Volkswagen affronte sa pire tempête industrielle
Le premier constructeur automobile européen traverse une crise que son propre patron, Oliver Blume, qualifie de « plus que critique ». Le 25 août 2026, plus de 10 000 salariés se sont rassemblés devant le siège du groupe à Wolfsburg, certains huant le dirigeant venu défendre son plan de redressement. Daniela Cavallo, présidente du comité d’entreprise, a résumé le climat en des termes mesurés mais alarmants : la confiance envers la direction est « ébranlée, mais pas encore irrémédiablement rompue ».
Des résultats financiers qui expliquent la colère
Les chiffres publiés par le groupe suffisent à comprendre la tension sociale. La marge opérationnelle est passée de 5,9 % en 2024 à seulement 2,8 % en 2025, un tassement qui traduit une érosion rapide de la rentabilité. Le bénéfice net, lui, s’est effondré de 44,3 %, tombant à 6,9 milliards d’euros. Pour un groupe habitué à des performances plus robustes, la dégradation est brutale et touche l’ensemble de la chaîne de valeur, des usines aux marques premium.
L’effondrement inattendu de Porsche
Le signal le plus frappant vient pourtant de Porsche, longtemps considérée comme la pépite du groupe. Le résultat opérationnel de la marque est passé de plus de 5 milliards d’euros à seulement 90 millions en un an, soit une chute de 98 %. Sa marge, qui culminait à 14,5 % en 2024, ne dépasse plus désormais 0,3 %. Cet effondrement, largement inattendu compte tenu de l’image de rentabilité associée à la marque, illustre l’ampleur des difficultés qui traversent tout le groupe, au-delà de la seule marque cœur Volkswagen.
Un plan social déjà engagé, un second qui bloque
Le groupe n’en est pas à son premier tour de vis. Dès décembre 2024, 35 000 suppressions de postes avaient été actées au sein de la marque Volkswagen, portant le total déjà programmé à 50 000 emplois. Oliver Blume souhaitait aller plus loin, en doublant cet effort pour atteindre 100 000 suppressions. Mais le conseil de surveillance, où le Land de Basse-Saxe détient 20 % des droits de vote, a refusé de valider cette extension du plan en juillet. Une nouvelle réunion décisive est prévue le 4 septembre, qui déterminera l’ampleur réelle de la restructuration à venir.
Quatre usines dans le viseur
Le dirigeant a par ailleurs désigné quatre sites industriels comme particulièrement fragiles : Emden, Hanovre, Zwickau et Neckarsulm. Selon Oliver Blume, le groupe ne voit « actuellement aucun moyen » de garantir leur rentabilité dans les années 2030, une déclaration qui laisse planer une incertitude durable sur l’avenir de ces bassins d’emploi et alimente les craintes exprimées lors du rassemblement de Wolfsburg.
Une garantie sociale qui tient encore
Un filet de sécurité limite néanmoins l’ampleur immédiate du choc social. L’accord signé avec le syndicat IG Metall exclut tout licenciement économique sec jusqu’à fin 2030. Les réductions d’effectifs devront donc passer par les départs en retraite et le non-remplacement des postes vacants, un mécanisme plus lent mais qui n’empêche pas l’inquiétude de gagner les salariés, notamment ceux des quatre usines identifiées comme vulnérables.
Au-delà des chiffres, c’est bien la trajectoire industrielle du groupe qui se joue dans les semaines à venir. Volkswagen n’est plus seulement en crise conjoncturelle : le constructeur négocie, en interne, les conditions mêmes de sa survie industrielle, entre pression actionnariale, résistance syndicale et poids politique de la Basse-Saxe dans la gouvernance du groupe.
