Wall Street et l’Asie-Pacifique entraînés dans la spirale baissière
Le seuil symbolique est tombé jeudi : le Brent a dépassé 100 dollars le baril pour la première fois depuis juillet, propulsé par l’escalade militaire entre les États-Unis et l’Iran dans le Golfe. La nouvelle a immédiatement contaminé les Bourses, d’abord en Asie, puis en Europe, les investisseurs redoutant qu’une inflation relancée par le choc pétrolier n’oblige les banques centrales à durcir encore leur politique monétaire, à quelques heures seulement de la publication de données d’inflation américaines jugées cruciales.
Le repli n’a épargné aucune grande place financière. Aux États-Unis, le Dow Jones Industrial Average a cédé 405 points mercredi, enchaînant une troisième séance consécutive de baisse. En Inde, le Sensex a suivi la même trajectoire, perdant 457 points le même jour, directement plombé par la remontée du brut.
Sydney, épicentre de la correction boursière
C’est en Australie que la nervosité des marchés s’est le plus violemment matérialisée. Le S&P/ASX 200 a vécu sa pire séance en près de six mois : l’indice a d’abord chuté de 169 points avant de réduire ses pertes en clôture, terminant en repli de 92 points (-1,03 %), à 8 819,4 points, selon l’agence AAP. À son plus bas niveau intrajournalier, la correction avait effacé environ 58 milliards de dollars australiens de capitalisation boursière.
« Le pétrole est en train de massacrer le marché actions australien », résume Justin Lin, stratégiste en investissement chez Global X ETFs.
Une formule qui traduit l’ampleur de la panique déclenchée par la flambée du brut sur une économie particulièrement sensible aux matières premières.
Les banques centrales durcissent le ton face à l’inflation
La flambée pétrolière a immédiatement fait bouger les anticipations de politique monétaire. Les marchés estiment désormais à 79 % la probabilité d’une hausse des taux de la Reserve Bank of Australia lors de sa réunion du 29 septembre, contre 64 % en début de semaine seulement, un basculement rapide qui en dit long sur la nervosité ambiante.
« Nous sommes préoccupés par l’inflation, et si nous sentons que celle-ci risque d’être plus forte que prévu, le conseil devra vraisemblablement relever les taux d’intérêt pour y faire face », a déclaré Sarah Hunter, gouverneure adjointe de la RBA, lors de l’AFR Property Summit à Sydney.
Le même durcissement se dessine du côté européen. Le PDG d’UBS, Sergio Ermotti, a averti mercredi sur CNBC qu’un certain degré de complaisance s’était installé sur les marchés financiers ces dernières années, jugeant que l’environnement actuel devrait normalement produire une volatilité bien plus marquée. Selon lui, UBS s’attend à ce que la Banque centrale européenne amorce un relèvement de ses taux, la Réserve fédérale américaine devant lui emboîter le pas.
Les rendements obligataires atteignent des sommets pluriannuels
Le marché obligataire amplifie la pression subie par les actions. Au Royaume-Uni, le rendement des gilts à 10 ans a atteint 5,37 % jeudi, son plus haut niveau depuis plusieurs années. Aux États-Unis, le rendement des bons du Trésor à 10 ans a grimpé à 4,80 %, contre 4,19 % un an plus tôt, tandis que le taux à 30 ans s’établit désormais à 5,25 %.
En Australie, le taux de swap sur bons bancaires à trois mois a atteint 4,62 %, son plus haut niveau depuis fin 2011, selon Chris Weston, responsable de la recherche chez Pepperstone, un signal supplémentaire que les marchés obligataires intègrent déjà un resserrement monétaire prolongé.
Vendredi, le rendez-vous décisif avec l’inflation américaine
Tous les regards se tournent désormais vers le rapport sur l’indice des prix à la consommation (IPC) américain du mois d’août, attendu vendredi, les données sur les prix à la production étant, elles, publiées jeudi. Les stratèges de J.P. Morgan tablent sur une hausse de 25 points de base des taux de la Fed lors de sa réunion des 15 et 16 septembre. Sur la plateforme de paris Polymarket, les traders évaluent désormais à environ 75 % la probabilité d’un relèvement des taux de la Fed au cours de l’année 2026.
Le Golfe, chaudière géopolitique derrière la flambée du brut
Le conflit qui alimente cette nervosité généralisée ne montre aucun signe d’apaisement. L’Iran a revendiqué des attaques contre dix navires à proximité du détroit d’Ormuz, en riposte à l’annonce américaine d’avoir coulé cinq pétroliers iraniens dans le golfe d’Oman, un enchaînement qui a propulsé le brut à son plus haut niveau en trois mois.
Cette escalade intervient dans un contexte macroéconomique paradoxal. Deutsche Bank soulignait récemment que les données économiques mondiales avaient dépassé les prévisions des analystes sur la période la plus longue jamais enregistrée, en dehors de la reprise de 2009-2010, une résilience qui, aujourd’hui, risque précisément de nourrir l’inflation même qu’elle semblait promettre de maîtriser.
Un choc énergétique qui menace directement le Maghreb
Pour les économies importatrices d’énergie, à commencer par celles du Maghreb, un Brent durablement installé au-dessus de 100 dollars n’est pas un simple indicateur de marché : il se traduit directement par un renchérissement de la facture énergétique, une pression accrue sur les subventions à la compensation et un risque supplémentaire pesant sur l’équilibre des comptes extérieurs. Dans ce contexte, la trajectoire des prochaines semaines, entre décisions des banques centrales et évolution du conflit dans le Golfe, sera scrutée bien au-delà des salles de marché occidentales.
