Un rendement jugé trop parfait pour être vrai
Mars FX a été lancé en 2020 par Novus Capital Partners, sous la direction de David Choi. Le ticket d’entrée était fixé à environ 250 000 dollars. Il ciblait des investisseurs fortunés et des family offices.
Le fonds affichait un rendement annuel proche de 18 %. Selon une communication aux investisseurs de 2023, il n’avait jamais connu un seul mois de perte. Pour un placement exposé aux marchés, cette régularité était déjà, avec le recul, un signal d’alerte.
Les capitaux ont afflué rapidement. Selon la plainte déposée devant la Cour de chancellerie du Delaware, les actifs déclarés du fonds sont passés de 19 millions à 384 millions de dollars entre 2020 et 2023. Sur cette période, Deloitte a délivré quatre opinions d’audit sans réserve.
L’effondrement : 600 millions de dollars introuvables
Mars FX a rencontré des problèmes de liquidité en 2025. Le fonds a ensuite été placé en procédure de faillite.
Le bilan est lourd : environ 600 millions de dollars restent introuvables, pour près de 500 investisseurs concernés. Les procédures touchent plusieurs juridictions : États-Unis, îles Caïmans, îles Vierges britanniques et Hong Kong.
Au centre du dossier se trouve TRFX (Tech RealFX Ltd). Novus présentait cette société comme son partenaire technologique, chargé d’exécuter et de consolider les opérations de trading du fonds. Son identité n’a jamais été révélée aux investisseurs : l’arrangement était qualifié de « propriétaire et sensible ».
TRFX conteste aujourd’hui toute responsabilité. Selon elle, sa plateforme avait cessé de fonctionner dès 2022 — alors que Mars FX continuait à lever des fonds en 2023 et 2024. Les fonds Mars FX ont depuis engagé une action distincte contre TRFX, aux îles Vierges britanniques, pour environ 598 millions de dollars.
Ce que reproche la plainte à Deloitte
La plainte de l’investisseur Cohen New York Inc. vise Novus Capital Partners, quatre de ses dirigeants, et Deloitte & Touche LLP. Elle a été déposée en mars devant la justice du Delaware.
Trois éléments sont au cœur de l’accusation :
- Entre 2020 et 2023, la quasi-totalité des actifs déclarés était classée « Cash with broker », détenue via TRFX.
- Deloitte n’aurait pas vérifié de manière indépendante l’existence réelle de ces actifs.
- Le processus de confirmation des soldes reposait sur TRFX elle-même — dont les comptes de courtage étaient détenus en son nom propre, et non au nom du fonds.
Les liquidateurs de la faillite examinent en parallèle d’éventuelles poursuites contre Deloitte pour rupture de contrat, concernant les audits 2022 et 2023. La réponse du cabinet est attendue dans les prochaines semaines.
À ce stade, aucune accusation pénale n’a été formellement portée contre les dirigeants cités dans l’affaire. Cela concerne aussi Ashish « Hash » Patel, ancien banquier de Merrill Lynch passé par Sydney et l’un des quatre dirigeants de Novus, qui n’est pas personnellement mis en cause à ce stade.
Une affaire déjà entre les mains de la justice pénale
Le dossier dépasse le simple litige civil. Plusieurs autorités s’en sont saisies :
- Le FBI et un grand jury à Manhattan.
- Les procureurs fédéraux américains.
- Les régulateurs financiers SEC et CFTC.
- Des liquidateurs judiciaires aux îles Caïmans, chargés de retracer les actifs et les flux financiers.
Un mauvais moment pour les Big Four
L’affaire tombe alors que les grands cabinets d’audit sont déjà sous surveillance. Début septembre 2026, le régulateur australien ASIC a indiqué examiner 551 signalements de possibles manquements liés à l’audit, recensés depuis juillet 2023 chez Deloitte, PwC, EY et KPMG.
La présidente de l’ASIC, Sarah Court, a précisé que ce travail en était à un stade préliminaire. Aucune conclusion n’a encore été tirée sur le bien-fondé de ces signalements : ils doivent d’abord être examinés un par un.
La question de fond
Au-delà du cas Mars FX, l’affaire relance une interrogation simple : que vaut la signature d’un grand cabinet d’audit si les actifs sur lesquels reposent les comptes certifiés peuvent ensuite se révéler introuvables ?
La justice du Delaware devra trancher. Deloitte a-t-il commis des manquements dans la conduite de ses audits ? Ou a-t-il lui-même été trompé par les représentations fournies par Novus et TRFX ?
« Nous n’avons pas compris le produit, pour être honnête », a résumé un investisseur allemand ayant placé 125 000 dollars dans le fonds. Selon lui, les rendements affichés ont fini par « aveugler » les souscripteurs. Reste à savoir si l’audit — censé constituer leur dernier filet de sécurité — a failli à sa mission.
