Entre 2008 et 2025, la Bourse de Tunis a enregistré 41 introductions en bourse (IPO) pour seulement 16 sorties de cote, soit un solde net de +25 sociétés cotées. Après deux années blanches en 2023 et 2024, l’introduction de BNA Assurances en 2025 et un environnement financier plus porteur relancent l’espoir d’une reprise du marché en 2026, dans le sillage d’un rebond observé à l’échelle mondiale.
Un marché mondial des IPO en pleine recomposition
Le marché mondial des introductions en bourse a connu une décennie contrastée. Après un pic historique en 2021, avec 2 766 opérations et 508,9 milliards de dollars levés, le resserrement des politiques monétaires a entraîné un net repli de l’activité entre 2022 et 2024, poussant de nombreuses entreprises à privilégier les marchés privés.
L’année 2025 marque un retour progressif du marché, dans un contexte de plus grande sélectivité des investisseurs : 1 293 IPO ont été recensées (+4 %) pour 171,8 milliards de dollars levés (+39 %). Cette reprise est portée par l’Asie, qui enregistre la plus forte progression en valeur (+106 %), et par les Etats-Unis, tandis que l’Europe reste en retrait avec seulement 102 opérations.
La Chine s’impose comme la locomotive du marché avec 222 IPO pour 54,8 milliards de dollars (+162 % en valeur), suivie des Etats-Unis (223 IPO, 45,5 milliards de dollars, dont plus de 60 % d’émetteurs étrangers). Le secteur technologique reste le principal moteur des levées de fonds, porté par l’intelligence artificielle, avec 206 opérations totalisant 34,9 milliards de dollars. L’IPO la plus importante de l’année revient au chinois Contemporary Amperex Technology (CATL), avec 5,3 milliards de dollars levés.
Autre enseignement structurel : malgré la reprise des IPO, le nombre total de sociétés cotées dans le monde continue de diminuer depuis 2021, les radiations dépassant progressivement les nouvelles introductions — un phénomène particulièrement marqué en Europe et en Asie centrale. Pour 2026, les perspectives demeurent favorables, notamment portées par les projets d’introduction de plusieurs géants technologiques, à l’image de SpaceX, dont la levée de fonds pourrait atteindre 75 milliards de dollars pour une valorisation proche de 1 800 milliards de dollars.
La Tunisie : un marché en quête de relance
Sur la même période (2008-2025), le marché financier tunisien a enregistré 41 introductions en bourse en 18 ans, soit une moyenne de 2,3 opérations par an. Un pic a été observé en 2012-2013, porté par un engouement fort des entreprises pour le marché financier, avec dix introductions recensées en 2013. A partir de 2017, le rythme s’est nettement ralenti, pour s’établir à environ une opération par an en moyenne. Les années 2023 et 2024 ont même été marquées par l’absence totale d’introductions en bourse.
L’année 2025 a mis fin à cette parenthèse avec l’entrée à la cote de BNA Assurances, via une inscription directe — une procédure exceptionnelle puisqu’elle s’est faite sans émission ni cession de titres, contrairement à l’offre à prix ferme (OPF), qui reste la procédure privilégiée des sociétés tunisiennes avec près de 93 % des introductions réalisées entre 2008 et 2025.
Sur les sorties de cote, la Bourse de Tunis a enregistré 16 radiations sur la période, dont 44 % de retraits involontaires, 31 % d’opérations de fusion-acquisition et 25 % de retraits volontaires. Ces sorties ne traduisent donc pas uniquement des difficultés financières : 56 % d’entre elles résultent d’opérations stratégiques (fusion-acquisition ou retrait volontaire). Au global, avec 41 introductions pour 16 sorties, la cote tunisienne affiche un enrichissement net de 25 sociétés, soit 2,6 entrées en bourse pour chaque société retirée — une dynamique plus favorable que celle observée sur de nombreuses places boursières internationales, où le nombre de sociétés cotées recule.
Financement de la croissance et concentration des levées
La structure des opérations tunisiennes traduit une vocation de financement plutôt que de sortie actionnariale : 49 % des IPO ont pris la forme d’opérations de « cash in » (émission d’actions nouvelles), contre 29 % de « cash out » et 20 % d’opérations mixtes. Près d’une IPO sur deux vise donc avant tout à financer la croissance de l’entreprise plutôt qu’à offrir une porte de sortie aux actionnaires historiques.
Sur le plan des montants, la dynamique reste toutefois concentrée : les 10 plus importantes IPO cumulent à elles seules 927 millions de dinars (MD), soit près des deux tiers (64 %) des 1 451 MD levés entre 2008 et 2025. Carthage Cement (135 MD) et Délice Holding (120 MD) figurent parmi les plus importantes levées, tandis qu’Ennakl Automobiles a mobilisé le plus grand nombre de souscripteurs, avec 48 209 investisseurs retenus.
