Les prix à la consommation de la zone euro ont progressé de 4,0 % sur un an en octobre, après 3,8 % en septembre. L’estimation flash d’Eurostat, publiée le mercredi 4 novembre, marque un cap : l’indicateur n’avait plus atteint ce seuil depuis septembre 2023, où il s’élevait à 4,3 %, rappelle CNBC. Avec ce chiffre, l’inflation vaut désormais le double de l’objectif de 2 % de la Banque centrale européenne (BCE) et conforte les anticipations d’un nouveau relèvement des taux en décembre.
L’énergie, premier moteur d’une inflation qui double la cible de la BCE
L’énergie explique l’essentiel de l’accélération. Ses prix ont bondi de 20,8 % sur un an en octobre, contre 18,9 % le mois précédent. Selon les estimations d’Euronews, elle contribue à hauteur d’environ 1,9 point de pourcentage à l’inflation globale, soit près de la moitié du total.
L’Europe importe une grande partie de l’énergie qu’elle consomme. Elle subit donc de plein fouet une hausse continue des prix depuis le début de la guerre en Iran, souligne CNBC.
Les autres composantes pèsent moins. Les services progressent légèrement, à 3,3 %. L’alimentation, l’alcool et le tabac affichent +1,6 %, selon Eurostat.
Une inflation sous-jacente qui ne bouge pas
L’inflation sous-jacente, qui exclut l’énergie, l’alimentation, l’alcool et le tabac, reste stable à 2,5 %. Ce détail compte : la poussée d’octobre vient d’un choc externe sur les prix de l’énergie, pas d’une diffusion généralisée aux autres biens et services.
Italie et Belgique en hausse, Allemagne en repli : une zone euro à plusieurs vitesses
Les trajectoires nationales divergent nettement. L’Italie enregistre la plus forte accélération de la zone : son taux passe de 4,2 % à 5,6 %, avec une hausse des prix de 1,2 % sur le seul mois d’octobre, principalement due aux tarifs réglementés de l’énergie, selon Euronews. La Belgique suit la même pente, de 4,5 % à 5,2 %.
La Lituanie conserve le taux le plus élevé (6,1 %), tandis que Malte affiche le plus faible (2,3 %).
L’Allemagne prend le chemin inverse. Son inflation retombe de 3,3 % à 2,8 %, après la baisse de la taxe sur les carburants entrée en vigueur le 1er octobre, d’après Euronews.
Décembre, rendez-vous décisif pour les taux de la BCE
Le 29 octobre, la BCE a laissé son taux de dépôt inchangé à 2,5 %, après l’avoir relevé plus tôt dans l’année. Christine Lagarde a indiqué que les responsables avaient discuté d’une nouvelle hausse, mais décidé d’attendre, rapporte Euronews.
Les données d’Eurostat ont renforcé ce scénario. Après leur publication, les marchés attribuaient une probabilité supérieure à 72 % à un relèvement lors de la réunion des 16 et 17 décembre, selon CNBC.
Ce que disent les analystes
« Ce chiffre d’inflation vient renforcer des arguments déjà solides en faveur d’un relèvement des taux de la BCE en décembre », a estimé Nicola Nobile, d’Oxford Economics. Pantheon Macroeconomics anticipe un pic d’inflation à 4,5 % en janvier, d’après Euronews.
Robert Mertens, de Validus Risk Management, ajoute un paramètre financier : « les turbulences persistantes sur le marché obligataire français pèsent sur la politique de la BCE », a-t-il averti, selon CNBC.
Des marchés occupés ailleurs
La publication n’a guère ébranlé les places financières, dont l’attention se portait surtout sur les résultats des élections de mi-mandat aux États-Unis. L’Euro Stoxx 50 et le DAX allemand ont progressé en début de séance, selon Euronews. L’euro a gagné du terrain face au dollar (EUR/USD), le billet vert s’étant affaibli, a indiqué CNBC.
À suivre : les données complètes du 18 novembre
Eurostat publiera le détail de l’inflation d’octobre le 18 novembre. Il permettra de vérifier si la stabilité de l’inflation sous-jacente se confirme. C’est elle qui dira si le choc énergétique reste contenu ou si la hausse des prix gagne le reste de l’économie, avec, au bout, la décision de la BCE en décembre.
