L’Allemagne s’apprête à dévoiler un vaste ensemble de mesures de sécurité économique destinées à protéger ses industries stratégiques face à la concurrence chinoise. Selon des informations rapportées par Bloomberg lundi, les véhicules électriques hybrides rechargeables constituent le cœur du dispositif, avec de nouveaux droits de douane à la clé. Le gouvernement du chancelier Friedrich Merz vise une approbation en conseil des ministres le 14 octobre, avant de chercher à élargir le soutien au sein de l’Union européenne.
Un paquet qui dépasse largement l’automobile
Le dispositif ne se limite pas aux droits de douane sur les véhicules. Les ministères allemands cartographient actuellement les vulnérabilités de plusieurs secteurs de l’économie. Parmi les pistes à l’étude figurent l’obligation de recourir à des coentreprises pour certains investissements, un renforcement des contrôles sur les investissements entrants et sortants, ainsi qu’un élargissement des contrôles à l’exportation, notamment sur les technologies avancées d’intelligence artificielle et les équipements de fabrication de semi-conducteurs.
Le vice-chancelier et ministre des Finances Lars Klingbeil s’est publiquement prononcé en faveur de l’extension des droits de douane européens aux hybrides rechargeables chinois. Il défend également l’idée d’imposer à certaines entreprises chinoises l’obligation d’établir leurs activités en Europe sous contrôle majoritaire européen.
Berlin et Paris construisent une coalition
Le gouvernement allemand travaille avec Paris pour rallier d’autres États membres avant un sommet prévu à Bruxelles en octobre, suivi de discussions avec Pékin plus tard dans le mois, selon des sources proches du dossier citées par Bloomberg. Les deux capitales finalisent un document de position commun destiné à servir de base à des mesures applicables à l’échelle de l’Union. Le commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič, doit se rendre à Pékin en octobre. Il a averti que Bruxelles était prête à agir en l’absence de progrès.
L’UE avait déjà instauré des droits de douane sur les véhicules électriques à batterie chinois fin 2024, mais les modèles hybrides et hybrides rechargeables étaient restés largement épargnés. Cet écart s’est creusé à mesure que les ventes européennes de véhicules hybrides rechargeables chinois s’accéléraient : un tiers record de ces véhicules immatriculés en juillet provenait de marques chinoises, selon les chiffres de Dataforce cités par Bloomberg.
Le paradoxe des investissements allemands
Ce revirement politique intervient au milieu d’une contradiction frappante. Les entreprises allemandes ont augmenté leurs investissements en Chine d’environ 5,6 milliards d’euros au premier semestre 2026, soit près d’un tiers de plus que sur la même période l’année précédente, alors même que Berlin exhorte les entreprises à réduire leur dépendance au marché chinois. Sur la même période, les investissements directs allemands aux États-Unis ont chuté de près des deux tiers.
Les exportations allemandes vers la Chine ont reculé de 9,7 % en 2025, à 81,3 milliards d’euros, tandis que les importations ont progressé de 8,8 %, à 170,6 milliards d’euros. Le déficit commercial de l’UE avec la Chine dépasse désormais 1 milliard d’euros par jour. Sous la pression concurrentielle, Volkswagen prévoit de porter ses suppressions d’emplois mondiales à 100 000 postes.
Des résistances internes et un calendrier serré
Tout le contenu du programme n’est pas acquis. Le contrôle des investissements à l’étranger, qui pourrait restreindre les investissements allemands en Chine dans des secteurs sensibles, devrait se heurter à la résistance de l’aile libérale de l’Union chrétienne-démocrate de Friedrich Merz. L’expert de la Chine Jörg Wuttke a averti qu’une partie du discours plus ferme de Merz pourrait viser avant tout l’électorat national.
Une enquête menée par les Chambres de commerce et d’industrie allemandes illustre cette ambivalence : si 55 % des entreprises soutiennent des mesures européennes plus strictes contre la concurrence jugée déloyale, 88 % d’entre elles n’ont pas l’intention de se retirer des secteurs où les concurrents chinois progressent.