Autre singularité du marché tunisien : plus de la moitié des IPO ont porté sur une ouverture de capital comprise entre 30 % et 40 %, une concentration qui reflète l’impact des incitations fiscales historiquement associées à ce seuil de flottant minimum, avec une réduction de l’impôt sur les sociétés pouvant atteindre 40 % durant les cinq années suivant l’introduction en Bourse.
Représentation sectorielle et marché alternatif à la peine
La cote tunisienne reste marquée par une représentation sectorielle incomplète. La distribution domine avec 8 sociétés cotées, suivie du bâtiment et matériaux de construction, des produits ménagers et de l’assurance (5 sociétés chacun). En revanche, certains secteurs économiques stratégiques restent absents de la cote, à l’instar des opérateurs télécoms, de l’énergie ou des mines — des secteurs qui auraient pu dynamiser le marché et attirer de nouveaux investisseurs.
Le marché alternatif, réformé en 2019 et désormais réservé aux investisseurs avertis, n’a quant à lui enregistré aucune introduction depuis sa réorganisation, malgré son rôle potentiel dans le financement des PME. Une réflexion sur les conditions de sa relance apparaît nécessaire pour restaurer son utilité.
2026 : une fenêtre d’opportunité pour relancer les IPO ?
Plusieurs indicateurs économiques et financiers convergent aujourd’hui vers un environnement propice au financement par le marché. Selon les données de la Banque Centrale de Tunisie (BCT), la liquidité en circulation dépassait 29,8 milliards de dinars au 4 août 2026. La baisse des taux d’intérêt réduit le coût du financement et favorise la prise de risque des investisseurs, tandis que l’inflation poursuit son repli, à 5,1 % en juillet 2026 contre 5,3 % en juin.
Le marché boursier affiche par ailleurs une performance remarquable, avec un Tunindex en hausse de 44,92 % au 17 août 2026. Les volumes d’échanges suivent la même trajectoire : sur une année glissante, les capitaux traités sur les titres de capital ont plus que doublé, atteignant 2 532 MD au 17 août 2026, contre 1 233 MD un an auparavant, soit une progression de 105 %.
Ce contexte favorable est toutefois nuancé par la suppression, en 2025, de l’avantage fiscal historiquement accordé aux sociétés s’introduisant en bourse avec un flottant d’au moins 30 %. Cette évolution réglementaire pourrait peser sur la dynamique des introductions au cours des prochaines années, si elle n’est pas compensée par de nouveaux dispositifs incitatifs.
Marché mondial et marché tunisien : comparatif 2025
| Indicateur (2025) | Marché mondial | Marché tunisien |
| Nombre d’opérations | 1 293 IPO (+4 %) | 1 IPO (BNA Assurances) |
| Montants levés | 171,8 Mds $ (+39 %) | Non communiqué (opération sans émission) |
| Tendance 2025 vs 2024 | Rebond confirmé | Sortie de deux années blanches (2023-2024) |
| Secteur porteur | Technologie / IA (34,9 Mds $) | Distribution (8 sociétés cotées au total) |
| Cumul 2008-2025 | n/d (cycle mondial) | 41 IPO, 1 451 MD levés, 16 sorties, solde net +25 |
Enjeux et perspectives
Le marché tunisien des IPO conserve donc un potentiel de développement, malgré le ralentissement observé ces dernières années. L’élargissement de la cote à de nouveaux secteurs, le renforcement de la présence des investisseurs institutionnels et la redynamisation du marché alternatif constituent des leviers essentiels pour stimuler l’activité.
Les enjeux futurs ne se limitent pas à l’augmentation du nombre d’introductions : ils concernent également la capacité du marché à assurer le maintien durable des sociétés cotées, grâce à une liquidité suffisante, une meilleure profondeur du marché et un environnement attractif pour les émetteurs. Dans ce contexte, une adaptation du cadre réglementaire et un réexamen des dispositifs d’incitation à la cotation pourraient favoriser le recours au financement par le marché et renforcer l’attractivité de la place financière tunisienne.
A retenir
- 41 IPO enregistrées à la Bourse de Tunis entre 2008 et 2025, pour un montant levé cumulé de 1 451 MD.
- 16 sorties de cote sur la même période, dont 56 % liées à des opérations stratégiques (fusion-acquisition ou retrait volontaire).
- Solde net de +25 sociétés cotées, soit 2,6 IPO pour chaque radiation — une trajectoire plus favorable que la moyenne mondiale.
- BNA Assurances, seule introduction de 2025, via une inscription directe sans émission ni cession de titres.
- Des indicateurs macrofinanciers porteurs en 2026 (liquidité, taux, Tunindex +44,92 %), nuancés par la suppression de l’avantage fiscal à la cotation.
