Le premier avertit, le second rassure. Vendredi 16 octobre, lors des assemblées annuelles du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale à Bangkok, la ministre suisse des Finances, Karin Keller-Sutter, a averti que l’endettement massif des États-Unis et de la France pourrait déclencher une nouvelle crise de l’euro. Kyriakos Pierrakakis, ministre grec des Finances et président de l’Eurogroupe, a au contraire affirmé que l’Europe ne traversait pas de crise de la dette, malgré la hausse des coûts d’emprunt (Reuters ; To Vima).
Keller-Sutter pointe du doigt la France
Karin Keller-Sutter s’est confiée à la radiotélévision suisse SRF en marge des réunions. Selon elle, la flambée des prix de l’énergie ajoute aux inquiétudes des décideurs, et la faible dette publique de la Suisse ne la met pas à l’abri des difficultés rencontrées ailleurs. « Nous sommes tellement interdépendants à l’échelle internationale que nous sommes aussi vulnérables », a-t-elle déclaré, avant d’ajouter : « Je pense en particulier aux États-Unis, mais aussi à l’Europe ; il y a la France, qui pourrait provoquer une crise de l’euro » (SRF ; Reuters).
Le président de la Banque nationale suisse, Martin Schlegel, également présent à Bangkok, a indiqué à SRF qu’un endettement élevé dans les économies avancées pouvait déboucher sur une crise si les bonnes mesures n’étaient pas prises à temps.
Une dette française à plus de 119 % du PIB
Les chiffres d’Allianz Research donnent la mesure de l’inquiétude : la dette de la France est passée de 98 % du PIB en 2019 à plus de 119 % au deuxième trimestre 2026. L’étude souligne aussi que les rendements des obligations françaises à 10 ans ont davantage progressé depuis le début de la crise d’Ormuz que ceux de toute autre économie développée.
Les coûts d’emprunt de la France restent proches de leurs plus hauts niveaux depuis plus de vingt ans. Sur le plan politique, la marge de manœuvre est étroite : un Parlement divisé et l’élection présidentielle de l’an prochain compliquent l’adoption de réductions de dépenses.
Pierrakakis estime que l’Europe est mieux préparée
Dans un entretien accordé à Richard Quest, de CNN, Kyriakos Pierrakakis a déclaré que la hausse des rendements reflétait des pressions mondiales plutôt que des difficultés propres à chaque pays. « L’ère des capitaux bon marché et abondants est révolue à l’échelle mondiale », a-t-il affirmé, avant d’ajouter : « Nous suivons la situation de près, mais nous ne sommes pas excessivement inquiets ».
Selon lui, le rendement moyen des obligations européennes à 10 ans s’établit désormais à 4,4 %, contre 1,1 % il y a dix ans. Il a incriminé les anticipations d’inflation, le coût de l’énergie et l’intelligence artificielle, et a estimé que les institutions budgétaires européennes sont bien plus solides qu’au moment de la crise de la dette souveraine. Il a dit partager l’avis de la présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, selon laquelle la France doit s’attaquer à sa propre dette.
La dette au cœur des réunions de Bangkok
Les réunions se tiennent du 12 au 18 octobre, dans l’ombre de la guerre avec l’Iran et du choc énergétique qu’elle a provoqué. Selon le FMI, la dette publique est à son plus haut niveau depuis la Seconde Guerre mondiale et dépassera 100 % du PIB avant 2030.
Le Fonds a également exhorté les gouvernements à réduire les subventions et à reconstituer leurs marges de manœuvre budgétaires. Kyriakos Pierrakakis a fait valoir que les gouvernements peuvent soutenir les ménages en modifiant la répartition de leurs dépenses, dans le respect des règles budgétaires de l’UE, sans augmenter le total des dépenses.
