Brent au-dessus de 100 dollars : les marchés mondiaux plongent face à l’escalade Iran–États-Unis

Date:

Le pétrole a franchi jeudi le seuil symbolique des 100 dollars le baril, porté par l'escalade militaire entre Washington et Téhéran dans le Golfe. Cette flambée a immédiatement plombé les Bourses mondiales et ravivé les craintes inflationnistes, à la veille de la publication de l'IPC américain.

Wall Street et l’Asie-Pacifique entraînés dans la spirale baissière

Le seuil symbolique est tombé jeudi : le Brent a dépassé 100 dollars le baril pour la première fois depuis juillet, propulsé par l’escalade militaire entre les États-Unis et l’Iran dans le Golfe. La nouvelle a immédiatement contaminé les Bourses, d’abord en Asie, puis en Europe, les investisseurs redoutant qu’une inflation relancée par le choc pétrolier n’oblige les banques centrales à durcir encore leur politique monétaire, à quelques heures seulement de la publication de données d’inflation américaines jugées cruciales.

Le repli n’a épargné aucune grande place financière. Aux États-Unis, le Dow Jones Industrial Average a cédé 405 points mercredi, enchaînant une troisième séance consécutive de baisse. En Inde, le Sensex a suivi la même trajectoire, perdant 457 points le même jour, directement plombé par la remontée du brut.

Sydney, épicentre de la correction boursière

C’est en Australie que la nervosité des marchés s’est le plus violemment matérialisée. Le S&P/ASX 200 a vécu sa pire séance en près de six mois : l’indice a d’abord chuté de 169 points avant de réduire ses pertes en clôture, terminant en repli de 92 points (-1,03 %), à 8 819,4 points, selon l’agence AAP. À son plus bas niveau intrajournalier, la correction avait effacé environ 58 milliards de dollars australiens de capitalisation boursière.

« Le pétrole est en train de massacrer le marché actions australien », résume Justin Lin, stratégiste en investissement chez Global X ETFs.

Une formule qui traduit l’ampleur de la panique déclenchée par la flambée du brut sur une économie particulièrement sensible aux matières premières.

Les banques centrales durcissent le ton face à l’inflation

La flambée pétrolière a immédiatement fait bouger les anticipations de politique monétaire. Les marchés estiment désormais à 79 % la probabilité d’une hausse des taux de la Reserve Bank of Australia lors de sa réunion du 29 septembre, contre 64 % en début de semaine seulement, un basculement rapide qui en dit long sur la nervosité ambiante.

« Nous sommes préoccupés par l’inflation, et si nous sentons que celle-ci risque d’être plus forte que prévu, le conseil devra vraisemblablement relever les taux d’intérêt pour y faire face », a déclaré Sarah Hunter, gouverneure adjointe de la RBA, lors de l’AFR Property Summit à Sydney.

Le même durcissement se dessine du côté européen. Le PDG d’UBS, Sergio Ermotti, a averti mercredi sur CNBC qu’un certain degré de complaisance s’était installé sur les marchés financiers ces dernières années, jugeant que l’environnement actuel devrait normalement produire une volatilité bien plus marquée. Selon lui, UBS s’attend à ce que la Banque centrale européenne amorce un relèvement de ses taux, la Réserve fédérale américaine devant lui emboîter le pas.

Les rendements obligataires atteignent des sommets pluriannuels

Le marché obligataire amplifie la pression subie par les actions. Au Royaume-Uni, le rendement des gilts à 10 ans a atteint 5,37 % jeudi, son plus haut niveau depuis plusieurs années. Aux États-Unis, le rendement des bons du Trésor à 10 ans a grimpé à 4,80 %, contre 4,19 % un an plus tôt, tandis que le taux à 30 ans s’établit désormais à 5,25 %.

En Australie, le taux de swap sur bons bancaires à trois mois a atteint 4,62 %, son plus haut niveau depuis fin 2011, selon Chris Weston, responsable de la recherche chez Pepperstone, un signal supplémentaire que les marchés obligataires intègrent déjà un resserrement monétaire prolongé.

Vendredi, le rendez-vous décisif avec l’inflation américaine

Tous les regards se tournent désormais vers le rapport sur l’indice des prix à la consommation (IPC) américain du mois d’août, attendu vendredi, les données sur les prix à la production étant, elles, publiées jeudi. Les stratèges de J.P. Morgan tablent sur une hausse de 25 points de base des taux de la Fed lors de sa réunion des 15 et 16 septembre. Sur la plateforme de paris Polymarket, les traders évaluent désormais à environ 75 % la probabilité d’un relèvement des taux de la Fed au cours de l’année 2026.

Le Golfe, chaudière géopolitique derrière la flambée du brut

Le conflit qui alimente cette nervosité généralisée ne montre aucun signe d’apaisement. L’Iran a revendiqué des attaques contre dix navires à proximité du détroit d’Ormuz, en riposte à l’annonce américaine d’avoir coulé cinq pétroliers iraniens dans le golfe d’Oman, un enchaînement qui a propulsé le brut à son plus haut niveau en trois mois.

Cette escalade intervient dans un contexte macroéconomique paradoxal. Deutsche Bank soulignait récemment que les données économiques mondiales avaient dépassé les prévisions des analystes sur la période la plus longue jamais enregistrée, en dehors de la reprise de 2009-2010, une résilience qui, aujourd’hui, risque précisément de nourrir l’inflation même qu’elle semblait promettre de maîtriser.

