Un plan encore embryonnaire, mais validé par la Maison-Blanche
Donald Trump a approuvé une nouvelle piste diplomatique à l’égard de Moscou : alléger certaines sanctions contre la libération de prisonniers politiques russes. Révélé le 29 septembre par The Atlantic, le projet en est à ses débuts. Il pourrait néanmoins relancer les relations économiques entre les deux pays, autour du pétrole, du diesel et des terres rares, alors que la Russie continue de frapper les villes ukrainiennes.
D’où vient l’idée : le modèle biélorusse
L’initiative porte la signature de John Coale, envoyé de Trump pour l’Europe de l’Est, qui l’a soumise au président il y a plusieurs mois. Il s’appuie sur son expérience en Biélorussie : ses négociations avec Alexandre Loukachenko ont permis la libération d’environ 500 prisonniers politiques, parmi lesquels des citoyens américains. Washington avait en retour assoupli ses sanctions et cherché à conclure un accord d’achat de potasse biélorusse.
Reagan et Gorbatchev comme précédent
Le concept puise dans l’histoire de la Guerre froide. Dmitri Mouratov, prix Nobel de la paix russe, a rencontré Coale au printemps. Il lui a rappelé que Ronald Reagan remettait régulièrement à Mikhaïl Gorbatchev des listes de dissidents détenus, et que le dirigeant soviétique y donnait suite. Pour marquer le parallèle, Mouratov est venu avec des photos de militants anti-guerre emprisonnés et une médaille commémorative offerte par Reagan à Gorbatchev.
« Plus il y a d’interactions, d’échanges, qu’ils soient économiques, humanitaires ou autres, plus on avance, pas à pas, vers la paix, je l’espère », a déclaré Coale à The Atlantic.
Le 28 septembre, la Maison-Blanche a proposé sa nomination comme envoyé spécial du président pour les affaires d’otages, avec rang d’ambassadeur. Le poste nécessite la confirmation du Sénat.
Kiev et le Congrès disent non
Le contexte est tendu. Le 28 septembre, des frappes russes ont fait au moins neuf morts et plus de 80 blessés à travers l’Ukraine. Elles ont touché des immeubles résidentiels, l’Académie nationale des sciences de Kyiv et d’autres sites civils, selon RFE/RL. De nouvelles explosions ont été signalées à Kyiv le matin du 29 septembre.
Volodymyr Zelensky a affirmé à The Atlantic qu’il chercherait à « bloquer » tout assouplissement avant la fin de la guerre. À la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU, il avait prévenu : « Limitez son argent. Limitez sa guerre. »
À Washington, la pression bipartisane monte pour que Trump applique plutôt la loi Lindsey O. Graham de 2026 sur les sanctions contre la Russie et l’Iran, qu’il a signée ce mois-ci. Le sénateur républicain Roger Wicker, président de la commission des forces armées, estime que Vladimir Poutine « se moque du processus de paix » mais pourrait le prendre plus au sérieux si son compte en banque est menacé. Le représentant républicain Don Bacon presse le président d’« agir rapidement » : selon lui, l’économie russe est l’un des leviers américains.
Un pari risqué
Svetlana Tikhanovskaïa, cheffe de l’opposition démocratique biélorusse, met en garde contre un effet pervers : échanger des prisonniers contre des sanctions levées inciterait Moscou et Minsk à emprisonner davantage. « Ils peuvent toujours arrêter quelqu’un d’autre, tandis que l’Occident perd son levier », a-t-elle déclaré.
Les marchés ont déjà réagi : les prix du pétrole ont brièvement reculé, les traders anticipant un possible retour de brut russe sur le marché mondial. Coale doit se coordonner avec Steve Witkoff, principal interlocuteur de Trump auprès du Kremlin, qui a rencontré Vladimir Poutine au moins sept fois depuis le début de la guerre. L’administration a par ailleurs invité le président russe au sommet du G20 prévu en décembre au club de golf de Trump à Miami. Poutine n’a pas encore répondu.
