Les démocrates ont conquis le Sénat et la Chambre des représentants lors des élections de mi-mandat du mardi 3 novembre. Pour les partenaires commerciaux de Washington, ce revers présidentiel ouvre une fenêtre de négociation. D’autres observateurs préviennent pourtant que Donald Trump pourrait durcir sa ligne.
Un double basculement sanctionnant la politique douanière
Selon Reuters, les électeurs ont puni le président pour sa politique tarifaire et pour la guerre en Iran. Ils les jugent responsables de l’inflation qui persiste.
Au Sénat, les démocrates ont repris au moins sept sièges, notamment au Kansas, au Texas, dans l’Ohio et dans le Maine. À la Chambre, d’après l’Associated Press, ils ont fait basculer des circonscriptions remportées par Donald Trump avec plus de dix points d’avance en 2024.
L’AP décrit un électorat excédé par la hausse des prix, par le conflit en Iran et par la corruption au sein du gouvernement.
Des analystes interrogés par Reuters en tirent deux conséquences. Des gouvernements étrangers pourraient traîner des pieds sur les engagements d’investissement consentis pour échapper aux droits de douane. La Chine pourrait aussi se sentir en position de force dans les négociations.
Tokyo et Séoul tentés de gagner du temps
L’an dernier, dans le cadre d’accords conclus avec Donald Trump, le Japon a promis 550 milliards de dollars d’investissements aux États-Unis, et la Corée du Sud 350 milliards.
Ces engagements sont aujourd’hui scrutés. « Les démocrates semblent considérer que ces engagements d’investissement ont été imposés aux alliés », relève Heo Yoon, économiste à l’université Sogang, auprès de Reuters.
Pour Ban Kil-joo, de l’Académie nationale diplomatique de Corée, un Congrès passé à l’opposition pourrait offrir à Séoul « un temps précieux ». Ce délai servirait à examiner des projets comme celui de GNL en Alaska, que la Corée du Sud affirme ne pas avoir accepté de financer.
Cette lecture reste prudente. Kazuhiro Maeshima, de l’université Sophia à Tokyo, rappelle que « la question des droits de douane n’est pas réglée ». Tommy Xie, de la banque OCBC, estime de son côté que la Maison-Blanche pourrait être poussée à éviter de nouvelles guerres commerciales. Celles-ci renchériraient les prix pour les consommateurs, alors que la hausse du coût de la vie a pesé sur le scrutin.
Pékin, la trêve de janvier et le dossier technologique
La Chine suit l’événement de près. Sa trêve commerciale avec Washington expire en janvier, et Reuters rapporte qu’elle pourrait chercher à exploiter la fragilité politique de Donald Trump.
L’économiste Alicia Garcia-Herrero, de Natixis, nuance cette perspective. Selon elle, « les démocrates ne laisseront sans doute pas carte blanche à Trump dans ses accords avec Pékin ». Elle juge qu’un Congrès démocrate serait plus enclin à soutenir un durcissement des contrôles à l’exportation de technologies.
Les négociations avec Pékin pourraient ainsi se heurter à un Capitole plus exigeant sur les technologies sensibles.
Le scénario d’un Trump plus offensif
Des voix sceptiques n’attendent aucun répit. Dans The Globe and Mail, l’avocat en droit commercial Lawrence Herman écrit que le président « va redoubler d’efforts » en s’appuyant sur ses pouvoirs commerciaux. Il juge même que la guerre tarifaire contre le Canada « pourrait même s’aggraver ».
Son argument est juridique. Les droits de douane fondés sur les lois commerciales de 1962 et de 1974 reposent selon lui sur des bases solides. Les démocrates ne disposent pas des 60 voix nécessaires au Sénat pour modifier ces textes.
Avant le scrutin, le South China Morning Post rapportait un avertissement similaire. Biman Mukherji y citait des analystes selon lesquels les exportateurs asiatiques devaient se préparer à de nouvelles turbulences. Abroger des droits de douane malgré un veto présidentiel exigerait une majorité des deux tiers dans les deux chambres.
L’économiste indien Biswajit Dhar anticipe une réaction offensive : « Il va devenir encore plus agressif, car il aura quelque chose à prouver. »
Un voyage en Asie comme premier test
L’agenda de Donald Trump offrira vite un premier indice. D’après Reuters, il doit se rendre en Asie plus tard ce mois-ci, où il rencontrera des dirigeants d’Asie du Sud-Est aux Philippines. Il participera ensuite au forum de l’APEC à Shenzhen, en Chine.
Ce déplacement dira si le président aborde ces rencontres en position de repli ou en quête de revanche. Il montrera aussi si ses interlocuteurs jugent la menace tarifaire toujours aussi crédible. Entre les espoirs de répit des alliés, l’échéance de janvier avec Pékin et la marge d’action intacte de l’exécutif, le commerce reste le principal terrain d’incertitude de la fin de mandat.
