L’essentiel
- Taux directeur : 1,25 %, en hausse de 25 points de base, au plus haut depuis 1995.
- Vote : 7 voix contre 2 (Toichiro Asada et Ayano Sato dissidents).
- Rythme : sixième hausse depuis mars 2024, la plus rapprochée du cycle (trois mois après juin).
- Inflation sous-jacente : 1,7 % en août, contre 1,8 % en juillet, sous la cible de 2 %.
- Prévisions : 1,5 % en décembre, puis 2,0 % d’ici juin 2027 selon Mizuho Research and Technologies.
Une décision votée à 7 contre 2, la plus rapide du cycle
Le Japon referme un peu plus la page des taux ultra-bas. Vendredi, à l’issue de deux jours de réunion, la Banque du Japon (BOJ) a relevé son taux directeur de 25 points de base pour le porter à 1,25 %. Il faut remonter à 1995 pour trouver un niveau aussi élevé, soit 31 ans.
Le conseil s’est prononcé par 7 voix contre 2. Il s’agit de la sixième hausse depuis que l’institution a mis fin aux taux négatifs en mars 2024, et du mouvement le plus rapproché de tout le cycle : trois mois seulement séparent cette décision de la précédente, prise en juin.
Les deux voix discordantes viennent de Toichiro Asada et d’Ayano Sato, nommés par la Première ministre Sanae Takaichi et réputés favorables à la reflation. Le premier estime que l’inflation sous-jacente reste inférieure à 2 %. La seconde juge que la conjoncture ne justifiait pas un tel geste à ce stade.
Le yen recule malgré une hausse attendue
La surprise ne tenait pas à la hausse elle-même. Les 52 économistes sondés par Bloomberg l’avaient tous anticipée, et les marchés l’avaient largement digérée. Pourtant, le yen a cédé jusqu’à 0,5 % face au dollar après l’annonce.
Les investisseurs regardaient ailleurs : le rythme des prochaines étapes. Or la présence de deux dissidents, ajoutée au ton du communiqué, a semé le doute sur la détermination de la BOJ à poursuivre son resserrement, selon les réactions relayées par Reuters.
L’institution, elle, maintient le cap. Elle a indiqué qu’elle continuerait à relever ses taux et à ajuster le degré d’accommodation monétaire, tout en pointant trois zones de risque : la crise au Moyen-Orient, l’évolution de la demande portée par l’intelligence artificielle et les fluctuations des taux de change.
Fed, BCE, Washington : une banque centrale sous influence
Tokyo n’est pas seule dans cette séquence. La Réserve fédérale a relevé ses taux mercredi, et la Banque centrale européenne avait agi plus tôt ce mois-ci. Partout, les banques centrales composent avec une inflation nourrie par le conflit au Moyen-Orient et par les perturbations de l’approvisionnement énergétique.
Dans le cas japonais, la pression est aussi venue de l’extérieur. Lors du récent sommet du G20, le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a publiquement invité Tokyo à durcir sa politique monétaire et exhorté le gouverneur Kazuo Ueda à prendre des « mesures décisives sur les marchés et en matière monétaire ».
Cette insistance interroge. Citée par le New York Times, Izumi Devalier, économiste en chef de Bank of America pour le Japon, reconnaît que la BOJ avait déjà de bonnes raisons de relever ses taux. Mais elle estime que la pression américaine donne l’impression d’une banque centrale, légalement indépendante, mise au service d’une politique étrangère. Un effet qu’elle juge néfaste pour la conduite de la politique monétaire.
Inflation à 1,7 % en août : vers quelle trajectoire ?
Les chiffres publiés vendredi montrent un paradoxe. L’inflation sous-jacente a légèrement reculé en août, à 1,7 % contre 1,8 % en juillet, restant sous l’objectif de 2 % de la BOJ. La banque centrale s’attend toutefois à un rebond à mesure que la hausse des coûts de l’énergie se répercute sur les prix : ses propres projections l’amènent « nettement au-dessus de 2 % » au second semestre de l’exercice fiscal 2026.
Sur cette base, Hattori Naoki, économiste en chef pour le Japon chez Mizuho Research and Technologies, table sur un nouveau relèvement à 1,5 % en décembre, puis sur des taux pouvant atteindre 2,0 % d’ici juin 2027.
La conférence de presse de Kazuo Ueda, tenue à l’issue de la réunion, sera lue à la loupe pour déceler des indices sur le calendrier. Après près de huit ans de taux négatifs, la normalisation japonaise se poursuit, mais sa cadence dépendra autant de l’énergie et du yen que des désaccords internes au conseil. Pour les décideurs de la région, ce sont ces variables, et leur effet sur les conditions de financement mondiales, qui méritent d’être suivies de près.
