Deux mois de plus. Pas un pas de plus sur le fond. Le sommet Trump-Xi s’est achevé vendredi à Washington par une visite conjointe des Archives nationales. Il restera surtout comme un exercice de mise en scène diplomatique.
Le seul résultat tangible : la trêve commerciale sino-américaine est prolongée. Son échéance passe de novembre à janvier. En revanche, trois dossiers restent bloqués : Taïwan, l’intelligence artificielle et la guerre en Iran.
Une trêve reconduite sous conditions fragiles
L’annonce est venue mercredi. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a confirmé la prolongation de deux mois. Elle prend la suite de l’accord signé en octobre dernier à Busan, en Corée du Sud, lors du premier sommet entre les deux chefs d’État. Ce texte prévoyait une baisse des droits de douane américains. En échange, la Chine devait lever ses restrictions sur l’exportation des terres rares.
Mais l’accord de Busan n’a été que partiellement respecté. Des responsables américains l’affirment : la Chine n’a tenu ni sa promesse d’achats agricoles, ni son engagement sur les terres rares — ces minéraux stratégiques pour l’électronique et la défense. Résultat, la nouvelle extension ne dure que deux mois. Une durée courte, qui en dit long. « Les fondements de cette trêve commerciale sont fragiles », résume Aurelio Insisa, chercheur au Mercator Institute for China Studies.
Le faste diplomatique masque l’absence de résultats
Sur la forme, Washington n’a rien laissé au hasard. Cérémonie d’accueil officielle. Défilés aériens militaires. Visite du nouvel héliport de la pelouse sud voulu par Trump, puis de l’hélicoptère Marine One. Le protocole a été déployé dans son intégralité.
Point d’orgue de la visite : un dîner d’État réunissant les grands noms de la tech américaine. Jensen Huang (Nvidia), Tim Cook (Apple), Sundar Pichai (Google), Sam Altman (OpenAI), Jeff Bezos (Amazon) et Elon Musk y assistaient.
Côté discours, le contraste est net. Trump a qualifié Xi de « vraiment remarquable ». Il a évoqué une « amitié véritablement grande » entre eux. Xi, lui, est resté plus mesuré. Il a parlé d’une « compréhension commune sur de nombreuses questions » et appelé à la « stabilité stratégique » — une formule diplomatique classique côté chinois, qui n’engage à rien de concret.
Taïwan, intelligence artificielle et Iran : les dossiers qui bloquent
Sur Taïwan, Xi a voulu pousser Trump plus loin. Il lui a demandé de s’« opposer » formellement à l’indépendance de l’île — une position plus ferme que la ligne américaine traditionnelle, qui se limite à ne pas la « soutenir ». Cette demande arrive dans un contexte tendu : au lendemain de son sommet de mai avec Xi, Trump avait déjà suspendu un programme de vente d’armes de 14 milliards de dollars destiné à Taïwan. Il l’avait alors présenté comme un « atout de négociation très précieux ». Depuis, des sénateurs démocrates lui reprochent de ne pas avoir livré l’aide militaire pourtant approuvée.
Sur l’intelligence artificielle, les deux dirigeants affichent des positions opposées. Trump a plaidé, sur Truth Social, pour « laisser les choses exactement en l’état » — autrement dit, aucune nouvelle régulation. Xi a défendu l’approche inverse : selon lui, les deux puissances ont « la capacité et la responsabilité » de garder l’IA « toujours sous contrôle humain ».
Sur l’Iran, aucun terrain d’entente n’a émergé non plus. Pékin résiste aux pressions américaines qui l’appellent à faire jouer son influence sur Téhéran, dans le sillage de la guerre menée par Washington contre le régime iranien.
À Washington, un scepticisme bipartisan
Le faste du sommet n’a convaincu ni les républicains ni les démocrates. Le sénateur républicain Roger Wicker l’a dit sans détour : il n’aurait pas recommandé « un accueil aussi fastueux », vu les dossiers non résolus avec Pékin. Au moins dix-neuf sénateurs démocrates sont allés plus loin dans une déclaration commune. Ils accusent Trump d’avoir « échoué à obtenir des concessions significatives » — que ce soit sur le commerce, la sécurité, l’intelligence artificielle ou les droits de l’homme.
Les analystes partagent ce scepticisme. « Le sommet témoigne que la trajectoire actuelle des relations bilatérales continue de favoriser la Chine », observe Aurelio Insisa. Prochain rendez-vous entre les deux chefs d’État : le sommet de l’APEC à Shenzhen, en novembre. Il dira si cette trêve fragile peut devenir un accord durable — ou si elle ne fait que repousser, une fois de plus, l’échéance d’un différend structurel entre les deux premières puissances économiques mondiales.