Un choc énergétique qui menace directement le Maghreb

Pour les économies importatrices d’énergie, à commencer par celles du Maghreb, un Brent durablement installé au-dessus de 100 dollars n’est pas un simple indicateur de marché : il se traduit directement par un renchérissement de la facture énergétique, une pression accrue sur les subventions à la compensation et un risque supplémentaire pesant sur l’équilibre des comptes extérieurs. Dans ce contexte, la trajectoire des prochaines semaines, entre décisions des banques centrales et évolution du conflit dans le Golfe, sera scrutée bien au-delà des salles de marché occidentales.

Partager l'article:

Articles Recents

S'abonner

VIDÉOS SPONSORISÉES
VIDÉOS SPONSORISÉES

00:00:30

OPPO Reno12 : L’Alliance Parfaite entre Design, Intelligence Artificielle et Performance

Les séries Reno12 d'OPPO marquent une avancée significative dans le domaine de la photographie mobile grâce à l'intégration poussée de l'intelligence artificielle.
00:02:15

Abdelaziz Makhloufi, PDG de Cho Group, met en lumière l’excellence de l’huile d’olive tunisienne sur BFM Business

Fort de son expertise reconnue dans le secteur oléicole, Abdelaziz Makhloufi, Président-directeur général du groupe Cho, a saisi l'opportunité de l'émission BFM Business pour promouvoir l'huile d'olive tunisienne à l'échelle internationale.
00:00:32

Lancement du nouveau Huawei Nova Y61

Huawei Consumer Business Group annonce le lancement du HUAWEI nova Y61, le plus récent smartphone de la série HUAWEI nova Y.

CONTENUS SPONSORISÉS
CONTENUS SPONSORISÉS

Smart Switch : passer d’un iPhone ou d’un Android à un Galaxy Z8 n’a jamais été aussi simple

Samsung et Google étendent les capacités de Smart Switch : jusqu'à 17 types de données, dont eSIM, mots de passe et codes d'accès, peuvent désormais passer d'un iPhone ou d'un Android vers un Galaxy Z Fold8 Ultra, Fold8 ou Flip8.

BIAT indicateurs T3 : les titres prennent le relais

Marge d'intérêt en repli, titres en renfort : la BIAT change de moteur. Les titres pèsent désormais 48,9 % de son PNB, contre 46,3 % un an plus tôt. Décryptage des indicateurs du troisième trimestre 2026.

UBCI : le PNB grimpe de 11,1 % à 289,1 MDT au T3 2026

Le portefeuille-titres génère près des trois quarts de la hausse du PNB de l'UBCI. Côté coûts, la discipline est de mise : le coefficient d'exploitation tombe à 65,9 %, soit 3,9 points de gagnés en un an.

Dette française : Moody’s face au risque d’une dégradation

Dégradation ou statu quo ? Moody's rend son verdict sur la note de la France le 23 octobre. Avec une dette à 119 % du PIB et des taux à 10 ans au-dessus de 5 %, les marchés scrutent surtout le budget 2027 et la crédibilité de la trajectoire budgétaire.

A lire également
A lire également

Croissance Tunisie 2026 : la reprise reste fragile

2,7 % de croissance attendue en 2026, contre 3,3 % prévus au départ : la Tunisie rebondit, mais sur quelles bases ? Investissement atone, importations en forte hausse, prix alimentaires à +8,4 %. Voici ce que disent les chiffres.

Chine : la croissance du PIB accélère à 4,5 % au troisième trimestre, soutenue par les exportations tech

Porté par la demande mondiale en composants électroniques et batteries, le PIB chinois accélère à 4,5 % au T3. Un soulagement pour Pékin, même si le marasme immobilier retarde la reprise de la demande intérieure.

Huile d’olive : la BCT appelle les banques à financer la campagne 2026-2027

Dans sa note n° 254, la BCT enjoint les banques de renforcer leurs concours à la filière oléicole pour 2026-2027. Récolte, trituration, stockage, exportation : tous les maillons de la chaîne sont visés.

Budget 2027 en Tunisie : un besoin de financement de 28,1 milliards de dinars sous haute tension

Déficit de 14,615 MDT, besoin de financement de 28,122 MDT, emprunt intérieur de 19,845 MDT : les grandes masses du budget 2027 dessinent une trajectoire sous contrainte et une pression durable sur le système financier tunisien.

Déficit énergétique en Tunisie : 4,7 Mtep à fin août 2026

Ressources en recul de 5 %, demande en hausse de 6 %, Brent à 91 $ : l’ONEM dresse le bilan énergétique de la Tunisie à fin août 2026, avec un déficit commercial de 9 658 MDT, une production électrique en hausse de 9 % et une pointe record à 5 089 MW.

Tunisie – Espagne : les échanges commerciaux pourraient doubler dans les prochaines années

Selon l’ambassadeur d’Espagne à Tunis, les échanges entre les deux pays pourraient doubler. Tourisme, agriculture, énergies renouvelables et liaisons aériennes sont au cœur de cette nouvelle dynamique.

Réserves obligatoires : la BCT passe le taux de 1 % à 3 %

Triplement du taux des réserves obligatoires : la circulaire n° 2026-11 de la BCT entre en vigueur le 1er novembre 2026 et pèsera sur les marges d'intermédiation des banques tunisiennes ainsi que sur l'octroi de crédit.

IPO des sociétés sportives en Tunisie : un projet de loi attendu avant fin 2026

Les associations sportives tunisiennes pourront bientôt créer des sociétés anonymes cotables en Bourse. Le projet de loi, attendu avant fin 2026, impose un noyau dur minimal de 35 % du capital.