Un basculement mesuré en parité de pouvoir d’achat
Les chiffres marquent un tournant. Les BRICS, dans leur configuration élargie, pèsent aujourd’hui environ 40,7 % du produit intérieur brut mondial calculé en parité de pouvoir d’achat (PPA), contre 28,4 % pour les pays du G7. L’écart, supérieur à 12 points, aurait paru difficilement concevable il y a encore une vingtaine d’années, lorsque les économies occidentales dominaient très largement les classements mondiaux.
Ce renversement ne doit rien au hasard. Il traduit une recomposition profonde des rapports de force économiques amorcée depuis le début des années 2000, portée par l’industrialisation accélérée de plusieurs grandes économies émergentes.
La Chine et l’Inde, moteurs de la nouvelle donne
La Chine concentre à elle seule près de 20 % du PIB mondial en PPA, un niveau qui en fait la première économie du monde selon cet indicateur. L’Inde, de son côté, atteint environ 8,5 %, confirmant sa place de puissance économique montante, portée par une démographie dynamique et une croissance industrielle soutenue.
L’élargissement du groupe des BRICS à de nouvelles puissances — l’Indonésie, l’Égypte, l’Iran et les Émirats arabes unis — a renforcé mécaniquement le poids économique global de l’alliance. Cette extension, décidée pour donner davantage de représentativité aux économies du Sud global, illustre la volonté du bloc de peser plus lourd face aux institutions financières internationales historiquement dominées par les pays occidentaux.
Un écart de croissance qui se creuse
Au-delà du niveau atteint, c’est la trajectoire qui retient l’attention des économistes. Le Fonds monétaire international anticipe pour 2026 une croissance de 6,4 % en Inde, de 5 % en Indonésie et de 4,6 % en Chine.
Ces performances contrastent nettement avec celles attendues dans les grandes économies occidentales : 2,3 % de croissance prévue aux États-Unis, 0,7 % en Allemagne, 0,6 % en France et seulement 0,5 % en Italie. Cet écart de dynamisme, qui perdure depuis plusieurs années, alimente et accélère le rééquilibrage du poids économique mondial en faveur des BRICS.
Nuancer le tableau : le PIB nominal raconte une autre histoire
Ce dépassement mérite toutefois d’être replacé dans son contexte méthodologique. La parité de pouvoir d’achat ajuste le PIB en fonction du coût de la vie et du niveau des prix locaux, ce qui favorise mécaniquement les économies où le coût de la vie est plus bas — un cas de figure fréquent parmi les pays émergents.
En PIB nominal, exprimé en dollars courants, le G7 conserve une avance considérable. Les économies occidentales dominent toujours les marchés financiers internationaux, le commerce en devises de réserve, le PIB par habitant et le classement des plus grandes multinationales mondiales. Le dollar et l’euro restent les monnaies de référence des échanges internationaux, et les places boursières de New York, Londres ou Francfort concentrent l’essentiel des capitaux mondiaux.
La lecture la plus juste consiste donc à distinguer deux réalités : un basculement réel et mesurable en volume de production, mais une hiérarchie financière et monétaire qui reste, pour l’instant, largement à l’avantage des économies occidentales.
Ce que ce basculement change pour la Tunisie et le Maghreb
Pour les économies du Maghreb, historiquement arrimées aux marchés européens, cette recomposition des équilibres mondiaux n’est pas sans conséquence. La montée en puissance de la Chine, de l’Inde et des pays du Golfe dans les échanges commerciaux et les investissements directs étrangers ouvre de nouvelles perspectives de diversification pour des économies comme la Tunisie, encore très dépendante de l’Union européenne pour ses exportations et ses partenariats industriels.
L’intégration de partenaires du Golfe au sein des BRICS élargis, en particulier, pourrait faciliter le renforcement des relations commerciales et financières entre le monde arabe et les grandes puissances émergentes asiatiques — une tendance déjà perceptible dans les flux d’investissements observés ces dernières années dans la région.
