Un accord « 30 pour 30 » né du sommet de Washington
Washington et Pékin ont rendu publiques lundi leurs listes croisées de marchandises à droits allégés. C’est l’un des fruits les plus concrets de la visite d’État de Xi Jinping, la semaine dernière.
Le Conseil de commerce américano-chinois, tout juste opérationnel, a négocié l’accord. Le principe est simple : chaque pays a désigné environ 30 milliards de dollars de biens « non sensibles ».
Selon le ministère chinois du Commerce, environ 90 % de ces produits relèveraient des taux de la nation la plus favorisée. Concrètement, les droits spécifiques accumulés pendant des années de conflit commercial disparaîtraient.
De son côté, le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, promet « un meilleur accès au marché pour environ 30 % des exportations américaines vers la Chine ». Les consommateurs américains y gagneraient aussi, avec des droits en baisse sur les articles ménagers et les jouets.
Le contenu des deux listes
Chaque camp a publié sa propre liste. Leur contenu révèle les priorités de chacun.
La liste américaine : 77 catégories d’importations chinoises
- feux d’artifice ;
- vaisselle ;
- jouets, dont poupées et puzzles ;
- décorations de Noël ;
- équipements sportifs ;
- sièges auto pour enfants.
La liste chinoise : 1 619 articles
- produits agricoles américains : maïs, blé, sorgho ;
- viandes congelées, fruits de mer et produits laitiers ;
- bois ;
- cosmétiques ;
- dispositifs médicaux.
La liste chinoise est donc bien plus étendue. Elle se concentre surtout sur l’agroalimentaire.
Plusieurs absents se remarquent. Le soja ne figure pas dans l’accord. Pékin s’est toutefois engagé séparément à en acheter 25 millions de tonnes métriques par an aux États-Unis jusqu’en 2028.
Les secteurs stratégiques restent aussi à l’écart : semi-conducteurs, véhicules électriques et batteries. En revanche, la Maison-Blanche annonce que la Chine importera au moins 10 millions de tonnes métriques de charbon américain en 2027 et en 2028.
Une portée limitée, un signal diplomatique
Les économistes restent partagés sur l’importance de l’accord. Chang Shu, économiste en chef pour l’Asie chez Bloomberg Economics, juge l’impact macroéconomique « négligeable ». Selon elle, le dispositif est « très encadré » autour des produits agricoles et des biens de consommation d’entrée de gamme.
Lynn Song, économiste en chef pour la Grande Chine chez ING Bank, se montre plus positif. Pour lui, l’accord est « positif pour les produits concernés » et « pourrait donner une impulsion significative au commerce bilatéral ».
Les marchés, eux, n’ont pas été convaincus. Les actions chinoises ont nettement reculé lundi. Le CSI 300 a perdu plus de 2 % et touché son plus bas niveau depuis un an.
Les investisseurs ont trouvé peu d’annonces concrètes à saluer à l’issue du sommet. De plus, les craintes ont resurgi autour d’une initiative bipartisane américaine. Elle vise à interdire les composants chinois dans les centres de données.
Les prochaines échéances
Les deux pays ont prolongé jusqu’au 10 janvier leur trêve commerciale globale. Les négociations disposent ainsi de plus de temps. Par ailleurs, Donald Trump et Xi Jinping doivent se retrouver au sommet de l’APEC à Shenzhen en novembre, puis au G20 en Floride en décembre.
Pour Lynn Song, une escalade majeure avant la fin de l’année paraît peu probable. Une inconnue demeure toutefois : la date d’entrée en vigueur des réductions. Les deux parties doivent encore finaliser leurs procédures juridiques internes.
