Le constructeur chinois a bel et bien tenté à deux reprises de s’inviter au capital de Renault, révèle Les Échos. Mais derrière l’offre de partenariat industriel se cachait une ambition bien plus vaste : le contrôle pur et simple du groupe français.
Une première approche remontant à 2024
L’information, révélée par le quotidien économique français Les Échos, a fait l’effet d’une déflagration dans le secteur automobile européen. Il y a deux ans, alors que Luca de Meo était encore aux commandes du groupe tricolore, le constructeur chinois a pris contact avec la direction pour discuter d’un rapprochement.
Cette première tentative n’a cependant pas abouti. Renault avait déjà conclu un accord avec un autre acteur de l’Empire du Milieu, Geely, et ne souhaitait pas établir ce type d’entente sur le marché européen. Luca de Meo a depuis quitté la direction du constructeur pour rejoindre le groupe de luxe Kering en 2025.
Stella Li revient à la charge à l’automne 2025
BYD n’a pas renoncé pour autant. Reçue à l’automne 2025 par Emmanuel Macron lors du sommet Choose France, Stella Li, la dirigeante chargée des opérations européennes du groupe chinois, a exprimé le souhait de rencontrer Renault.
Face à Jean-Dominique Senard, président du conseil d’administration du constructeur français, la dirigeante a renouvelé sa proposition d’entrer au capital. Sur le papier, l’opération présentait un intérêt réel pour les deux parties : en s’implantant dans les usines européennes de Renault, BYD offrait en échange son savoir-faire reconnu sur l’électrique et les batteries.
Une ambition qui allait bien au-delà d’un simple partenariat
C’est là que le dossier prend une tournure plus sensible. L’ambition de BYD allait en réalité bien plus loin qu’un simple partenariat : le géant chinois aurait envisagé de mettre la main sur le constructeur français, une source évoquant une volonté de « prendre le contrôle ».
Cette perspective a logiquement été écartée par Renault, soucieux de préserver son indépendance sur son marché de référence. Le rejet de ces propositions témoigne d’une position stratégique claire de la part du groupe français, qui souhaite garder la main sur son marché européen.
La publication de ces révélations n’est pas restée sans effet en Bourse. L’action Renault a progressé de 2% après que l’information a été rendue publique, les investisseurs saluant apparemment la fermeté affichée par la direction face à l’appétit chinois.
Une stratégie européenne assumée par BYD
Cet épisode s’inscrit dans une offensive plus large. Depuis plusieurs mois, BYD multiplie les initiatives pour renforcer son empreinte industrielle en Europe : rachats d’actifs, partenariats de production et intérêt affiché pour des marques historiques du continent. Stella Li a notamment évoqué publiquement un intérêt pour Maserati, sans qu’aucun projet concret n’ait été officialisé à ce stade.
Le constructeur chinois, déjà solidement implanté sur son marché domestique, cherche ainsi à s’appuyer sur des capacités de production existantes plutôt que de construire ses propres usines à partir de zéro — une stratégie qui accélère considérablement son implantation sur le Vieux Continent.
Renault mise sur son propre plan de relance
Ces tentatives donnent un relief particulier aux propos récents de François Provost, l’actuel patron de Renault, qui défend son plan stratégique FutuREady et appelle les constructeurs européens à un sursaut collectif face à la concurrence chinoise dans l’automobile.
L’épisode BYD illustre en creux un rapport de force qui se joue actuellement à l’échelle du continent : les groupes chinois disposent de liquidités et d’une avance technologique sur l’électrique, quand les constructeurs européens cherchent à préserver leur autonomie industrielle sans pour autant se couper des compétences venues d’Asie. Un dilemme qui dépasse largement le seul cas Renault et qui concerne l’ensemble de la filière automobile du continent.
