Un sommet convoqué en pleine tempête géopolitique
Le 18e sommet des BRICS s’est tenu les 12 et 13 septembre à New Delhi, dans un contexte particulièrement tendu : guerre au Moyen-Orient, conflit en Ukraine, perturbations énergétiques et multiplication des sanctions occidentales. Le bloc, qui compte désormais onze pays membres, représente près de la moitié de la population mondiale et environ 40 % du PIB mondial en parité de pouvoir d’achat.
Parmi les dirigeants présents figuraient le président chinois Xi Jinping, le président russe Vladimir Poutine, le président iranien Massoud Pezeshkian, le président sud-africain Cyril Ramaphosa, le président indonésien Prabowo Subianto et le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, tous reçus par le Premier ministre indien Narendra Modi.
Chine-Inde : les signes d’un dégel prudent
Le déplacement de Xi Jinping a constitué l’un des symboles forts du sommet : il s’agit de sa première visite en Inde depuis 2019, six ans après l’accrochage militaire meurtrier qui avait opposé les deux armées le long de leur frontière disputée. Ce rapprochement reste toutefois prudent, sur fond de déséquilibre commercial marqué en faveur de Pékin, la Chine continuant d’inonder ses partenaires du bloc, à commencer par l’Inde, de ses exportations.
Accueillant les dirigeants, Narendra Modi a tenu à recadrer la portée politique du sommet, affirmant que les BRICS ne devaient pas être interprétés comme un simple projet anti-occidental et plaidant pour un rôle accru du Sud global dans la gouvernance mondiale.
Intelligence artificielle et chaînes d’approvisionnement au menu économique
Derrière la mise en scène diplomatique, l’agenda économique a occupé une place centrale : commerce, énergie, chaînes d’approvisionnement, intelligence artificielle et paiements internationaux. Xi Jinping a notamment proposé une initiative destinée à accélérer la coopération entre pays membres sur l’intelligence artificielle et la nouvelle industrialisation, une manière pour Pékin de peser davantage sur les standards technologiques du Sud global.
Dédollarisation : la prudence indienne freine Moscou
Autre dossier sensible, la dépendance au dollar américain. La Russie pousse pour développer les paiements transfrontaliers et les règlements en monnaies nationales ou numériques, une manière de réduire la vulnérabilité de certains membres aux sanctions occidentales. Mais plusieurs pays, l’Inde en tête, restent beaucoup plus prudents face à une véritable dédollarisation, soucieux de ne pas fragiliser leurs propres relations économiques avec Washington.
Une déclaration commune qui vise les droits de douane américains
Dans leur déclaration commune, adoptée samedi et baptisée « déclaration de New Delhi », les chefs d’État et de gouvernement des BRICS ont critiqué les mesures tarifaires et non tarifaires unilatérales susceptibles de perturber le commerce mondial, sans toutefois nommer directement les États-Unis. Le texte appelle également à la retenue au Moyen-Orient, sans condamner ni les frappes américano-israéliennes ni les tirs iraniens visant des pays du Golfe, et insiste sur la nécessité de préserver la circulation des marchandises, de l’énergie et des chaînes d’approvisionnement.
Le message envoyé depuis New Delhi est clair : les économies émergentes réclament davantage de poids dans la gouvernance économique mondiale, notamment au sein du FMI, de la Banque mondiale et des grandes institutions internationales.
Un bloc puissant, mais toujours loin d’être homogène
Le paradoxe des BRICS demeure entier. Leur poids économique s’affirme d’année en année, mais transformer cette puissance en véritable unité politique et financière reste leur principal défi. L’Inde entretient des liens étroits avec les États-Unis, la Russie reste sous sanctions occidentales, la Chine cherche à accroître son influence internationale, tandis que l’Iran et les Émirats arabes unis se retrouvent dans le même bloc malgré des intérêts géopolitiques profondément divergents.
À New Delhi, les BRICS ont tenté de démontrer qu’ils pouvaient passer du statut de forum de puissances émergentes à celui de véritable contrepoids dans l’économie mondiale. La suite dépendra de leur capacité à transformer ces déclarations d’intention en mécanismes concrets, sur le commerce comme sur les paiements internationaux.
