblant directement les produits britanniques.
Londres, entre alignement forcé et souveraineté commerciale
Le gouvernement britannique a pour l’instant écarté toute perspective de réintégration formelle de l’union douanière européenne — même s’il a déjà porté à 50 % ses droits de douane sur l’acier chinois cette année. Une coopération tarifaire renforcée, sans adhésion pleine, demeure une piste envisageable pour désamorcer la pression bruxelloise.
Mais l’équation britannique se complique d’une autre variable : Pékin. La Chine reste un partenaire commercial et d’investissement de poids pour le Royaume-Uni, et tout durcissement des barrières douanières risque d’envenimer la relation bilatérale. Lors d’un récent échange téléphonique entre Burnham et le président chinois Xi Jinping, Pékin a rappelé à Londres son attente que soient protégés les « droits et intérêts légitimes » de la Chine, selon le Seoul Economic Daily. Reuters, de son côté, indique n’avoir pu vérifier de façon indépendante les informations du Financial Times ; ni l’Union européenne ni le Foreign Office britannique n’ont réagi dans l’immédiat.
Une équation à trois inconnues
Pris en étau entre les exigences de Bruxelles et les intérêts économiques liés à Pékin, Londres avance sur une ligne de crête où chaque décision tarifaire engage à la fois l’accès au marché européen et la stabilité de sa relation avec la Chine. Le sort de cette négociation aura aussi des répercussions au-delà de l’Europe : les filières de sous-traitance automobile du pourtour méditerranéen, dont certaines opèrent en Tunisie et au Maghreb au sein de chaînes de valeur connectées à l’UE, suivront de près la manière dont se redessinent les règles du jeu tarifaire entre Bruxelles, Londres et Pékin.
