L’agence de notation Fitch Ratings a confirmé, mardi 8 septembre 2026, la note de défaut émetteur à long terme (IDR) de la Tunisie à « B- », assortie d’une perspective stable. La décision ne modifie donc pas la trajectoire du risque souverain tunisien, mais elle dresse un état des lieux contrasté entre atouts structurels et fragilités budgétaires persistantes.
Des fondamentaux économiques jugés solides
Pour justifier le maintien de la note, Fitch met en avant plusieurs points d’appui de l’économie tunisienne : un PIB par habitant et des indicateurs de développement humain supérieurs à ceux des pays comparables, une économie relativement diversifiée, une main-d’œuvre qualifiée, ainsi qu’une position extérieure jugée résiliente face aux chocs externes.
Ces atouts ont notamment permis à la Tunisie d’honorer, en juillet 2026, le remboursement intégral de son unique eurobond en circulation, d’un montant de 700 millions d’euros, grâce à des prêts accordés par la Banque centrale.
Une dette publique toujours élevée
Le principal point de vigilance reste du côté des finances publiques. Fitch anticipe une dette publique atteignant environ 85 % du PIB en 2026, un niveau qui devrait rester globalement stable jusqu’en 2028, mais nettement supérieur à la médiane de 55 % du PIB observée pour les pays notés « B ». Autre facteur de risque : près de 40 % de cette dette est libellée en devises étrangères, ce qui expose le pays au risque de change.
Le déficit budgétaire est, lui, attendu à 6,4 % du PIB en 2026, contre une médiane de 3,3 % pour la catégorie « B ». Les besoins de financement, hors refinancement de la dette à court terme, devraient rester élevés, autour de 13,5 % du PIB en 2028.
La facture énergétique pèse sur le compte courant
Fitch prévoit un creusement du déficit du compte courant à 3,9 % du PIB en 2026, sous l’effet de la hausse des prix de l’énergie, qui alourdit la facture commerciale du pays. Ce déficit devrait toutefois se réduire à moins de 2,5 % du PIB en 2027 et 2028.
Du côté des recettes extérieures, les exportations d’huile d’olive apportent un soutien notable, avec une progression de 44 % sur un an au premier semestre 2026, tandis que le secteur des services continue de contribuer aux entrées de devises.
Les sorties nettes de financement extérieur devraient, quant à elles, reculer à 1,4 % du PIB en 2026 — contre un niveau record de 3,6 % en 2024 — avant de se stabiliser autour de 1 % en 2027 et 2028. Les réserves internationales sont attendues à 3,3 mois d’importations en 2026, avant de remonter à 3,7 mois en 2028.
Croissance modérée, inflation en repli
Fitch table sur une croissance économique moyenne de 2 % entre 2026 et 2028, un rythme qui reste modeste au regard des besoins de financement du pays. L’inflation devrait, pour sa part, poursuivre son repli, passant de 5,7 % en 2026 à 5 % en 2028.
Ce qui pourrait faire évoluer la note
L’agence précise les scénarios susceptibles de peser sur sa prochaine évaluation. Une dégradation resterait possible en cas de hausse durable de la dette publique ou de pression accrue sur les comptes extérieurs. À l’inverse, une réduction pérenne des déficits, conjuguée à un meilleur accès au financement extérieur, pourrait ouvrir la voie à un relèvement de la note.
La confirmation du « B- » place ainsi la Tunisie dans une catégorie où l’accès aux marchés de financement reste coûteux, et où chaque prochain rendez-vous budgétaire sera scruté de près par les investisseurs internationaux.
